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[Volume I.]
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MEMOIRES HISTORIQUES

Cap de Bonne-Esperance. Outre ces quatre Tribu-naux, il y a encore le grand Conseil del’înquisition,où préside l’Inquisiteur Général. Ce Tribunal estle chef de tous les autres, & on l’informe de tout cequi se fait ailleurs. Outre Phonneur , l’autorité ex-cessive & les appointemens annexez aux Charges detous les Inquisiteurs , ils retirent encore un profitconsidérable en deux maniérés. La premiere, lorsqu’ilsfont vendre à l’encan les effets des Prisonniers , par-ceque s’il se trouve quelque chose de rare & de pré-cieux , ils n’ont qu’à envoyer quelqu’un de leursdomestiques pour encherir; & il est sûr que personnene sera assez hardi pour offrir aU-dessus : d’où il arriveassez souvent que les choses leur font adjugées pour lamoitié moins que leur juste valeur. Le secondmoyen par où ils peuvent encore beaucoup profiter,est que le provenu, des biens confisquez étant porté auTrésor Royal, ils ont droit d’y envoyer des Ordon-nances quand ils veulent, & pour les sommes qu’illeur plaît, pour survenir aux dépenses & aux néces-sitez sécrétés du saint Office; ce qui leur est d’abordpayé comptant, sans que personne ose s’insormer enquoi consistent les besoins secrets, de forte que pres-que tout ce qui provient des confiscations leur re-vient d’une façon ou d’autre.

Tous les Inquisiteurs sont nommez par le Roi , &confirmez par le Pape, de qui ils reçoivent leurs Bul-les. II n’y a à Goa que le Grand Inquisiteur , quiait ou qui s’attribue le droit de se faire porter en chai-se. On a pour lui beaucoup plus de respect que pourl’Archevêque ou le Viceroi. Son autorité s’étend furtoutes sortes de Personnes Laïques & Ecclésiastiques,à l’exception de l’Archevêque , de son Grand Vicai-re qui est ordinairement un Evêque, du Viceroi, &du Gouverneur quand le Viceroi est mort. Encoreles peut-il tous faire arrêter , après en avoir donnéavis préalablement à la Cour de Portugal, & en avoirreçu des ordres' secrets du Conseil souverain de l’In-quisition de Lisbonne , appelle Confiìho sitprcmo. Cesouverain Tribunal ne s’affemble que de quinze enquinze jours, s’il ne survient quelque chose d’extra-ordinaire qui oblige à le convoquer plus fréquem-ment ; au lieu que les Conseils ordinaires sont régu-lièrement assemblez deux fois par jour , le matin de-puis huit heures juíqu’à onze , & l’après midi depuisdeux heures jusques à quatre, & quelquefois plustard , fur tout quand le temps des Actes de Foi ap-proche ; car alors les Audiences font plus souventprolongées jusqu’à dix heures du soir.

Quand on juge les Causes , outre les Depmadosqui y assistent , les Archevêques ou Evêques deslieux où l’Inquisition est établie ont droit de setrouver au Tribunal , & d’y présider dans tous les

Jugemens qui s’y rendent.

La prison de l’Inquisition de Goa est la plus sale, laplus obscure, & la plus horrible qui se puisse voir. Onn’en peut imaginer de plus puante ni de plus affreuse.Les Portugais la nomment Aljouvar. C’est une especede cave , où l’on ne voit le jour que par une fortpetite overture , où les rayons les plus subtils dusoleil ne pénètrent point, & où il n’y a jamais de vé-ritable clarté. La puanteur y est extrême : car il n’ya point d’autre lieu pour les nécessitez des prisonniers,qu’un puits sec à fleur de terre au milieu de la cave,dont l’on n’oseroit presque approcher ; en sortequ’une partie des ordures demeure fur le bord dupuits, & que la plupart des prisonniers ne vont pasmême jusques-là, & se vuident aux environs.

Voici encore ce que racconteM. Dellon touchant lamaniéré dont le 8. Office lui donna audience. Voyant,dit-il, qu’on m’avoit laissé passer dans YAljomvar toutle jour & la nuit suivante sans me rien dire , je com-mençois à me flatter que je pourrois bien y rester jus-

ques à ce que mon affaire fût terminée ; mais je visévanouir toutes mes espérances, lorsque le 1 6. de Jan-*vier , sur les huit heures du matin , un Officier del’Inquisition vint,avec ordre de nous conduire à íasanta Cash : ce qui fut exécuté fur le champ.

^ Ce ne fut pas sans beaucoup de peine que j'arrivaiou l’on nous menoit, à cause des sers que j’avois auxpieds. II fallut cependant traverser à pied , en cetriste équipage , l’espace qui est depuis l’Aljouvar.jusqu’à Plnquisition. On m’aida a monter le depré,& j'entrai enfin avec mes compagnons dans la grandesalle, où nous trouvâmes des forgerons qui nous ôtè-rent nos fers: ce qui étant fait, je fus appelle le pre-mier de tous à l’audience.

Après avoir traversé la salle , je passai dans une an-tichambre , & de-là dans un endroit où étoit monJuge. Les Portugais appellent ce lieu Aíejh do santaOfficia, c’est-à-dire, Table ou Tribunal du saint Of-fice. 11 étoit tapissé de plusieurs bandes de taffetas,les unes bleues, les autres couleur de citron. Onvoit à l’un des bouts un grand Crucifix en relies,posé contre la tapisserie , & élevé presque jusques auplancher. Au milieu de la chambre il y a une grandeestrade, fur laquelle est dressée une table longue d’en-viron quinze pieds , & large de quatre. Il y avoitaussi fur l’estrade & à l’entour de la table deux fau-teuils & plusieurs chaises ; à un des bouts & du côtédu Crucifix , étoit le Secretaire assis fur un siègepliant. Je fus placé à l’autre bout, vis-à-vis duSecretaire ; tout auprès de moi & à ma droite , étoitdans un des fauteuils le grand Inquisiteur des Indes,nommé Francifio Delgado e Matos , Prêtre séculier,âgé d’environ quarante ans. II étoit seul, parce quedes deux Inquisiteurs qui sont ordinairement à Goa,le second , qui est toûjours un Religieux de l’Ordrede saint Dominique , étoit depuis peu allé en Poitu-*gai, & que le Roi n’avoit encore nommé personnepour remplir ía place.

Auffi-tôt que je fus entré dans la chambre de l’Au-dience , je me jettai à genoux aux pieds de mon Ju-ge , pensant le pouvoir toucher par cette posture sup-pliante : mais il ne voulut pas me souffrir en cet état,& il m’ordonna de me relever. Puis m’ayant deman-dé mon nom & ma profession , il s’informa si je sça-vois pour quel sujet j’avois été arrêté. II m’exhortade le déclarer au plûtôt , puisque c’étoit l’uniquemoyen de recouvrer promptement ma liberté. Aprèsavoir satisfait à ses deux premieres demandes, je luidis que je croyois Ravoir le sujet de ma détention, &que s’il vouloit avoir la bonté de m’entendre , j’étoisprêt à m’accuser sur le champ. Je mêlai des larmes àma priere, & je me prosternai une seconde sois à sespieds: mais mon Juge, fans s’émouvoir, me dit querien ne preísoit ; qu’il avoit des affaires à terminerbeaucoup plus importantes que les miennes ; qu’il meferoit avertir , lorsqu’il en seroit temps ; & ayantauffi-tôt pris une petite clochette d’argent , qui étoitdevant lui, il s’en servit pour appeller l ‘Jllcaide : c’estainsi qu’on nomme le Geôlier ou Concierge de l’In-quisition. Cet Officier entra dans la chambre, m’enfit sortir , & me conduisit dans une longue galeriequi n’en étoit pas éloignée , où nous fumes suivis parle Secretaire.

Là je vis apporter mon coffre. On en fit Couvertu-re en ma présence , on me souilla exactement, onm’ôta tout ce que j’avois fur moi , jusques aux bou-tons de mes manches, & une bague que pavois audoigt, fans qu’il me restât autre chose que mon cha-pelet , mon mouchoir , & quelques pieces d’or quej’avois cousues dans un ruban , & que j’avois misesentre ma jambe & mon bas, où l’on ne s’avisa pas deregarder. De tout le reste on en fit fur le champ un

inventaire & un mémoire aussi exact , q 11 ’ 1 '. a c J e

depuis