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[Volume II.]
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Lzo DISSERTATION SUR LES

A la vérité il y avoir eu quelques années avant eux, divers prétendus Illuminés

lui arriver de plus ignominieux, s’imaginant pâr là se* conformer plus parfaitement à la volonté de Dieu.Et voilà l’affreuse conséquence qu’il tira de quelques endroits des Auteurs mystiques, dont il n’avoit pascompris la doctrine.

La Combe ayant demeuré à Rome quelques années revint en Savoye, & ne manqua pas d’informer deson retour Madame Guyon, qui ne pensa plus qu’à chercher les moyens de s’unir étroitement avec sonnouveau Prophète.

Madame Guyon étoit une jeupe veuve, fille d’un Gentilhomme nommé de la Mothe, belle, richespirituelle ; elle parloit très-poliment, & elle avoit dans le visage je ne sçai quoi de doux & de majes-tueux. Ses maniérés étoient g,acieuses & insinuantes, & ce qui la rendoit encore plus aimable, c'est qu’a-vec de si grands talens, & dans une florissante jeunesse, elle ne paroissoit s’occuper que des exercices depiété & de charité. Sa beauté & la réputation de fa vertu, firent que M. Guyon, qui avoit de grandsbiens, l’épousa à l’âge de 18. ans. C’étoit le fils du célébré Guyon, qui ayant entrepris le Canal deBriare, mérita du Cardinal de Richelieu la noblesse, & gagna des biens immenses. Elle resta veuve àFige de 22. ans, avec deux garçons & une fille, qui fut depuis mariée à M. Fouquet Comte de Vaux,fils de M. Fouquet Sur-Intendant des Finances, dont personne n’ignore la disgrâce.

Un Chanoine Régulier, alors Vicaire à Montargis, & depuis Prieur de Roiffi dans le Diocèse de Pa-ris, assistant M. Guyon à la mort, lui dit qu’il devoit avoir une sensible consolation, de laisser ses en-fàns entre ks mains d'une mere si pieuse. Le moribond en soupirant répondit qu’il craignoit bien que íessingularisez ne lui attirassent bien des affaires: Après la mort de son mari elle prit un jeune Précepteurbien fait, sous prétexte d’aprendrele Latin à son fils, quoique très jeune: elle aprenoit elle-même cette lan-gue, & les assiduitez du Précepteur devinrent si suspectes, qu’un Religieux frere de M. Guyon ne pou-Yok s’empêcher d'en parler.

Comme Madame.la Duchesse de Beauvilliers fille de M. Colbert, & soeur des Duchesses de Che-Vreusc Sc dé Mortemart, alloitsouvent à Montargis dans un Couvent de Bénédictines, où ses filles é-tûieot élevées, elle lia une étroite amitié avec Madame Guyon, qui avoit de grandes relations dans ceCouvent, & qui d’ailleurs faisoit profession publique de pieté, faisant par ses charitez subsister la plu-part des pauvres du pais.

En 16 80. Madame Guyon sachant que Messire Jean d’Aranthon d’Alex,Evêque de Géneve, songeoitLux moyens d’établir dans le pais de Gex ks filles de la propagation pour instruire ks nouvelles Catho-liques, vint S’offrir à lui pour fonder cet établissement. Comme c’étoit une personne riche, pleine d’es-prit, & qui étoit dans une grande réputation de pieté,, ce saint Evêque n’eut point de peine à y consen-tir.. Cette, Dame partit donc de Paris avec fa fille, & quelques sœurs des nouvelles Catholiques. Elle setendit à Gex, où elle demeura quelque tems avec les filles de la propagation. Elle y fut bientôt visitée parh Pere la Combe qui demeurok à Tonon; l’un 8c Vautre étoient souvent enfermez ensemble, conférantde leur nouvelle doctrine, & cherchant les moyens de la répandre. La Combe, dans une exhortation qu’ilfit aux Urfulines de Gex, débita fa nouvelle spiritualité. Le Sieur Garrin, Doyen & Curé de Gex, enayant été averti par le Sieur Chattelard son Vicaire qui en avoit été scandalisé, alla trouver la Combe, lu*fit sur cela de sortes remontrances, & lui déclara qu’il ne pouvoit plus sc dispenser d’en avertir M. deGéneve. La Combe également fourbe & hypocrite reçût à genoux cette correction, & montra son dis-cours écrit > où il n’y avoit rien moins que ce qu’il avoit débité aux Religieuses. Madame Guyon exaltafort la modération & l’humilité avec laquelle la Combe avoit reçu cette prétendue injure.

La Combe voyant que k Doyen de Gex scroit un obstacle invincible aux progrès de fa doctrine, per-suada à Madame Guyon de quitter Gex & de se retirer à Tonon, où il faisoit íà résidence. Elle s’y lo-gea dans le Monastère des Urfulines de cette Ville, où elle fit de grandes liberalitez aux pauvres, & segouverna d’une maniéré qui paroissoit au dehors fort exemplaire. Elle avoit avec son Directeur des entre-tiens aussi íréquens & aussi longs qu’elle vouloir. M. l’Evêque de Géneve ne soupçonna d’abord au-cun mal dans ce commerce; car outre que la Combe,dans la mission qui s’étoit faite à Anneci en 1679.s’étoit acquis par ses sermons beaucoup de réputation, ce saint Prélat se persuada aisément que leur u-nion ne tendoit qu’au bien.

Madame Guyon après un assez long séjour dans le Monastère des Urfulines, commença à leur dé-biter fa dangereuse spiritualité, ou plutôt celle de son Directeur. Elle y fit en peu de tems un renver-sement qu’on auroit peine à croire, Sc le mal étant venu jusqu'à la connoissance de Monsieur d’Aranthon,il se crût obligé d’interdire la Combe & de prier la Dame de sc retirer de son Diocèse. Madame Guyonse retira ì Turin, où elle entretenoit depuis long-tems de scerettes corespondances. Le Pere de la Combey fut aussi envoyé.

Madame Guyon ayant demeuré quelque tems à Turin, en sortit pour des raisons qu’on ne fait pas a-vec certitude, mais des personnes très digne de soi ont assuré, que la crainte de l’Inquifition y avoit eubonne part. Elle vint s’établir à Grenoble, où elle fit d’abord un grand éclat par ses beaux discours, Scpar ses entretiens spirituels. Elle gagna un grand nombre de personnes tant séculières qu’éclesiastiques, quila rêveraient comme leur mere, Sc qui venoient affiduement l’entendre comme une femme à qui Dieu ré-vélois ks plus secrets mystères. On ne parloit dans leurs entretiens que d’amour pur, que d’oraison dequiétude, que d’union, que de mort intérieure, que de transformation en Dieu; & on poussoit la mor-tification & l'abandon, póur parler leur langage, jufqu'à la destruction de tout ce qui étoit humain. Sanstout cela on étoit encore attaché à l’amour propre, Sc la vertu n’avoit pas encore toute fa pureté.

La Combe ayant sû les grands progrès que fa bonne amie faisoit à Grénoble, vint l’y trouver. Us lo-gement dans la même maison, & n’avoient qu’une même table. L’un& l’autre répandoient dans cette ville

leur