SECTES MYSTIQUES. 229
Foìigny &c. & si l’on croît que ce soit les outrager que de les regarder commeChefs de ce Mystiques , disons du moins que leurs écrits ont servi de réglé ; qu eces pieux Auteurs ont en quelque maniéré autorise, par leur vie & par les exa-gérations qui íe trouvent dans leurs Doctrine, cette Mysticités que les modernescontemplatifs ont outrée. Cependant ceux dont je viens de parler ne sont point accu-sés d’avoir fait ni Secte, ni Schisme, non plus qu’un grand nombre de Mysti-ques venus après eux, qui se sont contentés austi de vivre & d’écrire Mystique-ment. Entre ces derniers les Pietìstes & les Quietistes distinguent sor tout un Jeande la Croix, un Louis Grenade, deux Sainte Catherine de Siene & de Genes,Sainte Thérèse, Rodriguez, Eufebe de Nierenbèrg, S. François de Sales même&c le Cardinal de Bona j enfin Barbanson, Horstius, Bernieres deLouvigny & tantd’autres, qui, pour être moins connus, ne font pas moins dignes d’attention, parcequ’ils ont tous travaillé a l’avancement de la Doctrine Mystique : Mais ils n’ont faitque des imitateurs & des émules. A peu près de notre tems le Quietiste Molinos & lesDisciples qu’il se fit de son vivant réduisirent en Secte ce Quietiíme. Mademoi-selle Bourignon, & après elle plusieurs autres, entr’autres Loiret Ministre en Fran-ce avant la révocation de l’Edit, ensuite réfugié en Hollande, travaillèrent vi-goureusement, par leur exemple & par leurs Ecrits a la propagation de la Doc-trine fyuietifle dans les Païs-Bas. Madame Guyon & Dom François la CombeReligieux Barnabite son directeur &; son maître &c. le porterent (a) en France.
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(, a ) Peut être ne fera-t-on pas fâché de trouver, ici. dans une note, cé que raportent des Mémoires anonymesT de l'origine , du progrès, & de la çomdamnation du Ôuiêttfine répandu èn France. Ces Mémoires , sont attribuésdans la préface du livre à M. Phelipeaux Docteur de Sorbonne, Voici ce qu’.on y lit. Dom François la CombeReligieux Barnabite, & Madame Guvon ont été les premiers Auteurs du Quietisme enFrânte. Lá Combeétoit natif de Tonon, Ville du Diocèse de Genève. Il étoit d’une taille assez grande, composé dans sort'extérieur: affectant un air de modestie & dè sainteté, quoiqu’on remarquât dans son Visage je rie sçáiquoïde sinistré. T 1 avoit l’esprit subtil & pénétrant. Comme il étoit Philosophe, il se saisoit umplaisir maliníd’embarasser ceux contre qui il disputoit. II sut attiré à Paris par un Barnabite Savoyard, aldrs Supérieur,de saint Eloi, qui étoit Confesseur de Madame la Chariceliere Seguier. Après un séjour aísez long, lesPeres de Paris n’en étant pas contens, chercherent à s’en defaire, eti lui procurant úne chaire de Lecteuren Théologie à Rome dans leur maison de San Carlo de Catinari. Ce fut dans ce Voyage qu’il passa àMontargiV; où il corinut Madame Guyon par le moyen d’uft Barnabite Confesseur de cette Dame. IIcultiva dans la fuite cette confioiffance, & entretint avec elle un fréquent commerce de lettres. On ensurprit même quelques unes qui ne plurent guéres au Pere de la Mothe Barnabite frere de cette Dame.'Plusieurs ont publié que pendant son séjour à Rome, il avoit été disciple de Molinos, qui répandoit a-tors fes erreurs; mais il s’en justifie dans ses derniers écrits, où il avoue ses illusions & ses désordres. Ily déclare qu’il n’a eu aucun commerce avec Molinos, ni de vive voix, ni par écrit, ni avec aucun desosdisciples, & cette déclaration nous doit paroître fincere, puisqu’en même tems il avoue des choses quine sont pas moins ignominieuses.
Il y raconte qu’à l’âge de 5 o. ans, après avoir mené une vie sensuelle, & même avoir fait une chutetrès-honteuse & très-criminelle, il se sentit puissamment excité à tendre à la perfection de l’état où Dieul’avoit apellé. Il passa quelque tems dans les exercices de piété, pendant le séjour qu’il fit en Piémont. IIeût alors un goût particulier pour les Auteurs spirituels & mystiques , dont il estimoit infiniment les li-vres. Il fe chargea dans la fuite de diriger quelques dévotes, fans avoir ni la vertu ni le discernement né-cessaire pour un emploi si délicat & si périlleux. Ainsi se répandant trop au dehors sous de spécieux pré-textes de charité, mais au préjudice de fes devoirs,il avoue qu’il tomba de nouveau dans de grands désor-dres dans lesquels il persévéra près de 15. ans.
Dans cet état son aveuglement alla jusqu'à croire que les actions les plus impures qu’il comme t toi t;pouvoient être fans péché, s’imaginant follement,tantôt que Dieu destinoit à l’ame une si violente épreu-ve, pour la faire mourir à tout appui qu’elle prendrait en elle-même ; tantôt que la partie fuperieure n’a-voit aucune part à tout ce qui fe faisoit dans la partie inférieure. II fe flatoit même au milieu de fes plusgrands excès, qu’il ne trouvoit en lui-même aucune pente à offenser Dieu, à la. volonté duquel il croyoits’être dévoué fans réserve.
La doctrine de l’Eglise Cath. dont il avoit été instruit dès sa jeunesse, ne laissoit pas d’inquieter son esprit.II avoit peine à la concilier avec l’illusion dont il étoit prévenu. Enfin fatigué par les perplexitez quil’agi-toient, ou pressé par les remors de fa conscience, il consulta sur cela une vieille Dame qui demeurait dans uneVille de France peu éloignée de Savoye, où il étoit alors, & qui passoit pour un oracle en fait de spiri-tualité. Elle le confirma dans son erreur, & ce fut pour lors qu’il fe crut pressé intérieurement de faire lesacrifice total de lui-même, & pour le tems & pour l’éternité. Ainsi il consentit à tout ce qui pourroit
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