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[Volume I.]
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CONCERNANT

on le îeve'enhaut avec une poulie , & après l’y avoirlaissé quelque temps suspendu , de toute la hauteurdu lieu, on le laisse tomber à demi-pied de terre, avecdes secousses qui disloquent toutes les jointures, Scfont jetter au patient des cris horribles. Cette tor-ture dure une heure , & quelquefois davantage , se-lon que les Inquisiteurs qui font présens le jugent àpropos , & que les forces du patient le permet-

tent.

Si cette torture ne suffit pas, on employé celle del’eau. L’on en fait avaller quantité au criminel ; puison le couche dans un banc creux , qui se ferme Scserre tant qu’on le veut. Ce banc a un bâton qui letraverse , & tient le corps du patient comme suspen-du, Sc lui rompt l’épine du dos avec des douleurs in-croyables.

La torture du feu est la plus rigoureuse de toutes.On allume un feu fort ardent ; ensuite l’on frotte laplante des pieds du crimihel, de lard , ou autres ma-tières pénétrantes & combustives. On l’étend ensui-te par terre les pieds tournez vers le feu ; on les luibrûle ainsi, jusqu’à ce qu’il ait confessé tout ce qu’oirveut sçavoir. Ces deux dernieres tortures durentcomme la premiere l’efpace d'une heure , & quelque-fois davantage.

Quand donc un criminel est condamné à la tortu-re , on le conduit dans un lieu destiné à cela , qu’onappelle le lieu des tourmens. C’est une grotte sou-terraine où l’on descend par une infinité de détours,afin que les cris horribles,que jettent ces malheureux,ne puissent être entendus. Il n’y a dans ce lieu quedes sieges pour les Inquisiteurs , qui font toujoursprésens quand on donne la torture , auffi-bien quel’Evêque du lieu ou son grand Vicaire, ou du moinsun Député de fa part. Il n’est éclairé que par deuxflambeaux sombres, qui ne jettent qu’une très-foiblelumière ; mais qui suffit pourtant pour faire voir aucriminel les instrumens de la toiture , avec un ouplusieurs bourreaux , selon qu’il en est besoin. Cesbourreaux sont vêtus à peu près comme les Pénitensd’une grande robe de treillis noir, & ils ont la tête Scle visage couverts d’une maniéré de capuchon noir,qui a des trous aux endroits des yeux , du nez 8c dela bouche.

Ce spectre vient saisir l’accusé, & le dépouille toutnud , excepté les parties que la nature veut que l’oncache. Avant que de lui donner la torture , les In-quisiteurs l’exhortent de leur mieux à confesser cedont il est accusé. Si l’exhortatiori ne sert de rien,& qu’il persiste à nier , on lui donne la torture à la-quelle il a été condamné , de l’une des trois maniérésque nous venons de décrire. Quelquefois elle est siviolente , que le cœur & les forces manquent au pa-tient , & qu’on est obligé de faire entrer le Médecinde l’Inquisition , pour sçavoir s’il la peut supporterplus longtems fans mourir.

Quand on a tiré de la bouche de l’accusé à for-ce de tourmens tout ce que l’on veut sçavoir, c’est-à-dire ce dont il est innocent auffi-bien que ce dontil est coupable, le malheureux n’en est pas quitte; ilfaut qu’il souffre encore une fecpnde torture, furl’intention Sc le motif qui lui ont fait faire ce dontil est demeuré d’accord : par exemple , si un hom-me a épousé deux femmes, ou une femme deux ma-ris ; qu si un Religieux ou une Religieuse fe sontmariez après leur profeffion^après. être demeurez d’ac-cord du fait dans la torture, quelque apparence qu’ily ait que Je désir de satisfaire une passion violente,ou l’intérêt, ont été les seuls motifs qui les ont por-tez à ces actions illicites, on leur donne une secon-de torture, pour leur faire avouer s’ils n’ont pas crûque le mariage,;.ne fût pas un Sacrement, ou que lesvœux n’obligeoient pas en conscience, ou qu’il fût

L’I N Q.U I S I T I O N. tf

impossible de garder la continence. Après qilè CCSmalheureux , qui ont agi la plûpart du tems píûtôtpar sentiment que pat raison, en ont avoué plus qu’ilsn’en sçavent, il faut essuyer une troisième torturepour avoir la révélation de leurs complices s ou dèceux qui les ont aidez ou favorisez dans ces fortesd’actions.

Qiiaud on a tiré d’eitx tòút ce quê l’on en pré-tend sçavoir , tout le soulagement qu’ils reçoivent,c’est d’être reconduits dans ces affreuses prisons quenous avons décrites, où ces misérables sont abandon-nez à leur désespoir, & à tout ce que là douleur dessupplices qu’ils ont soufférts à de plus sensible.

Mais si par tant de tourmens on n’en peut rien ti-rer, on les remene en prison. Là l’artisice & les piè-ges succèdent aux supplices. On fait entrer dès hom-mes apostez , qui feignant de les consoler & de lessecourir, óu même d’être prisonniers & coupablescomme eux, s’emportent contre l’Inquisition, la trai-tent de tyrannie insupportable, du plus grand de tousles fléaux dont Dieu ait jamais affligé les hommes, Scles font ainsi tomber dans des piégés d’autant plusinévitables, qu’il est plus difficile de fe défendre del'amitié, de la compassion, & des services rendusdans les maux les plus extrêmes.

Les Inquisiteurs eux-rnêmes secondent ces artificesde tout leur pouvoir : ils consolent Ces malheureux,ils témoignent qu’ils sont touchez de leurs maux;qu’ils ne veulent pas leur perte, mais leur conversion;& que le moindre aveu qu’ils leur feroient en parti-culier, & pour lequel ils leur promettent un secret in-violable , suffira pour les tirer de tant de peines, Scpour leur faire recouvrer leur liberté.

La conclusion de tout ceci est que si l’accusé de-meure convaincu au jugement des Inquisiteurs, ortpar des témoins, ou par fa propre confession , il estcondamné selon l’énormité des crimes, ou à la mort,ou à la prison perpétuelle, ou -aux galères, ou aufouet, ou à quelque autre semblable châtiment.

Quand une mort également cruelle & honteuse estinévitable , le plutôt qu’on la peut donner est uneespece de soulagement, parce que tous les momensqui se passent entre la condamnation Sc le supplice,sont mourir autant de fois un condamné, d’une ma-niéré, qui pour n’être que dans l’imagination, n’en estbien souvent pas moins sensible. C’est ce qui a obligéles Justices les plus rigoureuses â ne condamner lescriminels que le plus près qu’il se peut de leur exé-cution.

Ce soulagement,tout soible qu’il est , n’est pointen usage dans l’Inquisition, & on y différé souventl’execution après la condamnation, d’une, ou mê-me de plusieurs années ; afih qu’en punissant tout àla fois un plus grand nombre de coupables, le suppli-ce en soit plus horrible, & en même tems d’un plusgrand exemple.

Le spectacle de plusieurs criminels ainsi condam-nez au dernier supplice, sans avoir égard à leur sexeni à leur qualité , confirme , à ce qu’on croit, leSpeuples dans la Religion Catholique; & l’on est per-suadé dans les Pais d'Inquisition , qu’elle feule a em-pêché les dernieres hérésies de s’y répandre dans letems qu’elles ont infecté toute PEurope. C’est unedes raisons qui a fait donner à ce Tribunal le titrede Saint Ofsicè, & Tautorìté excessive qu’il a partout où il est établi.

V r CHA-