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[Volume II.]
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SECTES MYSTIQUES. 251

dans le Royaume. Tels surent Des-Marets de S. Sorlin, Auteur entre autres ou-vra-

lèur doctrine & leur spiritualité. Ce qui sortifioit d’avantage la séduction, c’est que Madame Guyon nedécouvroít pas le secret de sa doctrine à toutes sortes de personnes, mais seulement à celles dont elle étoitassurée. Cependant les confidences qu’elle avoit faites ne purent être si sécrétés que quelque fille ne dé-clarât les sentimens & les libertés qu’on lui avoit fait passer pour permises & innocentes, quoi qu’ellessussent fort opposées à la pudeur. M. de Grenoble en ayant été averti, au retour des visites de sonDiocèse, s'appliqua à y rémedier: il fit en secret à Madame Guyon de feveres rémontrances, & lui dé-fendit de continuer ses conférences.

Pendant son séjour à Grenoble, elle alla à la grande Chartreuse dans le dessein d’insinuer ses dogmes âces pieux Solitaires. Elle parla au Général en présence de quelques Religieux, à qui ses sentimens paru-rent d’abord très-suspects : ainsi son voyage fut fans effet. M. de Grenoble ayant fû que le Pere de laCombe avoit été interdit dans le Diocèse de Géneve, & ne pouvant plus souffrir son commerce & fesassiduités avec Madame Guyon, l’obligea de sortir de Grenoble. Il alla à Verceil ville de Piémont: lesdisciples de la Dame, & les siens répandirent le bruit, qu’il y étoit appellé pour être le Coadjuteurde l’Evêque. Ce fut apparemment dans ce dessein, qu’il fit un second voyage à Rome, sur la fin der§8z. où il ne demeura que 15. jours, & revint à Verceil; la Dame ne tarda guéres à le suivre, ne pou-vant plus vivre séparée de lui. Elle partit de Grenoble vers le mois de Mars de Tannée suivante, &sans craindre ni la difficulté des chemins, ni les dangers de la per, ni le scandale qu’une telle démar-che pourroit exciter, elle vint à Marseille, s’embarqua pour Gènes & alla enfin trouver son cher Di-recteur à Verceil. L’un & l’autre y demeurèrent assez long-tems, & y répandirent leur doctrine. Le Ducde Savoye ayant été informé de leur conduite par Tlnquisiteur de Verceil, les obligea de sortir deses Etats.

Madame Guyon fe voyant obligée de quitter Verceil, fit de grandes instances auprès de M. d’A-ramhon pour obtenir la permission de venir s’établir ì S. Gervais, Fauxbourg de Géneve, se persuadantqu’elle étoit destinée pour la conversion de cette ville ; elle en écrivit au Prélat le 3. Juin 1685. Le Perela Combe joignit ses instances, & fit la même proposition dans une autre lettre à ce Prélat datée de Ver-ceil du il. Juin 1685. mais M. de Géneve n’écouta point les beaux discours de ce Religieux, & nevoulut jamais permettre que ni l’un, ni l’autre rentrassent dâns son Diocèse sous quelque prétexte que cefut. (Je passe ici tout ce que fit ce Prélat pour arrêter les progrès de leurs dogmes.) Madame GuyQnayant perdu l’espérance de pouvoir s’établir dans le Diocèse de Géneve, pour lequel elle croyoit avoir u-àe vocation particulière, prit la résolution de revenir en France avec son Directeur. Elle partit donc deVerceil & revint à Grenoble, où este voulut tenir quelques conférences pour confirmer fes disciples:maisM. de Grenoble, qui avoit été pleinement informé de fa doctrine, & mal édifié de fes voyages & de fesétroites liaisons avee la Combe, lui en refusa la permission; cependant elle obtint de lui sous un faux pré-texte, une lettre de recommandation pour M. le Camus Lieutenant Civil de Paris, dont elle ne manquapas dans la fuite de fe prévaloir.

Comme on pourroit avoir quelque peine I croire des faits si singuliers, il est bon de rapporter une let-tre de M. le Cardinal le Camus qui en contient tout le détail, & qui fut envoyée à Rome en Tan-née 1698.

„ M. TEvêque de Géneve avoit mis Madame Guyon chez les nouvelles Catholiques de Gex, efpé-„ rant qu’elle leur féroit du bien dans leurs affaires temporelles; mais ayant apris, qu’elle & son Pere la„ Combe dogmatisaient, il les obligea de quitter son Diocèse. Us vinrent à Grenoble où ils ne surent„ pas plutôt arrivés, que le Pere la Combe employa tous mes amis pour obtenir la permission de diriger 8 c„ de faire des conférences, mais cela lui fut refusé absolument. En ce tems-là, j'allai faire ma visite,„ laquelle dura quatre mois, Madame Guyon profita de mon absence, elle y dogmatisa & elle fit des„ conférences de jour & de nuit, où bien des gens de piété fe trouvèrent ; & les novices Capucins à„ qui elle faisoit des aumônes, y affistoient conduits par un frere quêteur. Par son éloquence naturelle ,,, & par le talent qu’elle a de parler de la piété d’une maniéré à gagner les cœurs, elle avoit effectivement„ fait beaucoup de progrès, elle s’étoit attirée beaucoup de gens de distinction, des Ecclésiastiques, des„ Religieux, des Conseillers du Parlements & elle fit même imprimer fa méthode d’oraison. A mon„ retour, ce progrès me surprit, & je m’appliquai à y rémedier. La Dame me demanda la permission„ de continuer fes conférences: je la lui refusai, & je lui fis dire qu’il lui seroit avantageux de sortir„ du Diocèse ; de là elle s’en alla dans des monastères de Chartreuses où elle se fit des disciples. Elle étoit,, toujours accompagnée d’une jeune fille qu’elle avoit gagnée, & qu’elle faisoit coucher avec elle. Elle la„ mena à Turin, à Genes, à Marseille & ailleurs, & fes parens s’étant venus plaindre à moi de Tenlevément,, de leur fille, j’écrivis qu’on la renvoyât, & cela fut exécuté. Par cette fille on a découvert d’affreax„ misteres. On s’est convaincu que Madame Guyon a deux maniérés de s’expliquer, aux uns elle ne„ débite que des maximes d’une piété solide, mais aux autres elle dit tout ce qu’il y a de plus pernicieux„ dans son livre des torrens, ainsi qu’elle eu a usé à l’égard de Catos Barbe, c’est le nom de cette fille,„ dont l’efprit & l’agrément lui plaisoient. Repassant par Grenoble elle me fit tant solliciter que je ne„ pus lui réfuser une lettre de recommandation qu’elle me demanda pour M. le Lieutenant Civil sous„ prétexte d'un procès par devant ce Magistrat. U n’y avoit rien que de commun dans cette lettre : je„ disois seulement que c’étoit une Dame qui faisoit profession de piété ; mais j’ai fû depuis qu’elle n’a-„ voit aucun procès, & qu’elle n’avoit pas rendu la lettre à M. le Lieutenant Civil, mais elle prit grand„ soin de la montrer, croyant que cela lui pouroit donner quelque réputation & quelque appui. . . . Si„ le Pere Bénédictin ne s’étoit pas rétracté, c’eût été une nouvelle preuve contre cette Dame; mais ce„ Pere se trouva engagé à se dédire par une. personne de grande qualité- dont il faut taire le nom. Il y

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