2?o DISSERTATION SUR LES USAGES '
íìc le commun peuple Mahométan , en y ajoutant le privilège de íè donner quel-ques esclaves pour concubines, mais sens excéder le nombre de quatre que prescritle législateur. Tels íônt donc les réglemens établis pour les fidelles observateurs de laLoi-, car en Turquie , en Perse & dans le Mogol les moins scrupuleux parmiles grands ont dans leur Serrail autant de femmes , ou de maîtresses qu il leurplaît d’y renfermer pour leurs besoins ou pour leurs plaisirs ; Lc pour les autresMahométans , ils employeur comme nous malgré la sévérité de notre Christianis-me, tous les moyens que l’amour & la débauche peuvent fournir aux deux soxes.Les exemples de ce que je dis des Mahométans font trop connus pour les raportcr j &je remarquerai feulement que de la part des hommes la galanterie est si tendre& si passionnée qu on les y trouve souvent dè vrais Dom Quichotte (a) capables detoutes sortes d’avantures, & de courir des hasards pour prouver ou pour justifier leuramour. Une de ces ridicules preuves d’amour consiste a se (h) maltraiter soi-mêmepour marque de dévouement à une maîtresse: mais dautre côté leur débaucheest astèz souvent impétueuse & brutale.
Ceci me conduit astèz naturellement á la description du mariage des Maho-métans. Le vulgaire s’imagine qu une Religion qui permet la Polygamie fait dumariage un objet de honte & de mépris : cependant, (c) on nous assure au con-traire que les Turcs en font beaucoup de cas ; mais on ajoute que le mariagen’est pas ratifié folemnellement (d) devant des Prêtres ni marqué du seau de laReligion comme chez les juifs ôc les Chrétiens , & même autrefois chez (e) lesGrecs & les Romains. Le Cadi (f) íèul l’autorise ,, comme une action pure-„ ment civile , qui doit so passer en se présence pour être estimée légitime....„ ou le mari. reconnoit devant le juge qu’il s est obligé a prendre une telle pour„ femme , a lui donner un tel douaire pour en pouvoir disposer comme elle„ voudra en cas de divorce”. La rcconnoistànce se fait sens que la femme ysoit présente : mais le père , où au défaut du père, d’autres parens compa-roissent pour cela. Cette réconnoissance étant faite, il est permis au. mari de pren-dre possession de se femme & on la lui amène de la maniéré qu’on le voit ici,voilée fous un pavillon, accompagnée de plusieurs femmes qui font ou ses amies,ou ses parentes , deselaves , de joueurs & de joueuses dmstrumens &c. Jene décris point les cérémonies des mariages Mahométans, parce que les (g) Voya-geurs qui en ont traité sont entre les mains des moindres lecteurs : mais il y aquelques particularités á remarquer à cette occasion.
i . Ricaut nous dit „ que le concubinage ne donne aucune jalousie aux fem-„ mes pourvu qu’il ne les prive point de ce qui leur est légitimement dû , qui„ est d’être reçues une sois chaque semaine dans le lit de leur mari. C est ce„ que la loi même accorde à ces femmes , desorte que s’il s’en trouve quel-
„ qu’une
(a) Cela ne se dit pas fans preuve ; & Ton n’àqu’à. ouvrir les Mille &me nuit Sc autres Romans Orien-taux pour en être convaincu.
{b) Voy. à la page 127. la figure qui représente un amant Turc, qui se cicatrise le bras devant fa maîtressepour lui montrer son amour. M. Sale dans une note fur le Chap. 12. de ì'jUcoran , raporte que c’est unusage général aux Orientaux de témoigner la violence de leur amour à leurs maîtresses par des taillades 2 cdes incisions qu'ils se sont. lís prétendent prouver ainsi qu’ils sont prêts, da perdre la vie pour elles.
(c) Ricaut Etat &c. ubi sup. L. 2. Ch. 21.
(d) C’est un contract civil , nous disent Ricaut & Tour nef art &c. Néanmoins.,, selon ce dernier on yajoute une circonstance qui lui donne un air de Religion ; e’est de le faire bénir par le Curé (l 'Imam)»Voy. Tournefort Lettre XIV. de ses Voyages.
(e) Chez les Romains il y avoit les Augures, le choix des jours, des vœux & des prières aux VkH#&c. Chez les Grecs des sacrifices à Venus, à Junon, aux Grâces.
(f) Juge.
(g) Ricaut t Tottrnefort, Thcvenot, Chardin, Olearìus Scc.