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[Volume I.]
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go MEMOIRES h

le plus souvent injures pour injures , jusqu’à insulteren passant les spectateurs qui font fur leur chemin.Lorsqu’ils rencontrent quelque Dame bien faite , ilssçavent se fouetter si adroitement , qu’ils font ruisse-ler leur sang jusques fur elle ; & c’est un honneurdont elle ne manque pas de remercier le galant. Maisc’est bien autre chose quand ils se trouvent devant lamaison de leur maîtresse : car alors ils redoublent lescoups avec tant de furie, qu’ils se déchirent le dos &les épaules. La Dame qui lesvoit de son balcon , &qui sçait que c’est pour lui plaire , leur en sçait bongré dans le cœur , & ne manque pas de leur én tenircompte. Au reste parmi ces Pénitens il y a des gensde la premiere qualité, & d’autres de toute espece; &l’on remarque que lorsque ceux qui sont accoutumezà cet exercice tous les ans, viennent à le cesser , ilsne manquent gueres de tomber malades. II y a quel-ques-uns de ces Pénitens qui pratiquent encore d’au-tres mortifications bien plus rudes. Ils vont nudspieds, & font serrez d’une natte qui leur couvre lesbras & une partie du corps depuis la ceinture. Quel-ques-uns traînent des croix d’une pesanteur effroya-ble : d’autres portent des épées nues passées dans ledos & dans les bras, qui leur font de larges blessures,lorsqu’ils font quelque mouvement un peu rude..D’autres en chemise fe font attacher à une croix àl’entrée des Eglises, & font de longues & douloureu-ses lamentations. Ceux qui pratiquent ces mortifica-tions, font toujours masquez, aussi bien que les do-mestiques qui les suivent & qui les soutiennent lelong du chemin , pendant lequel on leur offre fortsouvent des confitures & autres rafraîchissemens. Ce-pendant , que ce soit par pénitence ou par galanterieque ces Pénitens ou Disciplinans affligent ainsi leurscorps, il est pourtant vrai qu’il en meurt quantitétous les ans *.

Revenons présentement à l’Inquisition , & disonsque pendant qu’ellé fait ces Processions & ces exécu-tions terribles , ses prisons ne demeurent pas vuides ;car elles sont encore remplies de gens de tout sexe &de toute condition. Ce sont ceux doso les crimesn’en ont pu être prouvez , ou ne méritent pas d’êtrepunis de peines publiques & corporelles. Avant quede sortir des prisons de l’Inquisition, ils doivent tousfaire abjuration de levì , ou de vehementi , c’est-à-diredu leger ou du vehement soupçon d’hérésie. Ceuxqui ont fait abjuration du vehement soupçon , s’ilsviennent à retomber, sont estimez relaps, & doiventmourir fans ressource. Ceux qui sont feulement tom-bez dans un leger soupçon , ne sont pas sujets à lamort, quoiqu’ils retombent.

Au reste, tous ceux qui ont fait. abjuration , furtout de vehementi , doivent porter le sanbenit, les unstoute leur vie, les autres un certain nombre d’années.C’est la derniere marque d’infamie pour les personnes,& même pour les familles.

. Ceux à qui l’Inquisition a laissé quelque bien dereste, s'en servent , quand ils peuvent, pour se ra-cheter de la nécessité de porter un habit si diffa-mant. ".. .j

Ces sortes de dispenses s’acçordent fort rarement,parce qu’outre que c’est une chose difficile de les ob-tenir , c’est qu’elles coûtent beaucoup, ,, í & que lemoindre mal qui arrive à ceux qui sont tombez entreles mains de l’Inquisition, est la perte de leurs biens :cap premierement l’on confisque tous les effets mobi-liers & immobiliers de ceux qui sont condamnez à lamors & pour. ce qui est des autres , leurs biensayant été saisis dès le commencement de leur prison,fe trouvent presque tout consumez avant qu’ils en

* Tiré du 5. Volume des Délices de l’Espagne & du Portugal,par Dom. 'fuan Alvarez. de Colmenar. »,

I S T O R I ct U E S

sortent, par la mauvaise administration des séquestres,par les pilleri.es , par les confiscations & par lesamendes.

C H A P I T R E, VI.

Maximes de l'Inquisition & des Inquisiteurs .

T Elles sont les procédures de l’Inquisition ; maisavant que de les finir, il ne sera pas hors depropos de raporter quelques-unes de ses principalesmaximes, qui ne serviront pas moins à juger de sonesprit & de sa conduite , que tout ce que nous enavons raporté jusqu’à présent.

On tient dans l’Inquisition pour maxime inviola-ble , qu’il ne faut jamais disputer de Religion avecles Hérétiques, fur tout devant le peuple ; qu’ainsiils doivent être instruits par la voye de l’autorité,non pas par celle des éclairciflèmens. Que ceux quirecellent un Hérétique, ou qui le favorisent de quel-que maniéré que ce soit, par quelque motif qu’ils ysoient portez, doivent être excommuniez , & nepeuvent être admis au nombre des pénitens, fanspasser par l'Inquisition. Elle les traite toujours com-me gens soupçonnez d’hérésie, c’est-à-dire fort sûre-ment, comme si l’on ne pouvoit donner secours à lapersonne, fans favoriser Terreur. Un Hérétique,quoiqu’absous par le Pape même, ne laisse pas d’êtresujet à l’Inquisition , & peut-être condamné à mort.Quand un Hérétique a été une fois condamné, Tonne doit jamais lui permettre de parler devant le peu-ple. On ne doit point donner la vie à un Hérétiquequoiqu’il se rétracté , parce que tous les Hérétiquesse sauveroient par de feintes rétractations. On ne doitjamais interroger un accusé comme si on doutoit deson crime; mais il faut toujours supposer le sait com-me véritable, & l’interroger seulement sor les circon-stances. On tient qu’en examinant un Héréti-que , il faut toujours lui mettre la mort devant lesyeux. Qu’on ne doit pas efperer, ni même tenter dele convertir par TEcriture sainte, ou par la dispute.Qu’il saut lui promettre par des termes ambigus delui faire grâce, s’ilconfesse son crime, & ne lui rientenir de ce qu’on lui a promis quand il Ta confessé.

A ces maximes on peut encore ajouter celles quisuivent: Que les biens d’un Hérétique sont acquisde droit à Tlnquisition , au préjudice même de sesenfans, & de ses autres heritiers catholiques.

Que la mort ne soustrait pas un criminel au juge-ment de Tlnquisition. Qu’on lui doit faire son pro-cès après fa mort, & T exécuter en effigie. Qu’onne laisse pas d’être suspect d’hérésie, & sujet à Tln-quisition, quoiqu’On n’ait avancé une hérésie qu’enraillant, ou qu’on n’ait imité les Hérétiques que pourse divertir. Qu’en fait d’hérésie & d’apostasie il n’ya point de prescription. Qu’on ne doit point fairela correction fraternelle avant que de déférer à Tln-quisition. Qu’il n’y a raison ni de parenté, ni d’al-liance, ni de reconnoissance, fût-ce même de la vie,qui puisse dispenser de déférer un criminel qui estdevenu sujet à Tlnquisition. Qu’un fauteur d’Hé-rétique reconnu pour tel, doit après fa mort être pri-vé de la sépulture Ecclésiastique.

Qu’on ne laisse pas d’être sujet à Tlnquisition,pour -avoir avancé quelque hérésie , quoique ce soitpar ignorance, & sans la connoître pour hérésie: par-ce que tout Fidele est obligé de sçavoir ce qui a étécondamné par TEglise. Que les Magistrats laïcs sontobligez de prêter main forte à Tlnquisition sous pei-ne d’excommunicatiori. Qu’un Magistrat excommu-nié pour avoir refusé son secours à Tlnquisition » s ildifféré de se faire absoudre,doit être condapané com-me hérétique,