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[Volume III.]
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RELIGIEUX DES MAHOMETANS. 229

nue. Cette coutume étoit particulièrement établie parmi les Koraïjhites . D’au-tres la raportent autrement, & disent que loríqn’une femme entroit en travail,on la fuioit conduire au bord dune folle , & s’il lui arrivoit d’y être délivrésd’une fille, on prenoit l’ensent & on la jettoit dans la fosse.

On prétend que les Chinois s’attribuent encore aujourd’hui le privilège detuer leurs enfuis , & íurtout les filles , quand ils font hors d état de les nour-rir : mais à legard des garçons, ils évitent autant qu ils peuvent cette extrémi-té ; &. cela ne doit pas surprendre , puiíqu’ils diíènt avec preíque tous les Peu-ples du monde, que les hommes font la force d’un Etat ; & par conséquentleur principe en cette occasion ne dissére pas de celui des Grecs , a qui un deleurs Poètes fiit dire, (a) que quelque pauvre que foit un homme il peut biennourrir un garçon ; mais qu’un père, quoique riche, ne íè réfout qu a peine ànourrir se fille.

A voir la Polygamie en gros & sens réflexion , elle ne paroîtra que fortavantageuse aux pays Mahométans. Plusieurs femmes, dira-t-on, doivent nécessai-rement fournir un plus grand nombre de citoyens , de même que plusieurschamps bien labourés fournissent beaucoup plus de grain qu un seul. Mais cettecomparaison repetée tant de fois en tant de pays íè trouve fausse. Il n’y a pointde proportion entre le mari de plusieurs femmes & le laboureur de plusieurschams ; celui-ci n’y met rien du sien qu’il ne puisse réparer cn vingt & quatreheures, mais le premier use íès forces & s épuise d’efprits d’une maniéré irrépa-rable. Il perd les moyens de fertiliser ses terres . . . mais n’en disons pas da-vantage for une matière si délicate, & contentons nous d’assurer qu’il est com-me démontré que les pays où régne la Polygamie, le concubinage public, lesdéreglemens de l’amour &c. sont beaucoup moins (h) peuplés que ceux où lesloix réduisent les hommes a se contenter d’une seule femme, & où la Religion-les retient par la crainte ou par la réflexion. Mais quel est après tout le véri-table objet de la Polygamie ? C’est le désir du changement & la variété dansun plaisir que les Religions établies dans les pays méridionaux n’ont pas voulurefuser à des hommes que la chaleur du climat diíposoit à une luxure bienplus criminelle. Il semble áuísi que Dieu a bien voulu tolerer cette foiblesse,puisepe les Juifs & même plusieurs de leurs Prophètes ont été Polygamijles senspréjudice à leur sainteté. Quoiqu’il en soit la Polygamie n’est point sens bor-nes chez les Musulmans , comme le vulgaire du Christianisme se l’imagine , &

même comme beaucoup d’habiles gens l’ont crû -, puiíque 1 ’Alcoran n’accordeproprement (c) que quatre femmes à un mari ; &: (d) que cet usege est assezgénéralement suivi. Si pourtant on est hors d’état d’en entretenir autant, lelégislateur Arabe conseille de n’en prendre qu’une, ôt c’est-la le parti que choi-sit

res, & qu’il lui plut d’y garder de justes bornes , ainsi que dans son décroiísement. De même en cer-taines occasions les Perses enterroient des filles & des garçons tout vivans. Enfin dans une calamité ex-traordinaire les Romains enterrerent un Gaulois & une Gauloise avec un Grec & une Grecque.

(a) La traduction littérale du passage de Posidtppe est celle-ci ; „ le pauvre ne sait pas difficulté de„ nourrir son fils; mais un père expose sa fille, quelque riche qu’il puisse être.

(b) Voy. Rkaut ubi sup. 1 . 2. Ch. 21. au sujet du mauvais effet de la Polygamie. Il croit auffi quela jalousie des femmes leur fait chercher des secrets pour faire avorter leurs rivales.

(c) Au Chap. IV. dès le commencement après avoir donné quelques beaux préceptes aux Musulmansfur ce.qui est dû à des pupilles du Sexe féminin ; fur quoi l’on peut voir l’explication que donne M.Sale de ces passages, & auffi la version de l’Abbé Maracci. On remarque même dans ces passages beau-coup de justice à l’égard des femmes; puisque Mahomet recommande à ses croyans de n’en prendre qu’unefuposé q u'ils ne se sentent pas assez de force d’esprit pour maintenir l'équilibre entre plusie urs femmes.

(d) Voy. Eclaircijsem. &c. ubi fup. p, 202. Sc fuiy.

Tome F. Mmm