258 DISSERTATION SUR LES USAGES
en vers Planage de la fortune, qu’il est inutile de le repeter ; mais il ne l’estpas, que nous sommes tous aílez malheureux pour ne nous défier jamais d’el-le. ' Passons de cette petite réflexion morale aux autres Fêtes des Musulmans. Ilscélèbrent la nuit du onze au doufiéme de R abia premier, parce que Mahomet na-quit alors, &c celle du z6. au z7. de Rabia íecond, parce que le Prophète mon-ta au Ciel cette même nuit fur ì’Al-Borak. Ils solemniíènt la nuit du 4. au 5.de Resjeb a cauíè du jeûne ou Carême de Rhamadhan , quoi qu’il ne viennequ’environ deux mois après. Cette préparation se fait par des prières qui continuentjuíqu’à minuit. Pour le jeûne de Rhamadhan que l’on appelle Carême , s’ií enfaut croire les Voyageurs , c’est un véritable assortiment de dévotion & de dé-bauche. Il commence par une eípéçe de Carnaval que l’on a représenté ici, 5 cque je vais décrire , pour expliquer la figure, dans les propres termes de The-«z >enot {a) témoin oculaire de cette cérémonie. ,, L’an 1657. le 1 z. Juin, dit„ ce Voyageur, se fit le Carnaval des Turcs, ou la cérémonie du commence-
„ ment du Remesan .on *1 appelle Laylet el Kouvat , ce qui veut dire la
„ nuit de puissance , parce que les Mahométans croient que ce fut cette nuit que„ \’A!cor an deseendit du Ciel. Auífitôt qu’il est nuit , on allume des lampes„ par les rues & principalement dans celle du Bazar par laquelle paflè la„ Fête. C’est une rue fort longue & large 8 c fort droite. . . On y voit„ quantité de cordes tendues deça 8 c delà où sont attachés des cercles de for„ auxqueîs pendent quantité de lampes, 8 c il y a aussi des corbeilles qui y sont„ pendues 8 c qui sont remplies de lampes. D’environ dix pas en dix pas on,, trouve de ces cercles , 8 c il n’y en a point où il n’y ait plus de trente lam-,, pcs. Tout cela étant .... en droite ligne fait une belle vûe , & donne„ une grande clarté. Outre cela il y a plusieurs autres grandes figures . . . .„ remplies de lampes, 8 c tous les Minarets ou tours des Mosquées en sont austï„ garnis. On voit par les rues un nombre prodigieux de peuple . . ... sor„ le commencement de la nuit, les Santons &c. (qui sont de la cérémonie) se„ vont rendre chez le Cadiìesquer , qui leur dit s’ils doivent commencer ce soir,, là le Remesan. Etant donc assurés qu’on a vû la Lune , 8 c que par confé-„ quent le Remesan commence ce soir, ils commencent leur Fête de la maniéré„ íuivante. A une ou deux heures de nuit on voit quantité de Santons à pied„ armés de massues, chacun tenant un flambeau à la main , accompagnés de„ gens portant des falots. Ils vont dansent, chantant, criant, hurlant, 8 c au„ milieu deux est sor une mule un Scheik-el-Arfat , c’est-à-dire Prince des Cor -„ nus. 'C’est un Scheik dc grande réputation parmi eux, 8 c loríqu’il passe, le„ peuple fait de grandes acclamations. Après lui viennent des gens montés,, sor des chameaux jouant du tambour, des timbales &c. suivis d’autres gens„ habillés en mascarade, les uns à pié, accompagnés de gens portant des falots,„ 8 c d’autres portant au bout de longs bâtons de grands cercles de for remplis,, de lances à fou, qui .... semeur de tous cotés parmi le monde, 8 >c pen-,, dant ce tems-lá on lâche une bonne quantité de fusées volantes. Après cela,, viennent les gens des Beys tous à cheval avec leurs arquebuses 8 cc. ... La„ marche finit par des Santons , qui chantent . ... la venue du Remesan ....„ Cette Fête n’est composte que de coquins amassés ensemble , mais elle est
„ pourtant assez plaisente &c." A l’égard du Carême, ce jeûne, dit
Tour-na) Voyages &c. ubi fup. tom, z. L. II. Ch, 14, Edit. d’Amsti 172.7.