RELIGIEUX DES MAHOMETANS. 253
Près de ces Dervis on voit la figure d’un Deli, ^c’est-à-dire mot à mot d’un fou& d’un insensé : mais il vaut mieux expliquer ce mot de Dell par celui d’unbrave , ou d’un forfante , un virtuoso 3 un rodomont 5 car il y a de tout cela dans leDeli , qui apartient à la garde du grand Visir. Et si l’on regarde au ridicule del’habillement, on dira peut-être aussi que c’est une espèce de fou, qui fait mé-tier de trancher du brave j surtout à en juger par Ricaut, (a) qui donne quel-que idée des rodomontades de ces D élis , ôc de la peine qu’ils prennent pourparoître ce qu’ils ne sont pas : pareils fur cet article devant les hommes, i ceque sont devant Dieu ces Dervis , auprès deíquels on les a mis, & ceux qui lesimitent en d’autres Religions.
Comme je ne prétens point expliquer des chosos si souvent expliquées, ôc êtreéternellement l’ennuyeux copiste de tant d’Auteurs qui avant moi so sont copiésles uns les autres ; il suffira presque de montrer un Santon à ceux qui vou-dront s’amufer ici. Les Santons sont des misérables, ôc celui qui íe montre danscette figure est pris dans l’assreuse description que donne (h) Olearius desAidais , qui par {c) leur nom marquent qu’ils doivent être voués ôc sacrés àDieu , ôc qui ne le sont en effet qu’aux plus grands désordres. Ces Moinesmarchent, comme on voit, la tête Sc les jambes nues, le corps à moitié cou-vert d’une méchante peau d’ours velue, ou de quelque autre bête sauvage, sonschemisé, avec une ceinture de peau à l’entour des reins, d’où pend une eípéce degibeciere. Quelquefois au lieu de ceinture, ils ont sor le milieu du corps un sor p en tde cuivre que leurs Docteurs leur donnent comme une marque qui doit témoignerleur sovoir. Voilà à peu près comment Olearius s’exprime, ôc Ricaut ajoute que cetOrdre de Santons connus aussi sous le nom de Calenders ou Calenderans , devroitêtre appelle plutôt une Secte d’Epicuriens , qu’une Société de personnes reli-gieuses. A cette desoription d 'Olearius y de Ricaut ôc autres il faut ajouter deuxtraits qui les rendent infiniment dangereux dans la Religion &c dans la Sociétécivile. C’est l’indifférence ôc légalité qu’ils mettent entre les bonnes actions &les mauvaises , ôc le prétexte par lequel ils autorisent les plus grands déréglé-mens, en soutenant, nous dit-on , que l’on peut servir Dieu par la débaucheôc au cabaret ôcc. comme on le sert par la prière & à la Mosquée. Ce queces Santons portent à la main ressemble presque à une massue , dont Oleariusnous dit, qu ils font des gefles & qu il s la manient à feu près comme nos joueurs de go-belets leurs baguettes. Aussi ajoutent ils à tant de dérèglement celui d’être deparfaits charlatans, Sc même de se mêler de vendre des Reliques áux bigots jcomme par exemple des cheveux de Mahomet ôcc.
Enfin 1 ’Edhemite que l’on voit ici (d) est d’un Ordre d’Hermites de Perse éta-blis principalement dans la Province de Chordzan , vivant durement ôc dans unegrande austérité dans leurs solitudes; appliqués, dit-on, à leur Religion, illuminés, ouse croyant tels, par une vertu qui est ordinairement l’esset des mortifications ôcde l’abstinence, ôc se répand sons doute avec beaucoup d’impétuosité dans les Cli-mats Orientaux. Il est vrai pourtant qu’en matière d’entousiasoie ôc de visions cha-que pays a ses vertus : & il en est où le brouillard ôc l’air épais font faire autantde progrès au Fanatisme que l’air chaud ôc sobtil du Levant, Sc les ardeurs du Mi-di.
(a) Ricaut ubi sup. L. III. Ch. iô.
ib) Voyages tome pr. p. 971. & fuiv. Ed. in folio de Hotí.
(c) dbdal , dit Bejpíer dans ses Remarques fur Ricaut , désigne particulièrement un homme consacré Scdévoué à Dieu.
(d) Voy. la 4. figure de la planche qui se place à la page 248.
Tome V* S s s
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