CONCERNANT
Ceux qui croient condamnez au dernier supplice,outre l’escorte des deux Familiers, étoient entourezde quatre ou cinq Religieux de divers ordres, quiles exhortoient pendant le chemin. J
Ces criminels passèrent en cet ordre au dessous duBalcon du Roi d’Eípagne ; & après ‘avoir fait le tourdu Théâtre, ils surent placez sur l’Amphithéâtre dela main gauche, chacun entre les Familiers & les Re-ligieux qui les avoient accompagnez. QuelquesGrands du nombre des Familiers se placèrent surdeux bancs qui leur étoient destinez au bas de l’au-tre Amphithéâtre.
Le Clergé de la Paroisiè de saint Martin arrivantensuite , se plaça près de l’Autel ; les Officiers duConseil suprême de l’Inquisition, les Inquisiteurs, lesQualificateurs les Officiers de tous les autres Con-seils , & plusieurs autres Personnes considérables, Sé-culiers & Réguliers, qui formoient une longue Ca-valcade , arrivèrent ensuite & se placèrent sur l’Am-phithéâtre de la main droite , aux deux cotez de laChaire préparée pour le Grand Inquisiteur. Il mar-choit le dernier , vêtu de violet , accompagné duPrésident du Conseil de Castille. Quand il fut mon-té à sa place, le Président se retira.
Alors on commença la Messe, au milieu de laquel-le le Célébrant quitta l’Autel, & s’affit fur un siègequi lui étoit préparé. Le Grand Inquisiteur descen-dit de sa place, & s’étant fait revêtir d’une Chape,la Mitre entête, après avoir salué l’Autel, il' s’avan-Ça vers le Balcon du Roi ; il y monta les degrez dubout de l’Amphithéâtre avec quelques Officiers del’Inquisition qui y portèrent la Croix , les Evangi-les , & un Livre, qui contenoit le serment par lequelles Rois d'Espagne s’obligent de protéger la Foi Ca-tholique , d’extirper les hérésies, & d’appuyer detoute leur autorité les procédures de l’Inquisition.
Le Roi d’Espagne debout & tête nue, ayant à ses.cotez un Grand qui tenoit l’Epée Royale élevée,jura d’observer le serment dont un Conseiller du Con-seil Royal & de l’Inquisition venoit de faire la lectu-re. II demeura en cette posture jufqu’à ce que leGrand Inquisiteur sut retourné à sa;place,où il quit-ta ses habits pontificaux.
Alors un Secretaire de l’Inquisition monta dansune Chaire preparée , & lût un semblable sermentqu’il fit prêter aux Conseils & à toute l’Assemblée :ensuite un Dominicain monta dans la même Chaire,& fit un Sermon rempli des louanges de l’Inquisi-tion & contre l’hérésie.
II étoit près de midi Iorfqu’on commença à lireles Sentences de ceux qui avoient été condamnez.On lût d’abord celle des coupables qui étoientmorts dans la prison , ou qui avoient été jugez parcontumace. Leurs effigies, surent/portées for le/petirThéâtre, & mises dans les cagès: ensuite l’on conti-nua la lecture des-Sentences jf chaque criminel.qu’onfit entrer l’un ; après l’autre dansles mêmes cages -, a-|fin qu’ilS ; fussent reconnus de tout le monde; -
Parmi les. vingt personnes condamnées au feu,six hommes & deux femmes ne voulurent jamais recon-noître leurs erreurs, ni fe repentir de leur impiété.Une jeune femme fut renvoyée en prison:, parcéqu’elle protestent toujours de son innocence,. & qu’oncrût devoir encore examiner son procès.!. : j, .
Enfin on fit la lecture des Sentences.rendais con-tre ceux .qui etoient convaincus de bigamie, de sorstilege., de profanation des choses saintes , &: de plu-sieurs autres .crimes , auffi-bien, que contredis Juifsrepentans; : me qui dura jufqu'a neuf heures du> foire. Ensoitq qm achevada M (Le,- A' le Grand Inqui-siteur revêtu .4e ses- habitsìpontificaux. xfoimad’affisolution solemnfst? ,à ceux qui :se repentirent.- Le; Rois’étant retiré-,- le.s-eïimiô,çl|-cQíidíinmez.au fà furent
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livrez au bras séculier , & conduits fur des ânes àtrois cent pas hors la porte de Foncarah Ils furentexecutez après minuit ; les obstinez furent brûlezvifs, & les repentans surent étranglez avant que d’ê-tre jettez au feu. Ceux qui étoient condamnez aufouet, furent le lendemain promenez par les carre-fours , montez fur des ânes, & furent fouettez partoutes les rues & places publiques.
Outre ces exécutions générales de Hnquisition'»il s’en fait tous les ans de particulières fur la fin duCarême. Lês Inquisiteurs dans ces occasions sont ac-compagnez des Magistrats, des Officiers de Justice,de ceux du Roi, du Gouverneur, de la Noblesse,de l’Evêque & de tout le Clergé séculier & régu-liers & tout s’y passe à peu près avec les mêmes cé-rémonies.
II fe fait encore chaque année dans ce temps-la,’c’est-à-dire, le Vendredi saint, en Espagne & enPortugal , une cérémonie que l’on me permettra derapporter ici à cause de sa singularité. C’est uneProcession de Pénitens qui est composée de tous lesOrdres religieux, réguliers & séculiers , des Paroissesde la Ville & de leurs Confrairies , de tous les Tri-bunaux & des Communautez , des Corps & Métiersde la Ville. Les Comédiens s’y doivent trouver, &y assister comme les autres.
Le Roi s’y rencontre aslêz souvent, accompagnéde toute íâ Cour, ce qui fait un nombreux cortège.Les Pénitens marchent tous l’épée au côté, & uncierge à la main. Chaque Seigneur est suivi dequantité de Laquais qui portent des flambeaux.Tout l’apareil de cette cérémonie a Pair lugubre : lesCompagnies des Gardes du Roi portent leurs armescouvertes de deuil ; & les chevaux de son Ecurie ysont menez en leste parles Palfrëniers. On y voitdes hommes masquez & habillez de noir , avec diversinstrumensr de Musique , comme trompettes, tam-bours, flûtes, & autres; Les tambours sont couvertsde noir, & battent comme pour la mort d’un Géné-ral : les' trompettes sonnent un air triste. Les Croix& les Banieres des Paroiífès font austi couvertes decrêpes noirs. On traîne de'lourdes & pesantes ma-chines élevées for des Théâtres, avec des figures quireprefentent lés mystères de la Passion de nôtre Sei-gneur. Ce jour-là toutes les Dames paraissent à leursfenêtres & à leurs balcons, parées Comme le jour déleurs noces, & apuyées sor de beaux & riches tapis.Tous les Pénitens ou Disciplinans de la Ville ne man-quent pas de fe rendre à cette Procession. Ils por-tent for leur tête un long bonnet couvert de toile debatiste, de la hauteur de trois pieds & en forme depain de sucre, d’où pend un morceau de toile quitombe par devant, & leut couvre le visage.
. On peut dire qu’il y en a quelques-uns qui préd-isent ce dévot exercice par un véritable esprit 1 de pié-té: mais il y en a beaucoup d’autres qui ne le fontque pour plaire- à leurs maîtresses ; & c’est une ga-lanterie d’une nouvelle eípécë, inconnue aux autresnations. Ces Pénitens ou Disciplinans ont des gands& des souliers blancs, une camisole dont les man-ches sont attachées "avec des'rubans. Ils en portentun à leiir bonnet ou à leur discipline , de la couleurqui plaît le.- plus à leur maîtresse; Ils fe fustigentpar régls & par mesuré , avec une d^foiplinéd^ cor-delettes,/aû -bout de 'laquelle on a attaché dé piétiièshoules dé ' cire, garnies dé 1 verre pointu. Celui quife fouette avec le plus de' courage & d’adresse, estestimé lé plus brave ; & àx qui négligent dé lé fai-re sont -huez des femmes, qui sont fi accoutumées S, ce sanglant & cruel spectacle , qu’elles ne peuventj s’empêcher de dire des injures à ceux qui ne fej fouettent pas assez, rudement à leur. gré : & il y á si, peu de dévotion parmi ces Pénitens , qu'ils fendent
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