226 DISSERTATION SUR LES USAGES
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tendant un tapis devant eux, 8c au haut de ce tapis il y a une cchancrure,ou fenêtre quarrée fermée d’une toile blanche d’environ deux pieds, derriere,, laquelle ils allument plusieurs chandelles , 8c après avoir repréíènté fur cette„ toile (a) plusieurs animaux avec l’ombre de leurs mains, ils íè fervent de pe-tites figures plâtres , qu’ils font remuer si adroitement derriere cette toile,que cela fait (félon Thevenot) un meilleur effet que les nôtres : 8c ils chan-tent cependant des chansons lascives en Turc 8c en Persan , dont le sujetest très sale ”. (b) Les Persans moins rigides 8c moins scrupuleux que les
Turcs ont des joueurs publics de Marionettes , des charlatans, des joueurs degobelets; mais cependant tout cela n’est guéres moins commun chez les Turcs,malgré la sévérité des dogmes.
Auprès du divertissement des Marionettes mettons les danseurs publics appel-lés Tchinguis , 8c ces danseuses que le même {c) Thevenot nous a désignées sousle nom de Tchinguinienes. Les uns 8c les autres sont représentés dans la taille-douce qui se place ici. On avouera sens peine que la danse ne devroit exciter par ellemême aucun respect pour la Religion ; car quel honneur acquerrait celle-ci pardes mouvemens , qui , selon (d) un des plus grands hommes de l’antiquité,marquent ou de l’extravagance ou de l’y vresse ? Toutes les Nations (e) semblents’accorder aussi à mépriser les danseurs de profession. On les admire 8c ils di-vertissent en Turquie, en Perse, 8c dans le Mogol, comme en France 8c en An-gleterre ; mais ceux qui gagnent leur vie a cet exercice ne donnent par toutqu’une mauvaise idée de leur conduite ; la débauche 8c les mauvaises mœurs sontregardées par tout comme les attributs de leur profession ; 8c l’on ne pense pasautrement fur leur compte en France &; en Angleterre, qu’en Turquie 8c enAsie, où, comme chez nous, (f) les gens de cet ordre servent à plus d’un mé-tier. Mais quoi qu’il cn soit, la corruption n'a pas commencé la danse j elle lasuivie. La danse est si peu criminelle en elle même, que plusieurs Nations n ontpas craint de la faire entrer dans le culte religieux, par une raison qui parait asseznaturelle j c’estque la poësie 8c la musique, en même tems qu elles élèvent lame 8c luifont parler une language surnaturel, 1 excitent a se réjouir : or la nature de la joie estde nous exciter a danser. Ces deux choses, comme l'on fait, ont fait toujours le prin-cipal ornement du culte religieux. Ajoutons y que la danse étant due a la mê-me impétuosité d’eíprit (g) qui forme les transports du zélé extérieur, il se peutfort bien que des Nations ayent crû quelle pouvoit servir a marquer leur zéléreligieux , 8c la joye qu’ils avoient de servir la Divinité de la maniéré qu’ilscroyoient lui être la plus agréable : ce qui les a porté insensiblement a mettre lestransports de leur joye en règle , 8c pour ainsi dire (h) à les cadencer a l’hon-neur de la Divinité. C’est donc l’abus qui rend la danse méprisable chez lesMusulmans : cependant on peut dire qu’ils ne l’ont pas entierement bannie de la
Re-
(d) Il me semble que cela n’est pas trop clair.
(£) Voy. Chardin to. 3. de ses Voyages Edit. 4. de 1735,
(e) Ubi sup.
sch Caton , qui disoit, nemo faltat fobrius.
& ^à’Afi ^ Ut Cn exce P ter P^ US g ran< L partie des Peuples de l’Amerique, & plusieurs Nations d’Afrique
(f) E n Perse 5 dit Chardin ubi sup. t. 3. p. 161. il n’y a que les femmes qui dansent ; mais des hom-mes animent par leur chant les gestes & les postures de ces femmes dont la vertu est fort au dessous de limoyenne. Leurs danses sont expressives comme l’étoit autrefois la danse des Grecs & des Romains.
(a) C’est ainsi que David dansa devant l’Arche d’alliance.
(h) Par exemple tels étoient les choeurs. 1 , Au reste il feroit fort inutile de vouloir prouver l'usage de ladanse dans la Religion chez les Grecs, les Romains, les Perses &c. & même chez les Juifs.
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