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MEMOIRES
H I S T O R I QJJ E S,
TOUR
SERVIR A L’H I S T O I R. E
D ESI N Q U I S I T I O N 8.
LIVRE S E C O N D.
CHAPITRE!
De r origine , de Vétablissement & du progrès de VInquisition.
’EgliJe depuis là division desdeux Empires, âvoit joui en Oc-cident d‘une profonde paix ; ou sielle àVoít été troublée , les héréti-, ques & les hérésies n’y avoietit euaticune part ; il s’en étoit mêmeélevé tres-peu : & dès qu’elles avoient commencé deparoître, ou elles s’étoient détruites d’elles-mémes,ou elles avoient été réprimées par les soins des Princes& des Prélats. La bonne intelligence qui avoir toû-j'ous été entre le Sacerdoce & l’Empire , n’avoit paspeu contribué à maintenir la Religion dans la pu-rété.
Mais cette Union ayant été une fois rompue, parles furieux démêlez qui survinrent vers le milieu duonzième siécle , entre \es Papes & les Empereurs, &qui furent poussez de part & d’autre jusques auxdernieres extrémiteZ pendant plus de cinquante ans,la porte fut ouverte aux heresies.
II étoit bien difficile que les choses allaííènt autre-ment ; car comme les Papes avoient un grand nom-bre de Parti/àns , qui portoient l’autorité de l’Egliseáu-delà de fes justes bornes, les Empereurs de leurcôté n’en manquèrent pas , qui la rabaissèrent plusqu’il ne falloit, & qui lui donnerent des limites plusétroites qu’elle n’en doit avoir effectivement. C’estce qui donna lieu à la naissance des Hérésies , quidonnerent occasion à l’établiílement de l’Inquisition.Tufqu’alors elles s’étoient toutes attachées à combattreles Mystères; depuis, laissant les Mystères ; la Mo-rale, la discipline , & en particulier le point de l’au-torité de l’Egliíè , fut ce qu’elles attaquèrent avecplus d’obstination.
L’Eglise attaquée par des endroits si délicats, n’a-voit garde de neglige'r de si dangereux ennemis ;mais le nombre en étoit si grand ; & l’ a pp U i que laplupart des Princes leur prêtoient sous màin , les ren-dort si puissans, qu’on étoit souvent obligé de dissi-muler & de les supporter , faute de moyen de lesréduire.
Comme les Papes avoient plus d’interêt que per-sonne à l’extinction de ces hérésies, ils n’épargnoientrien auffi pour en venir à bout ; ils ne negligeoientrien de te qui dépendoit d’eux-mêmes ; & ils étoientcontinuellement occupez à écrire aux Evêques, auxPrinces & aux Magistrats , pour les exhorter à nérien épargner polir exterminer ces ennemis de l’E-glisc.
Mais soit que les Princes & les Magistrats ne vou- rIuífent pas perdre des gens qui paroiílbient n’abaissel’autorité de l’Eglise •> que pour relever Iá leur ; oiíqu’ilsne les crussent pas si coupables qu’on les faisoit,ou que la Politique, qui change ‘quelquefois selon lestems, & qui est différente selon les intérêts, leurfit croire qu’il étoit avantageux à l’Etat de les tolé-rer , il est certain qu’ils ne se mirent pas fort en pei-ne de les réprimer. Les Evêques de leur côté , soitqu’ils ne fussent pas assez forts pour arrêter ce tor-rent , soit que les autres fonctions de leur ministèreles occupant ailleurs, les empêchassent de s’appliquerà cette affaire autant qu’elle le demandoit , ne s’yopposèrent pas d’abord avec toute la rigueur , ou dumoins avec tout le succès qu’il eût été à souhaiter.Ainsi ces Hérétiques devinrent si puissans, qu’ils fevirent en état de faire tête aux Papes mêmes. Lessectateurs d’Arnaud de Bresse , qui étoient de cenombre , les réduisirent à d’étranges extrémiteZ ; ilsles contraignirent plus d’une fois de quitter Rome,& de chercher ailleurs des asiles pour fe mettre à cou-vert de leur fureur; & fans le supplice de leur Chef,qui , ayant été publiquement exécuté dans Romecomme hérétique & comme séditieux, jetta la frayeurdans tout le parti, il eût été impossible aux Papes d’ymaintenir leur autorité.
Les Vaudois & les Albigeois qui leur succédèrent,ne furent ni moins ennemis de l’autorite de l’Eglife,ni moins ardens à l’attaquer. La protection queRaymond Comte de Toulouse , les Comtes de Foix& de Comminges. leur donnerent , fes rendit plusentreprenans, & en même tems plus redoutables : il
fut