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[Volume I.]
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depuis inutile,- puisque ce qu’il y avoit, 8c qui étoitde quelque valeur , ne m'a jamais été rendu : quoi-que pour lors le Secretaire m’eût assuré que quand jesortirais tout me ferait fidèlement remis entre lesmains, & que l’Inquisiteur même m’eût depuis réité-ré la même promesse.

Cet inventaire fini, l’Alcaïde me prit par la main,

& me conduisit dans un cachot qui avoit dix piedsen quarté, oû je fus renfermé seul, fans plus voirpersonne jusques au soir , quand on m’apporta à fou-

Î )er. Comme je n’avois rien mangé ni ce jour-là nie précédent, je reçus avec assez d’avidité ce que l’onme donna , & cela contribua à me faire un peu repo-ser la nuit suivante. Le lendemain , les Gardes étantvenus pour m’apporter le déjeuné , je leur demandaides livres & mes peignes ; mais j'appris d’eux qu’onne donnoit les premiers à personne , non pas mêmeun Bréviaire aux Prêtres, quoiqu’ils soient obligez àréciter l’Office divin ; & que les seconds ne me le- :raient plus nécessaires. En effet ils me coupèrent les ;cheveux fur le champ , & cela se pratique à l’égardde tous les prisonniers, de quelque sexe ou conditionqu’ils soient, dès le premier jour qu’ils entrent dansces prisons, ou le lendemain au plus tard.

L’on m’avoit averti lorsque je fus renfermé dansles prisons du saint Office -, que quand j'aurais be-soin de quelque chose, il ne salloit qu’heurter douce-ment à la porte pour appeller les Gardes , ou le leurdemander aux heures du repas ; & que quand je vou-drais aller à l’Audience , j'eusse à m’adresser à l’Al-taïde, lequel, non plus que les Gardes, ne parle ja-mais fans compagnon aux Prisonniers. On m’avoitfait auffi efperer que ma liberté suivrait de près maconfession. C’est pourquoi je ne cessai point d’impor-tuner ces Officiers pour être conduit devant mes Ju-ges ; mais avec mes larmes & mes empressemens, jene pus obtenir cette grâce que le dernier jour de Jan-vier i<? 74 -

L’AIcaïde accompagné d’un Garde , vint me pren-dre pour ce sujet à deux heures après midi. Je m’ha-, billai comme il lui plut, & je sortis de won cachotles jambes & les pieds nuds. J’étois précédé de 1 ’Al-cdt'de , & le Garde me suivoit. Nous marchâmes encet ordre jusqu’à la porte de la chambre oû se tientl’Audience ; là VAlcaïdc s’étant un peu avancé, &ayant fait une profonde révérence, ressortit pour melaisser entrer seul. J’y trouvai comme la premiere foisl’Inquisiteur & le Secretaire. Je me mis d’abord àgenoux ; mais ayant reçu ordre de me relever & dem’asseoir, je me mis fur un banc qui étoit au bout dela table du côté de mon Juge. Proche de moi fur lebout de la table il y avoit un Missel, fur lequel, avantque de passer outre , on me fit mettre la main , &promettre de dire la vérité & garder le secret, quisont les deux sermens qu’on exige de ceux qui appro-chent ce Tribunal, soit pour y déposer , ou pour yrecevoir quelque ordre.

On me demanda ensuite, si je sçavois la cause de madétention , & si j’étois résolu de la déclarer : à quoiayant fait réponse que je ne demandois pas mieux, jerécitai exactement tout ce que j'ai raporté au com-mencement de cette rélation touchant le Baptême &les Images, fans rien dire de ce que j’avois avancé del'Inquifition, parce qu’il ne m’en souvenoit pas alors.Mon juge m’ayant encore demandé si je n’avois plusrien à dire , & ayant entendu que c’étoit-là tout cedont je me souvenois, bien loin de me rendre la li-berté, comme je Pavois esperé, finit cette belle Au-dience par les propres termes que voici.

Que j’avois pris un très-bon conseil de m’accuserainsi moi-même volontairement, & qu’il m’exhortoitde la part de notre Seigneur Jesus-Christ , de décla-rer au plutôt le restant de mes informations, afin que

LT N Q U I S î T I O N. 0

I je pusse éprouver la bonté 8c la miséricorde dont oiiuse en ce Tribunal, envers ceux qui sont paraître urtvéritable repentir de leurs crimes, par une confessionsíncere, & non forcée;

Ma déclaration & soir exhortation étaiit finies &écrites, on m’en fit la lecture , & je la signai. En-

suite dequoi l’Inquisiteur sonna sa clochette pouráppeller YAlcaïde , qui me fit sortir , & me

ramena dans ma prison en même ordre que j’étoisvenu.

Je fus conduit pour la deuxième fois devant monJuge, fans l’avoir demandé, le quinze de Février : cequi me fit croire qu’on avoit quelque dessein de medélivrer. Auíïi-tôt que je fus arrivé , on m’interro-gea de nouveau pour sçavoir si je n’avois plus rien àdire ; 8c on m’exhorta à ne rien déguiser , mais aucontraire à confesser sincèrement toutes mes fautes.Je répondis que quelque soin que j'eusse pris pourm’examiner , je n’avois cependant pû me souvenird’autre chose que de ce que j’avois déclaré. Ensuiteon me demanda mon nom , celui de mes pere & me-re, freres, ayeuls & ayeules , parains & maraines, sij’étois Chriflam de oito dias , c’est-à-dire Chrétien dehuit jours ; parce qu’en Portugal on ne baptise les en-sans que ie huitième jour après leur naissance, de me-me que les femmes accouchées ne sortent & ne vontà l'Eglise que quarante jours après leur accouchement,quelque heureux qu’il ait pû être. Mon Juge parutsurpris quand je lui dis que cette coutume d’attendrehuit jours pour baptiser les enfans n’avoit point delieu en France , oû l’on les baptise le plûtôt qu’onpeut. Et il paraît assez par l’observance de ces céré-monies légales, que malgré l'aversion que les Portu-gais témoignent avoir pour les juifs, ils ne sont pascependant des Chrétiens fort épurez ; mais ce n’estpas là le plus grand mal qui résulte de l’observance deces cérémonies : car de la premiere il n’arrive quetrop souvent, que des enfans meurent fans être régé-nérez par le saint Sacrement du Baptême , & qu’ilssont ainsi privez du Ciel pour jamais ; & pour ne pasvioler la coutume de la Purification , qui ne devroitplus subsister depuis la publication de l’Evangile , lesfemmes Portugaises ne font aucun scrupule de mépri-ser le Commandement de l’Eglise , qui oblige tousles Chrétiens d’affister les Dimanches & les Fêtes ausaint Sacrifice de la Messe, s’ils n’ont des empêche-mens légitimes.

On me demanda encore le nom du Curé qui m’a-voit baptisé, en quel Diocèse, quelle Ville , & en-fin si j’avois été confirmé , & par quel Evêque.Ayant satisfait à toutes ces demandes, on m’ordonnâde me mettre à genoux, de faire le signe de la Croix,de réciter le Pater , Y Ave Maria , le Credo , lesCommandemens de Dieu & de l’Eglise , & le SalveRegìna. Enfin il finit comme la premiere sois, enm’exhortant par les entrailles de la miséricorde de no-tre Seigneur Jesus-Christ , à confesser incessammentles sautes dont je ne m’étois pas encore accusé ; cequi étant écrit, lû en ma présence & signé de moi,on me renvoya.

Depuis le moment que j’étois entré dans cette pri-son, j’avois toujours été affligé , & je n’avois pointcessé de répandre des larmes ; mais au retour de cetteseconde Audience , je m’abandonnai tout entier à ladouleur, voyant qu’on exigeoit de moi des chosesqui me paroissoient impossibles, puisque ma mémoirene me fournissoit rien de ce qu’on vouloir que j’a-vouasse. J’essayai donc de finir ma vie par la faim.Il est vrai que je recevois les alimens qu’on m’appor-toit, parce que je ne pouvois les refuser sans m’expo-ser à recevoir des coups de canne de la main des Gar-des, qui ont un grand soin d’observer lorsqu’on leurrend les plats, si. l’on a assez mangé pour se nour-

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