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mens des Hérétiques que la moindre part , & la
moins considérable ; ils font eux-mêmes sujets auxjugemens des. Inquisiteurs. Ces Inquisiteurs font laplupart du tems , & dans la plupart des lieux, nonseulement des Ecclésiastiques , mais des Moines,dont l’Institut d’ailleurs est très-austére. Pour ce quiest des Magistrats , quelque intérêt qu’ils ayent deprendre connoissance de leurs jugemens , l’on neleur en fait aucune part : & tout ce qui leur reste deleur ancienne autorité , est d’etre de purs témoins &de simples exécuteurs des jugemens de 1 Inquisition,fans avoir le moindre droit de les examiner.
Les Hérétiques autrefois étoient jugez comme lesautres criminels ; les formalitez n’étoient point diffe-rentes ; les procédures étoient les mêmes ; les mêmesmoyens de fe défendre & de récuser leur étoientpermis ; & les moyens de justification leur étoientouverts comme aux autres criminels.
Dans l’Inquisition il en va tout autrement , lesprocédures font didétentes, & les formalitez toutesnouvelles ; les moyens de faire périr un accusésont très-aisez ; & ceux de justifier un innocent très-diffi estes.
Autrefois, quand un Hérétique fe repentoit deses erreurs, & qu’il fe foûmettoit à la pénitence & àla correction de PEglife , il y étoit toujours reçû,& on l’y reconcilioit avec joye.
Dans l’Inquisition , quand on a pardonné unefeule fois, il n’y a plus ni miséricorde, ni ressource ;& quand on a été assez malheureux pour être tombéseulement deux sois, ce malheur ne s’expie que par-la perte de la vie.
Par tout ailleurs la mort finit toutes les procédu-res , & termine toutes les rigueurs dont on peut usercontre les criminels.
Dans l’Inquisition il en va tout autrement, l’oncontinue toutes les procédures après la mort ; & l’onexerce fur les os, les cendres & les statues des coupa-bles faites au naturel , les mêmes rigueurs que l’onauroit exercées fur eux-mêmes, si la mort»e les enavoit pas délivrez. Le tems ne fait rien oublier auxInquisiteurs ; & plusieurs années après la mort, onne fe souvient pas moins d’un crime , que s’il étoittout récent.
L’on ne fait point ailleurs un crime à un fils quiauroit caché son pere que l’on cherche pour le fairemourir. Une femme n’est pas coupable pour avoirsauvé son mari dans un si grand danger. L’on regar-de ces bons offices comme des devoirs naturels, donton ne doit pas fe défendre.
Dans les Pays d’Inquisition , tous ces devoirs fontdéfendus ; & dès que quelqu’un a eu le malheur d’yêtre déféré , il est abandonné de tout le monde. Unfils n’oferoit donner retraite à son pere ; un pere àson fils, ni une femme à son mari ; & si l’on étoitconvaincu de l’avoir fait, l’on feroit sujet à l’Inqui-sition comme sauteurs d’hérétiques.
Par tout ailleurs, quand l’on a été accusé à faux,emprisonné fans sujet, & tourmenté fans l’avoir mé-
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rité , l’on peut publier son innocence , & s’en fairehonneur ; l’on peut fe plaindre , & les plaintes nepassent pas pour un nouveau crime , qui donne lieuà la Justice de nous saisir de nouveauT Les Juges mê-mes la plupart du temps ne font point de difficultéd’avouer qu’ils ont été surpris , & font les premiersà déclarer innocens ceux qui le sont.
L’on ne voit rien de semblable dans l’Inquisition;l’on ne fait jamais de pareils aveux ; l’on ne recon-noît jamais qu’on fe soit trompé , l’on a toujoursraison , tout a toujours été bien fait. Et si un in-nocent échappé de fes mains osoit publier son inno-cence , & s’en faire honneur , elle ne manqueraitpas de s’en saisir de nouveau & de le punir commecoupable d’avoir diffamé le saint Office.
Ces choses paraîtront fans doute incroyables, par-ticulièrement en France , & dans les autres Etats oul’on n’est point soumis à la rigueur de ce Tribunal:mais ceux qui ont vécu ou fréquenté dans les Paysoù l’Inquisition est établie , font tres persuadez deces veritez. Les Inquisiteurs eux-mêmes n’en fontpas grand mystère : le préjugé & la coutume les ontsi bien persuadez , qu’ils ont raison d’en user ainsi ;
6 ils croyent d’ailleurs qu’il est si fort de leur intérêtd’être craints & redoutez, même de leurs Rois, qu’ilsveulent bien que ces choses soient fçûes , quoiquel’on garde un secret impénétrable pour tout ce qui fepasse dans l’Inquisition.
L’on ne fera rien de fort extraordinaire de les met-tre au jour dans ces Mémoires , qui font tirez deplusieurs Auteurs tres-Orthodoxes,bons Catholiques,& la plupart témoins oculaires de tout ce que l’on varapporter ici avec toute l’exactitude & la sincéritépossible.
On ne s’est arrêté précisément qu’à ce qui regardel’Histoire , les pratiques, la procedure des Tribu-naux de l’Inquisition , telle qu’elle est à présent ; lesfonctions des Inquisiteurs, de quelle maniéré ils ren-dent leurs jugemens, avec quelle cruauté on traiteceux qui sont assez malheureux pour être arrêtez &enfermez dans les prisons de l'Inquisition, les tour-mens que l’on fait souffrir aux accusez , la pompe &la folemnité avec laquelle on exécute les jugemensrendus par les Inquisiteurs dans les Actes de foi : &pour faire connoître plus sensiblement toutes ces cho-ses , l’on a cru devoir joindre à ces Mémoires quel-ques Relations particulières & véritables, qui suffirontpour donner de l’horreur d’un Tribunal, dont ilsemble que l’on ait pris à tache de bannir toute sortede justice & d’humanité.
Mais avant toutes choses, qu’il nous soit permis depublier le bonheur & la félicité des Peuples qui nesont point obligez de vivre sous la domination desSouverains*, qui,fous prétexte de maintenir les loixde ce terrible Tribunal, sont forcez , pour ainsidire , de prêter leur autorité à des violences qui fonthorreur à toutes les Nations, & détester leur Gou-vernement.
* Les Rois d'Espagne & de Portugal, &c.