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[Volume III.]
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254 DISSERTATION SUR LES USAGES

di. De quelque maniéré que les choies so fassent la Sc ailleurs, il nous suffit quenous y trouvions des gens qui aiment a se séparer du reste du genre humain,Sc qui tâchent ensuite de persuader qu’ils doivent leur retraite â l’amour de Dieu:non que je ne croie que quelques-uns so séparent de bonne foi Sc par un princi-pe de vertu. Mais le gros de ces solitaires a d’autres vues ; Sc fur cela il íêroitbien inutile dc repeter ce qui a été dit tant de fois.

Je laisse le détail des Mosquées Sc des choses qui les concernent en particulier,comme par exemple qu elles n ont ni cloches , ni clochers ; parce que chacun(ait cela , Sc que les Muezims qui montent dans les Minarets des Mosquées ysont, félon l’expreffion de Tournesort , Sc les cloches &c les horloges des Musul-mans, leur annonçant la prière Sc en marquant l’heure. Je ne dirois rien de nou-veau si j’ajoutois, qu en prononçant les paroles qui i’annoncent, ces Muezims íêtournent d’abord vers le Midi, de lâ au Septentrion, ensuite â l’Orient, Sc en-fin â l’Occident; que ce signal , qui annonce la prière , lest auffi de la puri-fication qui doit préceder ; qu’avant que d’entrer dans la Mosquée on íè dé-chaussé ; qu’on y entre avec modestie Sc humilité ; quêtant entré on íàlue resipectueusoment (a) l’endroit où est l ’Alçoran ; qu’après cela on leve dévotement,les yeux au Ciel en íé bouchant les oreilles avec les deux pouces, J’indique donasimplement ces petits usages, parce qu’ils apartiennent au cérémonial du Maho-metisme , pour donner une petite description des Fêtes & autres solemnités Ma-hométanes , où l’art de íé divertir Sc d’être dévot salirent auffi étroitement quechez nous, Sc avec la même subtilité. Disons mieux ; cette subtilité est de tousles pays Sc de tous les tems. Il est très certain que si l’on jugeoit de la pieté Ma-hométane par les usages que j’ai raporté, l’on íêroit tenté de croire que les Mosquées nerenferment jamais que des Mahométans recueillis, dévoués â Dieu, fervens dansleur aveugle dévotion. Ajoutons â tout cela cette élévation qui paroit dansleurs prières. Ils ne s’adressent qua Dieu , Sc ils s’adressent à lui , commeíèul aimable, soûl digne d’être honoré ôe adoré , soûl maître des coeurs Sc despensées des hommes, seul capable de pardonner Sc de faire miséricorde Scc. Onte reproche dans ces prières de ne l’avoir pas respecté d’une maniéré digne de fa Majestééternelle, on s’y repent â lui soûl, on lui demande fa bénédiction ; íàns qu’il pa-roisse, à en juger par (h) la prière qui me fournit ce petit extrait, qu’on cher-che â répandre devant lui un verbiage , qui trop souvent n’a pour tout mériteque l’emphase avec laquelle on létale; ni â lui offrir une dévotion fleurie Sc étu-diée; ni enfin un ténébreux galimatias, qui, sous prétexte de conduire â une spi-ritualité toute rafinée, toute supérieure â ce que la pieté feule exige , inspire audévot de souhaiter (c) de se rendre enfant, de s'appétijser, de s’avilir, de s'obscur-cir ; de consentir à etre imbecille, de n être compté pour rien , comme les ensans, dene pouvoir plus se compter soi-même ; enfin de retomber dans Venfance, comme certainsvieillards décrépits dont les ensans dénaturés se jouent.

Le Mahometisme , en recommandant extraordinairement (d) la prière, l’appelle îaclef du paradis. Elle est telle, dit ì’Alcoran , pourvu qu’on la fasse avec un espritbien préparé, loin des objets capables de causor des distractions, avec foi Sc en

état

(a) Tournefin ubi íup. Lettre XIV.

if) Cette priere se trouve dans Tournefoict ubi sup. Voy. auíli Chardin tqm. IV. Ed. in 4. Ch. 5* tou-chant la priere des Persans.

(c) Tiré d’une Priere à PEnfance de Jésus pour le jour de Noël.

(d) Voy. sìlcoran Ch. 2. en plusieurs endroits, Ch. 4. & ailleurs. Dans le Ch. 20. veut .qu’on.ait foin de faire prier Dieu dans son domestique.