CONCERNANT
chapitre IV.
De /’établissement de t Inquisition en diffèrent Etats &Lieux d’Italie.
L 'An mille cinqcent quarante-quátre , Dom Pier-re de Tolede Viceroi de Naples pour l'Empe-reur Charlequint, voulut faire une tentative pour yétablir l’Inquisition. Le peuple se souleva ; la sédi-tion dura plusieurs jours ; quantité d’Efpagnols yfurent massacrez ; & ils auroient apparemment étéchassez de ce beau Royaume , fans eíperance de re-tour comme le peuple en avoir le deílèin , lans lesChâteaux de Naples dont ils étoient les maîtres, &où ils se maintinrent malgré les efforts du peuple,qui n’épargna rien pour les reprendre. Les Révol-tez avoient même résolu de se donner à la France. Ilsenvoyerent pour cet effet à Rome demander à DuMortier Ambassadeur de François I. un homme demain pour se mettre à leur tête. Lui qui étoit hom-me pacifique , comme sont d’ordinaire les gens deRobe, répondit qu’il en écriroit au Roi. Cepen-dant il en perdit l’occasion , & celle de recouvrer leDuché de Milan ; ce que son Maître souhaitoit avecpassion. Cela fait voir l’importance qu’il y a dechoisir des gens d’épée pour Ambassadeurs ; car siDu Mortier en eût été , il eût pû lui-même se met-tre à la tête des Révoltez , comme'fit depuis Ter-mes Ambassadeur de France à Rome. II quitta soncaractère pour défendre Parme & la Mirandolle, quis’étoient déclarées contre ! Empereur , & il les con-serva malgré toutes les forces d’Epagne & du SaintSiège.
Depuis ce tems-là la crainte d’un nouveau soulè-vement, qui ne manqueroit pas d’arriver, & les op-positions réitérées de la Cour Romaine , ont empê-ché les Espagnols de faire de nouveaux efforts poury établir l’Inquisition : mais ils n’ont pas abandon-né le deslein d’y réussir un jour ; ' ni la Cour Ro-maine celui d’y mettre des obstacles invincibles, àmoins que les Rois d’Espagne ne consentent qu’el-le dépende de FInquisition generale de Rome, com-me celle du Duché de Milan, quoique le Roi d’Efipagne n’y soit pas moins maître qu’à Naples, &dans ses autres Etats.
On a souvent cité l’exemple de l’Inquisition deMilan, pour persuader le Roi d’Espagne qu’il n’yavoir point d’inconvenient que celle de Naples fûtfur le même pied ; mais comme l’Inquisition étoitétablie dans le Milanès avant qu’il en fût le maître,& qu’il a été obligé de laisser les choses comme illes avoir trouvées, il n’y a pas lieu d’esperer que cetexemple le persoade, & le porte à consentir que ré-tablissement s’en fasse à Naples de la même ma-niéré.
Mais après que rétablissement de l’Inquisition futarrêté en la ville de Milan, le Cardinal Charles Bor-romée Archevêque de cette Ville, qui fut depuis ca-nonisé , étant allé faire la visite dans quelques lieuxde son Diocèse qui dépendoient de lui pour le spi-rituel , & des Suisses Protestans pour le temporel,crut que le bien de ces Eglises demandoit qu’il fîtplusieurs Ordonnances, comme c’est l’usage des E-vêques d’en faire dans le cours de leurs visites.
Les Suisses crurent avoir lieu d’en prendre de l’om-brage ; mais comme ils étoient persuadez que ce saint
Cardinal n’auroit pas grand égard à leurs remontran-ces , ils envoyerent au Gouverneur de Milan pour leprier de faire en sorte que l’Archevêque ne continuâtpas íâ visite dans les lieux de leur dépendance, &
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pour lui protester qu’en cas de refus il ne pouvoitmanquer d’arriver bien des choses, qui troubleraientla paix que leurs Maîtres avoient tant d’interêt deconserver.
L’Ambassadeur étant arrivé à Milan , alla logerchez un riche Marchand de sa connoissance. L' In-quisiteur de Milan ne l’eut pas plûtôt sçû , que sansaucun respect du droit des gens qu’il alloit violer,ni des suites fâcheuses dont une action aussi violenteque la sienne ne pouvoit manquer d’être suivie, il serendit au logis de l’Ambassadeur avec tous ses Offi-ciers ; & r ayant fait lier en fa présence, il le fit con-duire dans les prisons de l’Inquisition. Quelquehorreur que pût causer à tout le monde une pareilleviolence, personne n’osa s’y opposer. Mais le Mar-chand n’abandonna pas son hôte. 11 fut trouver leGouverneur de Milan pour lui 'apprendre ce qui s’é-toit passé à l'égard de l’Ambassadeur. Le Gouver-neur envoya quérir aussi-tôt l’Inquisiteur, & l’obli-gea de relâcher fur le champ l’Ambassadeur. II luîfit ensuite tous les honneurs possibles, & lui accor-da tout ce qu’il étoit venu lui demander. Ainsi lesSuisses n’eurent pas plûtôt sçû la détention de leurAmbassadeur, qu’ils en apprirent la délivrance. Cet-te nouvelle vint fort à propos pour le Cardinal , carles Suisses étoient résolus de l’arrêter , & de le trai-ter de la même maniéré dont on traiterait leur Am-baíladeur.
Le Gouverneur de Milan écrivit ensuite au Car-dinal qu’il importoit au service de sa Majesté Catho-lique son Souverain en qualité d’Archevêque de Mi-lan, qu’il interrompît ses visites. Le saint Cardinal,qui sçavoit accommoder son zèle au bien de l’Etat,fit ce que le Gouverneur lui avoir demandé. LesSuisses surent satisfaits, & les choses demeurèrent pai-sibles.
Cet exemple fait voir que le zèle mal réglé peutquelquefois causer de sort grands inconveniens ;qu’ainsi il est du devoir d’un Prince sage , & quiveut maintenir la paix dans son Etat , de veiller àtout ce qui s’y passe. II le doit faire avec d’autantplus d’exactitude fur ce qui regarde la Religion,qu’elle fait des impressions plus fortes fur l’elprit despeuples, & qu’il est plus aise d’en abuser.
L’Inquisition se trouve emfore établie dans la Si-cile Sc dans la Sardaigne ; Gais comme ce n’est quedepuis que ces deux Isles sont unies à la Couronned’Espagne, elle est sujette à l'Inquisiteur général dece Roïaume, & ne dépend nullement de l’Inquisi-tion de Rome.
L’Inquisition aiant été ainsi établie dans l’Italie,la Cour Romaine, qui la vouloir faire recevoir danstoute la Chrétienté , entreprit de l’établir en Alle-magne : mais l’humeur libre & généreuse des Alle-mans ne s’accommodant pas des rigueurs excessivesde ce Tribunal, ils s’y opposèrent avec une ferme-té qui obligea cette Cour d’abandonner l’entre-prise. Elle s’étoit persuadée que le tems & les mé-nagemens dont l’on pourrait user , feraient enfintéussir le dessein. Mais le tems ne lui servit qu’à luiapprendre que les Allemans ne subiraient jamais cejoug. Elle en fut tout-à-fait convaincue , lorsqu'ellevit l’Inquisition chassée de quelques Villes où l’onavoit eu toutes les peines du monde à rétablir , quel-que soin qu’eussent pris les Inquisiteurs de traiter cespeuples avec une douceur, dont ils n’avoient pas ac-coûtumé d’user ailleurs.
Rebutée donc du côté de l’Allemagne , elle en-treprit de l’établir en France. Elle y réussit en par-tie ; car elle fut reçue dans le Languedoc & dansquelques Provinces voisines, à l’occasion des Vau-dois & des Albigeois, que l’on ne croyoit pas pou-voir exterminer par d’autres moyens, Mais l’on re-connut