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[Volume III.]
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222 DISSERTATION SUR LES USAGES

tinuelle des préceptes de l’Evangile aux Chrétiens , qui leur reprochent cellecju’ils font au Mujulmanisme loríqu’il leur arrive de boire du vin.

On a quelquefois mis en question chez les Musulmans , si le café ne devoir pasêtre compris entre les boissons défendues, a cause, dit-on, qu’il déréglé aussi Irma-gination de ceux qui en font usage. Quoi qu’il en íoit cette boisson si générale-ment permise aujourd’hui dans tous les pays Mahométans y a souffert autrefois descontradictions. On l’y a vue défendue ôc proscrite publiquement , rétablie ôcpermise ensuite, ôc si bien accréditée, non par arrêt de Religion, mais par to-lérance, qu’il est rare que les Turcs ôc les autres Mahométans veuillent se résou-dre à s’en passer. Cependant le serupule que le café cause aux dévots du Musulma-nisme n’est rien, nous dit-on encore, en comparaison de celui que leur donne letabac. Personne n’ignore qu’il enyvre ôc fait un effet presque semblable à celui duvin ôc de l’eau de vie: mais une raison plus forte le rend odieux à ces dévots,dont, pour le dire en passant, un voyageur homme de mérite {a) nous parlecomme de censeurs orgueilleux ôc méprisons ; c’est-à- dire fort semblables aux dévotsdes autres Religions. Cette raison est fondée fur une eípéce de prophétie attribuée àMahomet par une tradition assez répandue parmi les Mahométans : ôc comme cetteprophétie désigne comme faux-freres ceux qui introduiraient l’usoge de fumer du ta-bac, c’en étoit bien assez pour rendre.cette plante odieuse à des Musulmans scru-puleux. Voici à peu près ce que dit la Prophétie. „ Il y aura dans les derniers„ tems des hommes qui prendront le nom de Musulmans ( Mojlems y c’est-à-di-

re fidelles) sons l’être véritablement; lesquels, par le moyen d’une pipe, atti-„ reront ôc renvoyèrent ensoite la fumée d’une plante nommée tabac”. Maisdes scrupules de cet ordre ne sont bons qu’aux dévots de profession. La voix

génerale est pour le tabac ôc pour le café : les Orientaux ne souroient se passer

de l’un ni de l’autre ; ôc leur dire ordinaire est qu’il sout une tasse de café avec

une pipe de tabac pour soire, un régal dans les formes. Les Persons ne van-

tent pas moins le mérite de l’un ôc de l’autre , ôc ne manquent guéres d’ac-compagner une tasse de café d’une pipe de tabac, en disont que celui-ci est enquelque façon le sel de l’autre.

Les rigides, continue-t-on , jugent tout aussi mal de Y opium ôc du heng- ôccependant malgré cela rien n’est plus commun que l’usoge qui se fait de ces deuxdrogues. Le {b) Heng est une composition de feuilles de chanvre mises en pil-lules ou en conserve, qui, de même que l’opium, étourdit ôc cause une eípéced’yvresse dangereuse par ses fuites -, fur quoi je renvoyé à Chardin , ôc aux autresVoyageurs. Au reste il n’est pas nécessaire de soire remarquer encore que la politique(c) n’a pas moins de part que la Religion à la défense des boissons qui ont été spé-cifiées ici, ôc sous le nom deíquelles on doit comprendre sons doute tout ce quienyvre, étourdit ôc rend furieux; car quoique YAlcoran ne parle nidu Tabac, niduHeng, ni de {d) l’Opium, ces drogues font plus ou moins le même effet fur çeux

qui

Rìcaut L. z. Ch. 25. de Y Etat de l’Empire Ottoman.

(b) Ou Benge Si Benghe. On prétend que c’est proprement la jusquiame , qui a la qualité d’enyvrer& d’endormir : mais les Arabes donnent auffi ce nom de Heng ou Benge aux feuilles de chanvre preparéesen conserve comme celle de Theriaque. Elles produisent les mêmes effets que la jusquiame : & ils se ser-vent auffi frequemment de ces feuilles de chanvre que de la jusquiame.

sc) Voy. auffi une note sur le Catéchisme des Mahométans page 140.

: ( d) Ceux qui prennent du Benge, ou de YAmsioun', c’est ainsi que se prononce en Perse & en Arabiele mot à’Opium , sont condamnés par les Musulmans rigides avec ceux qui prennent de la Theriaque Scparce que la Theriaque prête quelquefois son nom à ces deux drogues, on donne auffi le nom de Theria -ki ou preneurs de Theriaque à ceux qui usent de l’Amfioun &c. Ce nom signifie auffi un débauché. Onraconte qu’un Piédicateur Musulman déclamant un jour contre cet abus s’emporta si fort , qu’un papier