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[Volume I.]
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CONCERNANT

crimes Lux Inquisiteurs Espagnols, de se servir duPrivilège du saint Office , pour faire traîner dans sesprisons les femmes & les filles qui n’ont pas voululeur être favorables, & d'avoir la cruauté, après avoircorrompu la pudicité de ces innocentes victimes,fous prétexte peut-être de les sauver, d’avoir, dis-je,l’inhumanité de les condamner au dernier supplice,leur adresse ces paroles : Amas ejfo mal hechores , comono tenejs vcrguença nì honra , que dejpues de aver go-z>ado las mugercs y donzxllas que entran en vuefiro poder,dejpudes de aver las goztado las entrégays al fuego : O im-pios peores que los vìejos de Sujanna ! „ Vous êtes

„ en outre des malfaiteurs. Comment n’avez-vous„ ni honte ni pudeur, de séduire & d’abuser les fem-„ mes & les filles qui font en votre pouvoir, & non„ contens de cela, de les condamner au feu ? O abo-3 , minables ! ô impies, plus médians que les vieil-3 , lards qui accusèrent la chaste Sufanne ! Ôn trouvela même chose dans les Ouvrages deCypriano de Va-lera.

Les exemples que nous avons raportez jusqu’k pré-sent ont assez fait voir que le pouvoir inique & arbi-traire de l’Inquisition n’a presque plus de bornes. IIs’étend non seulement sur tous les Peuples sujets duPrince dans les Etats duquel ce Tribunal est établi,auffi-bìen que fur les Grands du Royaume, mais en-core fur les Rois mêmes : & l’exemple que l’on varaporter suffira pour faire voir à quel point d’insolencece Tribunal a osé porter son autorité. Sous le régnéde Philippe III. Roi d’Espagne, deux Cordeliers,soit dans l’idée de combatre les nouveautez qui s’in-troduisoient alors dans plusieurs Etats fur la Religion,ou autrement, s’étant peut-être un peu trop avancezfur les points contestez entre la Religion CatholiqueRomaine & la Protestante , furent dénoncez au saintOffice comme ayant eu intention de quitter leurOrdre & leur Habit pour embrasser la Religion Pro-testante , & comme tels arrêtez & conduits dans lesprisons du saint Office, où, après leur avoir fait leurprocès à l’ordinaire, c’est-à-dire fans les entendre, ilsFurent condamnez à être brûlez , comme atteintsd’hérésie. Cette affaire avoit fait grand bruit, & onne les croyoit pas aussi coupables que les Officiers de,l’Inquisition le difoient. Le jour venu de Y Auto daFe , ou Aille de Foi , on fit passer la Procession de-vant le Palais du Roi à Madrid , selon la coutume.•Les deux Cordeliers, que l’on menoit au supplice,donnoient gloire à Dieu de souffrir le martyre pourla confession de son Evangile, & chantoient tourhaut des Pfeaumes & des Prières, qui surent entenduesdu Roi. Il étoit fur son balcon, & les voyant il neput s’empêcher de les plaindre, en disant : Fòila deuxnommes bien malheureux de mourir pour une chofi dontils font persuadez ,. Ces paroles fie surent pas plutôtprononcées, qu’elles surent raportées par quelqueFamilier au saint Office , qui députa auísi-tôt vers leRoi, & lui déclara que ce qu’il avoit dit ayant scan-dalisé plusieurs personnes, & principalement le saintOffice, il étoit nécessaire qu’il expiât fdifoient-ils)ce crime par quelque punition exemplaire. Le Roine fit pas d’abord grande attention à ce qu’on lui ditlà-dessus : mais l'Inquisiteur l’étant venu trouver,lui fit entendre très-férieufement qu’il falloit que SaMajesté fe soumit à quelque peine. On cherchalong-tems ce que le Roi pourroit faire pour cette sa-tisfaction, & enfin on convint que Sa Majesté feiaisseroit tirer une palette de sang , & que ce sang se-roit brûlé par la main du Boureau : C e qui fut exé-cuté en présence du Grand Inquisiteur & de ses Of-ficiers. Ce fait est rapporté dans les Mémoires duComte de Roussy , cité dans le Tableau des Papesimprimé à Cologne en mil sept cent quatorze,

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Tome L

VI N dU I S I T I O N. ZZ

Après des exemples si terribles, il n’y a pas lieude s’étonner si l’Inquisitiòn est si redoutable, & siles personnes les plus puissantes la craignent autantque les moindres du peuple. Auffi quand les enne-mis du Comte Duc d’Qlivarez , (qui étoit en Espa-gne ce que le Cardinal de Richelieu étoit en France)eurent conjuré sa perte , ils ne trouvèrent point demoyen plus seur pour en venir à bout que de le dé-férer à l’Inquisition. La faveur & la puissance de cepremier Ministre d’une Monarchie si redoutable , neI’empêcha pas de s’en saisir. De, tant de gens qu’ilavoit comblez de biens, & dont la fortune étoit atta-chée à la sienne, personne n’osa se déclarer pour lui,ni solliciter en sa saveur ; & ce grand homme péritabandonné de tout le monde.

CHAPITRE Vin.

Inquisition pour les Livres .

M Áis si l’Inquisition en use avec tant de rigueuravec les personnes, elle n’agit pas avec moinsde sévérité à l’égard des Livres. C’est encore un desprincipaux chefs de fa Jurisdiction.

Comme il y a toujours dans ce Tribunal parmi sesSupôts & ses Familiers quantité de gens oisifs, de mêmeque dans les Monastères où l’on fait profession d’êtreaussi dévoué à l’Inquisition que ses Supôts mêmes ; dèsqu’un Livre paroít, il est lû & examiné , mais tou-jours avec les préjugez qui règnent dâns ces liêux-là,qui souvent sont ailleurs des maximes bien reçues.Pour peu qu’on y trouve à redire , le Livre est dé-féré à l’Inquisition. On l’y éxamine de nouveau, &cet examen est presque toujours suivi d’une censure.L’on a en ce Pays là de grandes délicatesses fur les Li-vres , & la moindre chose suffit pour en tirer unecensure.

Cette censure se sait de trois maniérés differentes*Quelquefois un Livre est condamné absolument &sans réservé. D’autrefois il est seulement condamnéjusqu’à ce qu’il soit corrigé. Enfin on sait quelque-fois un Extrait des propositions condamnées , & l’onmarque expressément fur quoi tombe la censure.

Tous les ans on publie un Index ou une Table »qui contient tous les Livres qui ont été condamnezpendant l’année. L’on y voit les Livres censurez dequelqu’une des trois maniérés que l’on vient de rap-porter. Cette Table est ensuite affichée dans lesPlaces publiques ; & depuis ce temps-là il n’est pluspermis à qui que ce soit de garder les Livres con-damnez. C’est un des cas soumis à l’Inquisition quede les lire ou les retenir chez foi. Et si quelqu’un s’entrouvoit saisi après la condamnation , il n’en fau-droit pas davantage pour lui attirer de grandes af-faires.

On peut juger par là comment les Auteurs feroienttraitez , s’ils étoient connus. Auffi a-t-on grandfoin en ce Pays-là ou de ne rien écrire qui puisse êtrecensuré ; ou si l’on ne peut vaincre la démangeaisond’écrire, c’est un secret que l’on ne confie à person-ne. Souvent même un Auteur, qui s’y est laissé em-porter , ne trouve point d’autre fureté qu’en se ban-nissant lui-même volontairement de son Pays pourtoute íâ vie.

Pour ce qui est de celui qui a fait imprimer , ouqui a vendu ou débité des Livres suspects, il croiroitêtre traité favorablement s’il en étoit quitte pour unegrosse amende , & la’* confiscation des Exemplaires.On ne lui fait fur cela aucun quartier , la composi-tion n’a point de lieu ; on rie le quitte point qu’onne l’ait ruïné fans ressource. Souvent même il payede fa liberté, & fe voit réduit à passer plusieurs an-