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connut aussi que l’humeur des François libre & en-nemie de la violence & de la contrainte, ne s’accom-moderoit pas mieux de ce joug qu’avoient fait lesAllemans. L’Inquisition fut chassée de quelques Vil-les par des íòulevemens populaires ; & les Inquisi-teurs de leur bon gré abandonnèrent les autres fau-te d’occupation ; ou plutôt parce que bien loin d’yêtre en quelque considération , comme ils le desi-roient, ils n’étoient que l’objet de la haine & de In-version publique, qu’ils jugèrent bien qu’ils ne pour-roient jamais surmonter.
On voit encore à Carcassonne & à Toulouse lesmaisons de l’Inquisition. Il y a même dans ces Villesdes Dominicains qui portent la qualité d’Inquisi-teurs; mais c’est un titre tout pur & íâns fonction.Ils prétendent néanmoins que s’ií s’élevoit de nou-veaux Hérétiques aufquels onn’eut pas accordé la li-berté de conscience, ils seroient en droit de procedercontre eux. On ne voit pas surquoi cette prétentionpourroit être fondée , puisque les Evêques en Fran-ce font en une possession incontestable de juger lesHérétiques, auffi-bien que les Magistrats en celle deles condamner & de les faire executer.
Quoi- qu’il en soit, il n’est resté en France aucu-ne marque de l’Inquisition , que celles qu’on vientde raporter; & il n’y a pas d’apparence qu’elle y re-tourne jamais, les Rois & les peuples étant égalementennemis de la violence & de la contrainte , & nemanquant pas d’ailleurs d’autres moyens d’y conser-ver & d’y rétablir la pureté de la foi. Ces moyens,quoique plus doux & plus accommodez au génie dela Nation & à l’ancien esprit de l’Eglise, n’en font pasmoins efficaces.
CHAPITRE V-
T)e F établissement de V Inquisition en Espagne.
E Nfin l'Inquisition sortie de France regagna enEípâgne plus qu’elle n’y avoit perdu. Les Roisd’Arragon la reçurent, & rétablirent dans tous lesEtats dépendans de leur Couronne. Cet exemple,qu’on croyois devoir être suivi, ne le fut point. Onfit de vains efforts pmir la faire recevoir dans les au-tres Etats de cette par® occidentale de l’Europe. Ons’y opposa par tout avec une fermeté, à laquelle, bienque conforme au génie de la Nation , on ne s’étoitpoint attendu. Elle ne conserva pas même long-tems l’autorité qu’on lui avoit donnée dans l’Arra-gon. Elle devint comme en France l’objet du mé-pris & de l’aversion des Grands & du Peuple ; &apparemment elle auroit été obligée d’en sortir avecaussi peu de satisfaction, si Ferdinand d’Arragon &Isabelle de Castille , qui avoient réuni sous une mê-me Monarchie preíque tous les Etats d’Eípagne, nelui avoient rendu fa premiere autorité dans l’Arragon,& ne l’avoient ensuite répandue dans toute l’Eípagne,à la réserve du Portugal. Ainsi à proprement parler,ce ne sut qu’environ en 1484. que l’Efpagne futtout-à-sait assujettie au joug de l’Inquisition.
On peut dire qu’elle en eut toute l’obligation àJean de Torquemada de l’Ordre des Dominicains,Confesseur de la Reine Isabelle , & qui depuis futCardinal. Il avoit fait promettre à cette Princesse,avant qu’elle parvint à la Couronne, que si Dieu l’é-levoit jamais fur le Trône , elle n’épargnerait rienpour exterminer les Hérétiques & les Infidèles. Elleparvint en effet à la Couronne de Castille, qu’elleporta pour dot à Ferdinand Roi d’Arragon.
Ce surcroît de puiíïánce fit concevoir à ces deuxPrinces le dessein de conquérir le Royaume de Gre-nade# & de renvoyer au-delà du Détroit les Maures,
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qui avoient si souvent fait trembler l’Efpagne, ,.êcqui en avoient conquis la plus grande partie.
Ce dessein réussit encore plus heureusement qu’onne í’avoit espéré. Les Maures furent subjuguez;tout ce qu’ils possedoient en Espagne leur fut enle-vé ; & on les contraignit enfin de fe soumettre , oude repasser en Afrique. Les guerres civiles & lesétrangères les y ont depuis tellement occupez, qu’ilsont perdu ou l’envie ou les moyens de revenir enEurope.
Cependant quoique la plus grande partie des Mau-res eût été contrainte de repasser en Afrique, il nelaissa pas d’en rester un fort grand nombre en Espa-gne. Ils y furent retenus ou par les mariages qu’ilsy avoient contractez , ou par îes differens établisse,mens qu’ils y avoient faits, ou par des raisons decommerce ; ou enfin parce que les biens qu’ils y a-voient acquis n’étoient pas de nature à être trans-portez.
Ferdinand & Isabelle, qui virent bien qu’ils ne pou»voient les obliger à quitter l’Espagne, sans dépeuplerles Etats qu’ils venoient de conquérir , consentirentqu’ils y demeurassent. Mais ils les obligèrent enfineux & les Juifs qui étoient en fort grand nombre enEspagne, de renoncer à leur Religion, & d'embrasserle Christianisme.
Ces misérables qui ne fe pouvoîent dispenser de re-cevoir la Loi du vainqueur , consentirent à tout ceque l'on exigea d’eux , c’est-à-dire qu’ils fe firentChrétiens en apparence ; & ils conservèrent la plu-part dans le cœur leur premiere Religion. Mais com-me on ne séparé pas aisément les fentimens intérieursde fa Religion d’avec le culte , ils ne le quittèrentpoint , & ne s’abstinrent pas de celui-ci dès qu’ilscrurent le pouvoir impunément.
Torquemada, qui prévit le préjudice que cette dis-simulation porterait enfin à la Religion & à l’Etat,en prit occasion de solliciter la Reine d’executer laparole qu’elle lui avoit donnée de persécuter les Héré-tiques & les Infidèles, lorsqu’elle serait en état.
II lui représenta que la politique ne l’y engageoiepas moins que la conscience : Que tant que les Mau-res & les Juifs feraient attachez à leur premiere Re-ligion, ils le seroient aussi à leurs premiers Maîtres:Que cette inclination sécrété ne pouvoit manquer deproduire enfin des intelligences au dehors , des con-spirations au dedans de l’Etat ; & enfin des souleve-mens déclarez , qui seroient infailliblement soutenuspar les Maures d’Afrique : Qu’ils avoient trop d’in-térêt de retourner en Eípagne , pour ne pas profiterde toutes les conjonctures qui pourraient favoriserleur retour : Que le moyen de les rendre irréconci-liables , étoit de les obliger à changer tout de bonde Religion : Que comme il n’y avoit pas lieu d’eípe-rer qu’ils le fissent d’eux-mêmes, il n’y en avoit pasnon plus de douter qu’on ne dût y employer la for-ce : Que ce moyen à la vérité diminuerait le nombrede ses Sujets ; mais qu’il valoit mieux en avoir moinsqui sussent fidèles & affectionnez à l’Etat & à la Re-ligion , qu’un plus grand nombre de la fidélité dés-»quels l’on auroit toujours lieu de douter: Qu’enfinl’Etat & la Religion avoient une liaison si étroite,qu’on ne pouvoit manquer d’affection pour l’un,qu’on n’en manquât aussi pour l’autre.
Ces raisons ayant fait impression fur l’efprit de laReine , il lui remontra que le meilleur moyen pourfaire réussir ce qu’il lui proposoit, étoit dé faire re-cevoir l’Inquisition dans tous les Etats qui dépen-doient des deux Couronnes d’Arragon & de Castil-le : Que ce moyen à la vérité étoit plus lent qu’uneguerre ouverte, mais aussi qu’il étoit plus sûr : QU ece ferait un remede perpétuel pour un mal qui appa-remment ne finirait pas fi-tôt : Que l’Italie devoit a