II. DISSERTATION
S U R L A
RELIGION DES GRECS,
Qui comprend les Usages & les Cérémonies.
DU PATRIARCHE.
’Ancienne Eglise Chrétienne a reconnu ( a ) cinq Patriarches, {b}assavoir celui de Rome, de Constantinople, ( c) d’Alexandrie,d’Antioche , Lc de Jérusalem. Quoi qu’aujourd’hui le seulPatriarche de Rome ait le droit de s’appeller Pape , il se trou-ve que dans l’Antiquité les autres Patriarches ont porté Icmême titre; & non feulement les Patriarches, mais même des Archevêques,de simples Evêques, Le enfin de simples Prêtres. On n’a besoin ni de preuvesanciennes, ni d érudition pour prouver ce dernier uíàge ; puis qu a l’ouvertured’une Relation de la Grece on trouve le nom de Papas pour les Prêtres Grecs,6e que le moindre enfant en Allemagne Le en Hollande feit que Pfaf Le Paapdesignent dans leur pais un Prêtre Catholique.
A ces Patriarches il faut ajouter celui de (d) Ruísie, qui étendoit, il n’y a paslong tems, fa jurisdiction fur cet Empire. Il étoit juge souverain dans lesaffaires Ecclésiastiques Le pouvoit reformer de fa propre autorité ce qu il croyoitpréjudiciable aux mœurs. Il pouvoit même condamner à mort ceux qu iljugeoit coupables fur cet article, íàns en donner connoiffanCe au Czar. En-fin la sentence prononcée par le Patriarche étoit irrévocable Le s’exécutoit íàns
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(a) Ce qui a fait faire une découverte ingénieuse à je ne fai quel Evêque Grec. II y a, dit-il,cinq Patriarches dans le corps de l’Eglife, comme il y a cinq sens dans le corps humain.
(b) Patriarche signifie le premier des Peres, ou Prince des Peres. Ce titre eft fastueux, auísi l’in-troduifit-on, quand le faste commença de s'introduire dans l’Eglise. Pater fatrum signifie à peu prèsla même chose,'& cependant ce titre n’a été donné qu’au Pape. Du moins je n’ai pas trouvé qu’ílait été donné à d’autres Prélats : pour celui de Patriarche, on le trouve donné a des Archevêques & à desEvêques.
(c) L’ordre ancien des Patriarchats Grecs est Alexandrie, Jérusalem, Antioche, Constantinople. Jene parle pas de Rome , puisque, selon quelques Communions séparées de la Romaine, fa Primauté est aussidouteuse que sa supériorité.
(d) Le Czar Pierre Alexiowitz se, déclara Chef de l'Eglise Ruffienne, après la mort du dernier Pa-
triarche , qui mourut fort âgé peu de tems après les Voyages de ce Monarque en divers Etats del’Europe. Les Moscovites prétendent que la jurisdiction de leur Patriarche étoit la même que celledu Patriarche de Constantinople, en vertu d’une résignation qu’Hieronyme Patriarche de cette Ville,c hassé par les Turcs & réfugié en Rustre en 1588. fit au Métropolitain de Moscou. Je finirai cette re-“atque par une cérémonie qui se pratiquoit autrefois à Moscou le Dimanche des Ramaux. Perry l’ádecrite en ces termes dans son Etat de la Russie , „ On couvroit un cheval d'un drap de toile blanche" st ui Pendoir jusqu’à terre; on allongeoit ses oreilles avec cette toile comme celles d’un âne, le Patriar-” Cle étoit affis de côté fur ce cheval comme une femme, & avoit fur ses genoux un livre , fur le-5» quel il tenoit de fa main gauche un Crucifix d’or, & dans la main droite il avoit une Croix d’or^" à^Ri^He H donnoit la bénédiction au peuple. Un Boyar tenoit le cheval par la tétiere de peur" .V 1 /j 1 ent ’ êe le Czar par les rênes, marchant à pied & ayant en main un rameau de palme. Les»’ ° es JJ^hoient immédiatement après avec environ cinq cent Prêtres revêtus de leurs habits dìfi.
,, ferens '"'vis d’une multitude innombrable de peuple. La procession marchoit au son de toutes,, les doctes y e rendoit à l’Eglise. De là le Czar accompagné des Bojars , des Métropolitains & des„ Evêques alloit dîner chez le Patriarche. J
Tome III. Part. I. x