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[Volume II.]
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126 II. DISSERTATION SUR LA

Pensant qui a perdu son pere ou íà mere, en un mot toute personne qui esten grand deuil, ne mange rien d’aprété chés soi. On lui apporte a manger dechés ses amis pendant les premiers huit jours. ,, Au bout de ces huit jours on„ rend aux affligés une visite de charité pour les consoler de leur perte &„ pour les accompagner a l’Eglise, ou, il so fait des prières pour le repos„ de lame du mort. Les hommes mangent &c boivent encore dans PEglise,„ tandis que les femmes renouvellent leurs lamentations & leurs hurlemens...5 , Mais celles qui ont le moyen d’acheter les larmes d’autrui ne se font point,, cette seconde violence, elles envoyent des pleureuses pleurer sor le tombeau„ de leurs époux trois jours après l’enterrement. . . . On fait alors des prie-„ res pour le mort. . . * Au bout de neuf jours on dit des Messes & l'on

,, prie encore pour lui . . . on en fait autant au bout de quarante jours, de

„ six mois & de l’année. A la fin de la cérémonie on donne aux amis du

„ blé, du ris bouilli, du vin & des fruits secs. Cette pratique, connue par

„ Je nom de ra a-irípva. ta Sperna , passe parmi les Grecs, pour être dune très-„ grande antiquité. Ils la renouvellent avec plus de dévotion & de solemnité„ que jamais, le Vendredi qui précede le Carême de l’A vent, le Vendredi„ Saint & le Vendredi d’avant la Pentecôte, jours que l’Eglise Grecque ob-,, serve pour la commémoration des morts , tant de ceux qui ont fini leur,, vie par une mort naturelle, que de ceux qui ont eu une fin violente

Je ne íài si Tournefort a vu plus exactement que Ricaut , ou si les Cérémo-nies funèbres différent, lors qu’on les fait pour une femme, ou, ce qui estplus vrai-semblable, si elles différent d’un lieu a l’autre. Quoi qu’il en soit,voici un détail plus curieux & plus étendu que le précédent, (a) Tournefortnous y décrit les funérailles dune femme de Milo. ,, A peine eut elle expi-,, té , dit-il, que nous entendîmes des cris extraordinaires . . . on nous af-„ fora, que suivant l’ancienne coutume de Grece, les pleureuses fàisoient leur„ devoir auprès de la défunte ... Pour vérifier ce que dit Horace , (b) ces,, pleureuses hurloient & se frappoient la poitrine juíqu a s’enfoncer les côtes,„ tandis que quelques-unes de leur troupe chantoient (c) des Elégies a la„ louange de íâ morte . . . Pendant cette efp,èce de charivari elles apostro-„ phoient de teins en teins la Dame qui venoit de mourir Cette apostro-phe est trop plaisante, pour ne pas la mettre ici. ,, Te voilà bienheureuse , di-„ soient elles á la pauvre défunte, tu peux maintenant te marier avec m tel j„ & ce tel étoit un ancien ami, que la Chronique scandaleuse avoit mis„ sor le compte de la morte. Nous te recommandons nos Parens , disoit Tune,„ nos b aise-main s à mon Compere tel , disoit l’autre, ôc mille pauvretés sembla-„ blés”, où Ion ne pouvoit reconnoitre qu’une naïveté ridicule & beau-coup d’extravagance. „ Après cela on revenoit encore aux pleurs. Ces pleurs„ forent des torrens de larmes, accompagnés de sanglots qui sembloient par-„ tir du fond du cœur. On se déchiroit la poitrine, on s’arrachoit les che-„ veux, on vouloir mourir avec la morte.

„ Le Convoy commença par deux jeunes paï'fàns, qui portoient chacun,, une croix de bois, soivis par un Papas revêtu d’une chape blanche, escor-

» té

Voyages ait Levant Lettre 3.'

(b) 'Ut qui conduEti ployant m fanere , dicunt

Et faciunt prope plura dolentìbus ex animo. — > ■ Horat. in Arte Poët.

(c) C’est ce qu’on appelloit chés les Anciens Nm*> qui étoient les louanges du mort chantées par despleureuses, & par des joueurs de flûte.

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