ao6 ECLAIRCISSEMENS SUR LA
íbn comble , & où un honnête homme, qui est parvenu à quelque figure, abien de la peine à s’empêcher de rougir d’une naisiance basse ; ajoutés a cela quele caractère de celui a qui elle étoit adressée, rend la piéce encore plus ingénieuse,
(a) Que j aime à voir Je sage HoraceSatisfait, content de fa race yQuoi que du sang des affranchis !
Mais je ne vois qu avec colèreCe fils tremblant y au nom d'un Pere ,
Qui n a de tache que ce fils!
Supposons que í'homme en question fut né a Constantinople, par exemple, 6 cqu’il eut été élevé parmi les Mahométans , il est fort probable , qu'il n’auroit
Í Joint eu ces frissons, ou les (b) prefqu évanouifemens qu’on lui attribue, dès qu’onut parle de íbn Père. De tout autres principes, où il auroit été nourri, l'au-roient guéri dès Penfànce de cette fòiblesse. Peut-être même ne lui íèroit-ellejamais venue dans l’eíprit. Tel est notre naturel, les premieres impressions nousplient comme de jeunes arbres.
Mais la maxime de M. de la Motte , qui est celle-là même du bon sens & dela raison, n est pas feulement générale dans les familles des Turcs, elle est uni-verselle jusques dans là cour des princes ; on n y estime les enfàns qu a propor-tion de leurs bonnes qualités ; &• si le fils d’une esclave a plus de mérite quecelui d une'femme légitime, le Pere le préféré á l’autre. A tout prendre, 6 çavant que leurs talens íè déclarent, ils íbnt tous égaux, ceux de la franche com-me ceux de 1 esclave. Toutes les filles du Serrail font esclaves y dit un Auteur mo-derne, de forte que tous les Princes Ottomans font enfans d esclaves. Il en est demême des Rois de Perse ; le grand Sophi ne fait point de contract de mariage,comme nos Princes Européans, ayeç celles qu’il s’approprie: il choisit entre íèssujettes ou autres celles qui lui reviennent le plus , & en fait comme le grandSeigneur, une espèce de Serrail, qu’il augmente ou qu’il éclaircit a fa fantaisie.Cette coutume est bien ancienne j car il paroit par le Livre d’Esther, quelle é-toit déja en usage dans ce tems-là. Les femmes du Prince, celle même qui pardistinction étoit apellée (c) la Reine, & portoit la couronne, étoient fous la gardedes Eunuques 5 elles avoient chacune leur tour , quoi qu’il y en eut de tems enrems de favorisées & de couronnées , & qu’on ne íè fît pas grand scrupule deleur ôter tous ces titres , en cas de désobéissance. L’exemple d’Esther prouvetoujours que le Roi choisiíïoit où il vouloir , fans aucun égard au pays, à lanaissance, á la famille, à la parenté , ni même à,la Religion , mais unique-ment à ce qui plaît aux yeux. La multitude, des femmes étant donc une choieétablie en Orient de tems immémorial , il ne faut pas être surpris si elles ac-quiescent doucement à cet usage ; elles ont eu tout le loisir de s’y accoutumer.C’est la premiere raison de Bellonius. „
La féconde qu’il allègue n est pas moins plausible. C’est que íès femmes 6 çíès esclaves íbnt un bien, qui lui appartient en propre Lc qu’il a acquis à beaux
de-
(a) Qui auroit osé jamais croire que la Polygamie de Mahomet fournirait des idées contre M. Rousseau ?Non il n y a qu un M. au monde qui en sut capable. Et cela s’apelle avoir de l’esprit!
(b) Remarques l’élegance de prefqu' évanouissement.
(c) Pour faire faire halte au lecteur au milieu de ce long babil, je place ici deux belles figures, qui re-présentent ici une de ces Jgars dont nous M. D** nous parle à la fin de ce Chapitre, & le grand-Seigneurdescendu de ces jigars.