4 MEMOIRES H
multtati *. S. Augustin sait assez connoítre dans■ ion Epitre à Douât , qu’il etoit de méme sentiment,quand il déclare à ce Proconsul d'Afrique , que s’ilcontinue à ôter la vie aux Donatistes, les Evêquesétoient dans l’obligation de ne les lui plus déceler.
Ce n’est pas que les Hérétiques ne puissent êtreréprimez par des peines temporelles ; mais il y a ence point, comme en toutes choses, des égards à ob-server, & des réglés à suivre ; & sur cela l’on peutdire qu’ìl y a particulièrement quatre causes , pourlesquelles on peut châtier les Hérétiques.
La premiere , est une raison de politique pourmaintenir la paix dans l’Etat, pour prévenir & empêcher ou même réprimer les désordres oU les dissemtions, qui presque toujours naissent des différends 'fur la Religion, comme l’expérience ne l'a que tropappris.
La seconde raison se prend du devoir même d’unPrince Chrétien qui est obligé de veiller sur la Reli-gion , & d’en conserver la pureté de tout son pou-voir. Et comme cette pureté est blessée par leshérésies , les opinions déréglées, & les méchantesmaximes , un Prince ne doit point avoir à cet égardune lâche indifférence , mais il est obligé d’éloignertout ce qui peut corrompre la Religion,avec le mêmefoin & la même exactitude dont il use pour faire ob-server les Loix de l’Etat.
La troisième raison de punir les Hérétiques , seprend quelquefois des hérésies mêmes dont ils fontproseíïion ; car il est vrày qu’íl y en a qui avancentde si grands blasphèmes , & qui ont des fentimens siinjurieux à la Divinité & aux Mystères, qu’on nepeut fans injustice les tolérer , & ne les pas réprimer.Y a-t-il rien de plus juste que de châtier des sédi-tieux lorsqu’ils tiennent des discours injurieux con-tre le Prince & contre l’Etat? Y a-t-il de l’apparenceque la Majesté divine soit moins respectée que celledes Rois & des Souverains , & que l’on prononce
impunément contre celle-là les discours les plus ou-trageux , pendant qu’on punit avec "la derniere sévé-rité , la licence qu’on se pourroit donner de parlercontre celle-ci ?
La derniere raison pour laquelle l’on peut user derigueur contre les Hérétiques, est non pas, pour lescontraindre , mais pour les porter par la crainte desLoix & des peines à se faire instruire , à reconnoîtrela vérité, & à rentrer dans l’Eglise qu’ils ont quitté.C’est à quoi ils né penseraient jamais, si le désir devivre en paix , & d’éviter les peines ausquelles lesLoix assujettissent les Hérétiques, ne les y portoit.Cette raison, qui peut-être ne paraît pas la plus forte,parut fi bonne à S. Augustin , qu’elle fut capable del’obliger à changer de sentiment touchant k punitiondes Hérétiques.
Si l’on examine k premiere raison que nous avonsraportée , l’on ne peut pas douter que des Héréti-ques qui troublent k paix de l’Etat, & qui causentdes séditions, ne puissent & ne doivent être répri-mez & punis souvent même du dernier supplice , se-lon que leur conduite se rend préjudiciable au reposde l’Etat. C’est ainsi que l’Eglise du temps de S.Augustin , crut qu’elle pouvoit implorer la protec-tion des Empereurs contre les Donatistes, & que cesPrinces, à raison des plaintes de l'Eglise,punirent lesuns par des amendes , les autres par le bannissement,
& quelques-uns même par 1a mort ; & tout cela
avec beaucoup de justice , comme l’histoire le faitvoir.
La seconde raison peut autoriser un Prince pourchâtier les Hérétiques avec justice. S. Augustin estde ce sentiment, & c’est ce qui lui fait dire en par-
* Severe Sulpice.
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lant des Donatistes: „ Le Tribun que l’Empereurs s a envoyé , n’a pas ordre de vous faire mourir,j, mais seulement de vous corriger ; que si vous nej, voulez pas > & que vous demeuriez obstinez,
j, vous serez envoyez en exil, afin qu’au moins vous» n’empêchiez pas les autres de se convertir & de se„ corriger.
La troisième raison n’est austì que trop suffisantepour donner droit à un Prince de punir non seule-ment les Hérétiques » mais les Schismatiques , lesPayens & les Juifs , s’il y en a dans ses Etats. Lespeines doivent être plus ou moins grandes, selon queíes blasphèmes seront plus ou moins énormes ; sesPrinces pieux , comme nous 1e fait voir l’exemple del’Empereur Justin & de saint Louis , n’ont jamaislaissé les blasphémateurs impunis. Selon k -Loi deDieu ils doivent être punis du dernier supplice; l’onne doit pas douter qu’un Prince Chrétien ne puisseen cela sc regler fur la Loi divine quoiqu’il soitvrai auífi qu’il peut fans injustice user de peinesmoins rigoureuses.
Pour ce qui est de 1a quatrième raison , qui est deporter par 1a crainte des peines , ou par les peinesmêmes, ses Hérétiques à se convertir ,- il est certainque quand il n’y a point d’autre raison d’user depeines contre eux , on doit agir avec beaucoup decirconípection & de prudence : on ne doit point ences occasions uípr du dernier supplice ; car outrequ’un Prince Chrétien épargne toujours , autantqu’il peut, 1e sang de ses Sujets, c’est que 1a con-version des Hérétiques que l’on se propose , ne per-met pas cette voye ; car quand une fois on a faitmourir un Hérétique , l’on n’en peut plus attendre kconversion. II faut donc se servir contre eux danscette occasion plutôt de peines négatives que positi-ves , s’il faut ainsi dire ; c’est-à-dire qu’on peut lespriver des honneurs, des dignitez & des privilègesdont jouissent les Catholiques, ou leur imposer descharges & des servitudes dont ses , autres sontexempts. L’on peut même leur ôter leurs lieux d’as-semblées , leur défendre l’exercice public de leurReligion , & envoyer leurs Pasteurs en exil : parcsque comme il n’y a rien qui contribue davantage àentretenir 1e schisme & k division que les cultes dif-ferens, 1a diversité des assemblées & des Pasteurs ; iln’y a rien austì qui ses affaiblisse davantage que leretranchement de tous ces secours. C’est ainsi queles Empereurs Chrétiens en ont usé du temps deSaint Augustin : & le même Saint qui le rapporte,l’approuve, 1e loue, & avoue que les bons effets quiont suivi cette conduite l’ont obligé à changer defentimens, & à avouer que l’on peut tres-justement& tres-utilement user de peines modérées contre sesHérétiques, seulement dans la vue de les porter à seconvertir. Mais quelque juste que puisse être eucertaines occasions la punition des Hérétiques , il estcertain qu’en ce qui regarde les peines corporelles &civiles , elles ne dépendoient point du jugement del’Eglise , mais purement de celui des Princes & desMagistrats. Qu’on lise & qu’on relise toutes ses an-ciennes Collections des Canons, qui ont été pendantplusieurs siécles les seules réglés de 1a conduite del’Eglise , l’on n’en trouvera pas un qui ordonne depeines corporelles, même contre ses Ecclésiastiques,qui de tout temps ont été plus soumis à la jurisdic-tion de l’Eglise que les Laïques. C’est une preuveconvaincante, qu’alors l’Eglise étoît persuadée qu’ellen’avoit pas ce pouvoir.
Son pouvoir se reduísoit donc dans les premierssiécles , pour ce qui regarde l’heresie , à la condam-nation des dogmes ; & ce pouvoir lui a toujours etepropre & particulier. Les Princes & les Magíst rats nel’ont jamais prétendu; ou s’ils s’en sont mêlez comme