DISSERT. SUR LES USAG. REL. DES MAHOM. 247
„ Les Cadis ôc les Juriseonsoltes Turcs , c'est (a) Ricaut qui parle ici, di-„ sent que le Grand Seigneur est au dessus des Loix , c’est-à-dire qu’il peut les3 j expliquer ôc les renverser comme il lui plaît ; que so bouche est la Loi mê-3 t me , ôc que les interprétations qu’il donne sont infaillibles. Il est vrai qu’af.33 se z íòuvent il consedte le Mufti , mais par. forme seulement ôc pour contenter„ le peuple.
L’Empereur nouvellement élu est conduit en pompe à la Mosquée d 'Ajoubou Toup, qui étoit un Saint Mahométan ôc même , nous dit-on , Compagnonde Mahomet. C’est-là que cet Empereur est recommandé à Dieu par des priè-res íblemnelies , qui tendent à lui demander qu’il le fortifie & lui donne la ía-gesseôcc. ôc nous les faisons austì ces prières: mais, de même que les Musul-mans , nous ignorons pourquoi Dieu les exauce fi rarement. Après cet acte de dé-votion le Mufti embrasse le Sultan Ôc lui donne so bénédiction. Thevenot ditqu’il lui ceint l’épée. Le nouveau Souverain jure de défendre la Religion * ôcles Loix de Mahomet ; les Visirs ôc les Bachas le saluent profondément, touchentla terre de leur front, baisent le bas de íà veste ôcc. C’est-là Un véritable cé-rémonial , ou le cœur a fort peu de part. Et comme dans 1 ’Alcoran (h) le Prin-ce est qualifié bouche & interprète de la Loi ; cette sagesse qu’on a demandéepour lui à Dieu, n'est autre chose dans le Souverain que l'art de mettre ses pas-sions en œuvre, ôc dans les courtisons, l’art de les suivre ôc d’en faire son pro-fit particulier , sons aucun égard pour le peuple , qui ne lcúr paroit né quepour être eselave. On trouve dans ( c ) Ricaut des remarques très judicieuses sorîautorité du Grand Seigneur, ôc je crois devoir y renvoyer le lecteur. On y verraque les Docteurs Musulmans connoissent la distinction (d) des deux glaives Dans leschoses civiles la Loi du Prince est, disent-ils, arbitraire j & so volonté est la,seu-le Loi qu’il doit suivre : mais il n’en est pas ainsi des droits de la Religion.Ces droits bornent son pouvoir. Reste-à montrer s’ils ne confondent pas, com-me un grand nombre de Chrétiens,, les droits dé la Religion avec ceux des Ec-clésiastiques. La lecture de l’Histoire du Musulmanisme , ôc la connoiísonce dela politique des Mahométans sont seules capables d’en décider.
Quoiqu’il en soit, comme la servitude fournit des. motifs de consolation, démême que la liberté, les plus grands Seigneurs ne se font pas moins honneurdu titre d 'Esclave de leurs Monarques, que les Anglois de celui de FfèeholdeY'iavec lequel ils résistent en face à la volonté de leur Souverain. C’est ainsi quechaíqtìôpeuple étant né dans certains usoges, élevé dans certaines maximes, trouve lieu de socontenter du fruit qu’elles lui produisent. Et qui soit, si celui qui se qualifié(e) Kouli en Orient ne s’estime pas beaucoup plus que le plus puistànt FreehoUder de la grande Bretagne?
Le (f) Mufti que l’on voit représenté ici, est le Chef du Clergé Turc, ôc mêmecelui de la Loi civile, l’interprête de 1 ’Alcoran , ôc le directeur de la Religion.On le consolte sor les affaires de conseience, ôc il en décide les cas avec une restric-tion qui nous aprend qu’il ne se croît pas infaillible ôc qu’il n’est nullement esti-
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00 Ubi sup. L. I. Ch. 1. y
(b) Voy. Alcoran C h. 52. Les Princes s’apliquent ceque Mahomtàzrmi&QÌt àsesSe&ateurs. y
(c) Ricaut L. I. Ch. 2. ubi sup;
(d) Le Glaive spirituel & le Glaive temporel.
CO que l'on tronve si souvent dans les titres des Grands Seigneurs d’Orìerit avec la lettre i quíletermine, signifie Esclave. . > ' y
(/) Mot Arabe, nous dit-on, qui signifie Doseur.
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