144 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
Moines, c’est-à-dire des Chrétiens qui vivoient dans la retraite & détachés du sié-cle. S. Jean Baptiste a pu servir d’exemple à ces fidelles solitaires, & il est à croi-re que ce Saint n’a pas commencé ce genre de vie. Un passage de S. Jerôme{a) met les fils des Prophètes au rang des Moines. Les Thérapeutes étoientpeut-être de cet ordre, quoiqu’ils admissent des sommes, choso essentiellementdéfendue aux Moines, à causo des conséquences. Les uns ont prétendu queces Thérapeutes étoient Chrétiens & les autres Juifs. Comme il ne s’agitpoint ici de discuter ce point d’Histoire, nous le laissons aux sovans $ il nousíustìt que ces gens la so soient séparés des manières ordinaires de vivre,& qu’ils aient vécu dans la retraite, pour les regarder comme une eípece deMoines. Les autres Religions ont eu autrefois & ont encore aujourd’hui des So-litaires , des Religieux, des personnes de l’un & de l’autre soxe, qui so sont sé-parées de la Société Civile, soit dans les villes, soit dans les chams, pourmieux vaquer à leurs dévotions. Tels pouvoient être les Recabites & les {b)Esseniens parmi les Juifs. Tels étoient, & sont encore, les Brachmanes & lesBramines. Qui soit enfin fi une partie des Sectes des Philosophes anciensne pouvoient pas être regardées comme des Ordres Religieux ? Nous finirons cetarticle par une remarque ; c’est que malgré la pureté de la Religion naissante, lacorruption s’introduisit de bonne heure parmi ceux qui so séparèrent du siécle.Il s’éleva un ordre de gens, qui, sous prétexte de retraite & de séparation d'a-vec les mondains, frondoient la pieté des honnêtes gens par des censures plei-nes d’invective & de calomnie,enlevoient les aumônes des pauvres par des quê-tes frauduleuses & injustes , & trompoient les vrais fidelles sous un extérieur so-vere & sous des habits soles & grossiers. On appelloic (c) Rhemobothes cette esopece de faux Religieux.
L’Abbé est le chef des Moines. Ce nom d'Abbé, originairement Syriaqueou Hebreu, signifie Pere. L’Abbé est un Prélat inférieur à l’Evêque: il estle Vicaire du Seigneur parmi sos Moines, il est leur pere, il est (a) 1 épouxmystique du monastère, qui en abrégérepresonte l’Eglife de Dieu. Au reste nousparlons ici des Abbés Réguliers. Il y a une sorte d’Abbés qui n’a ni Réglé,ni tonsure, ni jurisdiction Monastique. Ceux-ci ne so mêlent que d'être ga-lans, & n’ont rang que dans l’empire du beau sexe.
(e) L’Abbé ordinaire est bénit par l’Evêque en présence de deux Abbés asiì-stans. Cette bénédiction se fait avec les solemnités qui accompagnent celle del’Evêque &c. jeune préliminaire du consacrant & de celui qui est consacré,Eglise ornée, Messe solemnelle. On met sur la crédence auprès de l’Autel les ha-bits monastiques du futur Abbé, deux petits barils de vin &c. comme à laconsécration de l’Evêque. Le futur se présenté accompagné des deux Abbésassìstans, & delivre les lettres Apostoliques au Célébrant, qui bénit ensuite l’ha-bit par une priere & par l’aípersion d’eau benite. Après la bénédiction il dépouil-
(4) Filii Prophetarum , quos Aíonachos noiimus tn veterì Tejlamento , adificabant Jibi cafrlas prope f (tentaJordanis , & turbis urbimn dereliílis, polenta & herbis agrestibns viílitabant. S. Hkron. Epifi, 4. ad Rt*fr~mm, cité dans l’Ouvrage de Cafalím de Ritib. Vet. Christ. Cap. 52.
(b) Gens aternd ubi hemo nafiitur , dit Pline en parlant des Esseniens. Cela peut s’appliquer aum auxMoines du Christianisme.
(c) Ces Rhemobothes avoient beaucoup de raport aux Capucins: apud eos omnìa afeElata, baxa mont-c<t , follicantes caligœ , vefiis crajsior , crebra frspiria. C'est ainsi que S. Jerôme parle de ces Rhemo-bothes,
(d) Christi Domini Ficarii in fris Aíonajíeriis dicuntur . . . abbates frorum Monasteriorum fponsi & P atre$&c. Pifcara Prax. Carem.
(e) Cette cérémonie est décrite ici selon qu’elle se pratique pour toute sorte d’Abbés.