Band 
[Volume III.]
Seite
238
JPEG-Download
 

2Z8 DISSERTATION SUR LES USAGES

élevés. Mais il y a apparence que cela varie encore selon les pays, s’il est bienvrai (a) qu a Alger on circoncise les Renégats , après les avoir promenés enprocession par la ville à peu près de la maniéré que Ricaut le dit, & au milieud’une garde Baebaresque armée de labres ; pour montrer au nouveau convertique ces labres íont dégainés pour le mettre en pièces, s’il témoigne le moindrepenchant à reprendre le Christianisme.

Le jour de la Circoncision est aussi celui où l’on donne le nom à Pensent.Cependant on trouve encore ici des exceptions remarquables. Totírnefort nousaprend que le père donne le nom qu’il veut a ses enfans lorsou’ils viennent aumonde ■ qu’il tient le nouveau né entre ses bras, 6c l'élevant en haut l'ossie a Dieu,. après quoi il lui met un grain de sel dans la bouche; & qu’alors il lui prononce.le nom en lui donnant la bénédiction. La soperstition se mêle ici. En Perse lenom est tiré au sort. On le cherche au hasard dans 1 ’Alcoran , ou l'on metplusieurs noms ensemble & on les donne à. tirer à un enfant : íì cette supersti-tion n’est pas génerale, elle est du moins établie en Perse, & c est Chardin quinous l'allure. Une autre chose digne de remarque c’est cet usage par lequel ilsemble qu’on demande grâce devant Dieu pour les enfans qui sont morts sensavoir été circoncis. On leur casse le petit doit avant que de les enterrer. Maisni cette pratique, ni tout ce que je viens de raporter ne suffit pas pour prou-ver que la Circoncision soit un acte indispensable de Religion. La plupart desMahométans ne la croyent pas absolument nécessaire au selut. ' Cependant il setrouve parmi eux de ces rigides connus dans toutes les Religions , qui croyentque la cérémonie a la vertu de rendre intérieurement fidtlle. Ils s’imaginent queDieu ne recevroit pas les prières d’un homme a qui l’on auroit laissé le prépu-ce. On nous dit aussi que d’autres dévots Musulmans se persuadent que la Cir-concision des pères influe sor les ensens & leur soffit. Ceux-ci, comme on voit, éten-dent fort loin la Vertu de la Circoncision, &c semblent aprocher de l’idée que se fontles rigides Calvinistes au sojet des enfans morts sens Batême & néanmoins régé-nérés , élus 6c seuvés en vertu de la fidélité de leurs pères. Je dois remarquerici la superstition des femmes stériles qui avalent un prépuce, croyant que c’estun remede sor pour réparer leur définit ; ou celui de leurs maris, diront peut-être les rieurs.

Je terminerai cette matière par queiques remarques qui apartiennent a lanaissance &c à l’éducation des Ensens. D’autres remarques sor les useges fu-nèbres des Mahométans finiront cette Dissertation. Ma premiere remarqueconcerne la naissance des ensens des Princes 6c des grands Seigneurs. Onprend généralement grand soin de cacher le tems 6c le moment de leur naissan-ce, pour surmonter les. charmes 6c les sortilèges ; 6c sortout, selon ce que nousdit un Voyageur , pour prévenir les présages des Astrologues , 6c empêcherqu’ils ne leur sessent des horoscopes sinistres , qui fixent la destinée de ces en-fans: comme si le cours de la vie pouvoit dépendre d’un homme , qui d’unmoment à l’autre ne seuroit deviner quel sera le sort de la sienne. Mais nousne devons pas exiger que lâ raison soit plus sorte dans le sein du Mahometismequ’en toute autre Religion, lorsque de fausses espérances, ou une crainte frivoleont commencé d'étourdir le jugement.

z. Les Turcs 8c les autres Mahométans ont l’usege de l’adoptiòn comme tou-tes les autres Nations. Elle est même assez fréquente parmi les Turcs. Cette adop-tion

(a) Pitts Religion and manners of the Mahomtms, Ce Livre a été imprimé à Londres en 1731.