a8o DISSERTATIONS SUR LA
quitter cette Eglise ? Un tel aveu condamne les separatións. Mais C’est tromper uneSociété Religieuse, ajoute ton, que d’y, rester sens persuasion. On répond quele déseut de persuasion n’autorise pas les Schismes, car si cela étoit, tous ceuxqui ont des opinions particulières, tant chez les Catholiques Romains que chezles Protestans seroient obligés de se séparer. Or les Protestons eux-mêmes con-viennent que de deux maux il faut éviter le plus grand , qui est la désunion.Au reste le défaut de persuasion sc trouve assés répandu dans tout le Chris-tianisme , à causé de la difficulté des dogmes, & les Communions Protestan-tes renferment de même que les C. R. dans leur Reformation quantité de So-ciniens, de Latitudinaires, & d’autrcs gens qui n’ont que le nom de Re-formés , quoi qu’une profession exterieure des mêmes dogmes attache lesuns aux autres.
./..selles sont quelques-unes des raisons que l'on a alléguées contre les Schis-mes des Protestons: je ne les rapporte pas toutes, Sc je ne prens point par-ti. Si la causé des uns Sc des autres íè plaidoit immediatement devánt Dieu,nos différens seroient bientôt décidés , parce que Dieu nous demande moinsque les hommes, Sc ce qu’il nous demande est bien différent de ce que lesbommes exigent de nous. Les subtilités par lesquelles on a prétendu déter-miner levidence de la foi n’ont point d’autorité devant lui. Elle n’étoientbonnes que pour des hommes , qui dans un espace de dix sept siécles ont con-duit les cnoses de telle maniéré, qu’il a fallu gouverner les Chrétiens par desSymboles Sc des formulaires. Ces moyens ofot augmenté l’autorité du Clergé:il s'en est servi pour intimider les peuples, Sc la pieté des peuples s’y est arrê-tée. La paresse & l’ignorance lui ont remis le salut des âmes. Alors a com-mencé de s’établir cette intolérance fatale , qui a fait du Christianisme un jougdur Sc insùportable. Après la décadence de l’Empire & la ruine du Paganismeces Ecclésiastiques intolerans commencerent d’employer utilement le fer Sc lefou. N’entrons pas dans le détail de ces persécutions , où l’on a pû récriminercontre les Chrétiens par tout ce qu’ils avoient reproché autrefois aux Payens.íl suffit de dire, que le Paganisme les tenoit en crainte Sc reprimoit cette im-patience, qui dés les premiers tems avoir porté une partie des Chrétiens àexaminer curieusement les dogmes Sc les mystères, d’où prirent naissance des ca-bales Sc des intrigues, qui dés lors auroient pû former de grans Schismes, s’ily avoir eu des Princes pour les soutenir, Sc des peuples disposés à les suivre.Les uns Sc les autres n’auroient pas manqué peut-être de charger leurs Mani-festes de raisons aussi spécieuses que le sont adjourd’hui la tyrannie des Ecclé-siastiques Sc la corruption de i’Eglise.
Personne n’ignore que les Protestans n’ont à cessé d’alleguer, comme des mo-tifs de Reformation cette tyrannie & cette corruption des gens d’Eglise.. A cesdeux motifs ils ont ajouté Ja prétendue corruption des dogmes Sc du Cul-te extérieur. A l’égard de celui-ci, on a remarqué que le mélange des peu-ples Sc l’indulgence qu’on a eue pour les prosélytes sortis des payens l’ontsurcharge de cérémonies Sc de pratiques auxquelles le peuple s’est bien mieuxaccoutume qu’aux devoirs de la morale Chrétienne. Cependant le mal aurostété moins dangereux, si ce grand apareil de culte, qui donne beaucoup deMajesté à la Religion, n’eut pas usurpé les droits de cette Religion pourmieux servir l’avarice & l’ambition de l’Eglise. Oserai je dire, que dans les der-niers tems le Christianisme étoit semblable a,un marché, où l’on voyoit desmarchandises a vendre, des bateleurs & des Charlatans, qui amusoient le peu-ple , beaucoup de clinquant, beaucoup d’ornemens qui cachoient les défauts de