RELIGION DES GRECS. 127
„ té de quelques Papas en étoles de différentes couleurs, Mal peignés Sc mal„ chaussés. On portoit ensoite le corps de la Dame a découvert, parée à la„ Grecque de ses habits de Noces. Le mari soivôit- la biere , soutenu par,, deux personnes de considération, qui tâchoient par bonnes raisons de l’em*„ pécher d’expirer. On disoic pourtant tout bas que. la défunte netoit mor-„ te que de chagrin ". Rien n’est si plaisent que la Comedie du Mariage,pourvu néanmoins qu’on n’y soit pas le Héros. Quand on l’est , on se trou-ve comme forcé de soutenir un caractère mêlé de puérilité, de baíseíse, desotise, de deguisemens Sc souvent même de méchanceté. Si l’on prenoit leschoses tout a fait d la lettre , il faudrait croire que les maris en Grece ontune étrange provision de douleur pour pleurer si haut Sc si publiquement leursfemmes. Ce bien y est il plus rare qu’ailleurs ? Dieu gard ’ le demourant , ilme fault penser d'en trouver me aultre , (a) dit Rabelais. „ Une des filles de„ la défunte, continue Tournefort , aises grande Sc ailés bienfàite , ses soeurs„ Sc quelques parentes marchoient á leur tour, échevelées Sc appuyées fur les„ bras de leurs amies. Quand la voix leur manquoit, ou qu elles ne íavoient„ plus que dire, elles tiraient avec violence les tresses de leurs cheveux , tan-„ tôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais la nature ne íâuroit se démentir long-,, tems, Sc l’on distingue bien dans ces occasions celles qui agissent de bonne„ foi d’avec celles qui se contrefont. S’il y a un bel habit dans la ville, il„ parait ce jour-là. Les amies &: les parentes sont bien aises de se montrer„ . . . au lieu que parmi nous tout le monde se met en noir: mais cela ne„ les empêche pas de gémir. . . . Quand il y a un mort dans un quartier ,„ amis, ennemis, parens, voisins , grans Sc petits, tout le monde se pique„ de verser des larmes, Sc l’on figurerait mal, si l’on ne faisoit au moins senv„ blant d’en répandre”. De là on doit conclurre qu’un deuil si extraordinaire& si bruyant n’est qu’un effet de la mode du pais , de limitation de ceuxqui sont véritablement astigés, Sc du tempérament que le climat donne.
„ Le jour de l’enterrement on ne dit point de Messe des morts. Le len-„ demain on commence d’en faire dire quarante à chaque Paroisse, à sèpc„ sols par Messe. Loríqu’on fut arrivé à l’Eglise, les Papas dirent tout haut„ l’Office des morts, tandis qu’un petit Clerc recitoit des Pseaumes de David,, au pied de la biere. L’Office étant fini, 011 dístribuoit á des pauvres à la„ porte de l’Eglise douze pains Sc autant de bouteilles de vin. On donna dix„ Gazettes y ou sols de Venise à chaque Papas, un écu Sc demi à l'Evêque„ qui avoit accompagné le corps, (b) Le Grand. Vicaire , le Thresorier,„ l’Archiviste , ce sont tous Papas qui occupent les premieres Dignités du„ Clergé après l’Evêque, reçurent le double de ce qu’on avoir donné à ce„ Prélat. Après cette distribution, un des Papas mit fur l’estomac de la mor-„ te, un morceau de pot cassé, sor lequel on avoir grave avec la pointe d’un„ couteau une croix Sc les caractères ordinaires (c) Inbi. Ensoite l’on fit,, les adieux à la morte. Les Parens, Sc surtout le mari la baiserent à la bou-„ che- c’est un devoir indispensable, Sc même fut on mort de la peste. Le?,, amis l’embrasserent, les voisins la saluèrent, mais on ne jetta point d’eau„ benite. Après l’enterrement on conduisit le mari jusqu’à sà maison. Au
(a) Liv. II. Chap. 5. de Pantagruel.
(b) LOeconome, le Sacellaire, le Chartophylax. Voy. cî-devant.
(c) Ces quatre lettres sont les initiales de quatre mots Grecs , qui signifient, JSfd&artsn Roi
des juifs.
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