286 DISSERTATION SUR LES SECTES
„ îl y a une Secte d’Athées connue sous ie titre de (a) Muserrin , qui veut„ dire à peu près , le véritable íècret est parmi nous. Ce secret n’est autre„ choie que de nier absolument la Divinité , Le de croire que c’est la nature,„ ou le principe interne de chaque être, qui conduit le cours st réglé des cho-,, íes que nous considérons tous les jours avec tant d’admiration. C’est de là,,, diíènt-ils , que le Soleil, la Lune, Sc les Etoiles tirent leur origine Sc leur,, mouvement. C’est ce qui fait que l’homme germe , leve 1 , & se flétrit,„ comme l’herbe Sc comme les fleurs. Il y a à Constantinople un nombre„ si prodigieux de gens qui soutiennent ce principe , que cela est capable dei, jdónner de l’étonnement 6c de l’horreuï. La plupart de ces impies sont des„ Cadis Sc des personnes savantes dans les livres des Arabes. Les autres sont des„ Chrétiens Renégats, qui .pour éviter les- remors qu’sts sentent de leur aposta-3, fie, s efforcent de se persoader qu’il n’y a rien à craindre ni à espérer après la„ mort. Jé'me; sou viens qù’un nomme dê cette Secte nommé Mahomet Efendi , qui3, étoit fort riche, Sc fort bien instruit dans les sciences Orientales , fut execu-y r té pendant que j’étois à Constantinople , pour avoir impudemment parlé33 contre l’existeilce de Dieu. Il avoir accoutumé d’employer cet argument pour„ apuyer son opinion détestable. Ou U rìy a point de Dieu, disoit-il, ou il n'efi3, ni ft sage nififirudent que nos OoUeufs nous le prêchent , car autrement il ne souf-,, friroit pas que je 've'cuffe, moi qui fuis le fitus grand ennemi qu il ait au monde , &yy qui me raille de fa Dru mité. C est une choie remarquable , que cet homme„ pouvant sauver se vie en confessant sop - erreur ,. Sc en promettant d'y renon-„ cer pour l’avenir , st aima mieux persister dans ses' blasphèmes ; parce, di-„ soit-il , que quoi qu’il n’eut aucune récompense à attendre , néanmoins l’a-„ mour de lá vérité l’obligeoit à souffirir lé martyre pour la défendre.
,, Cette Doctrine si contagieuse s est insinuée jusques dans le Serrail , Sc a33 infecté l’appartement des Femmes Sc des Eunuques. Elle s’est aussi intro-„ duite chez les Bachas, & a répandu son venin sor tóute la Coiîr. Les parts-„ sens de cette Secte ont une amitié extraordinaire les uns pour les autres, Sc„ se rendent mutuellement toutes sortes de bons ofsices. Ils sont civils Sc hose„ pitaîiers, Sc si par hazârd il leur arrive un hôte qui soit de leur sentiment,,, ils lui font la meilleure chère qu’il leur est possible ; ils parlent à lui avec,, franchise , - Sc après lui avoir fait toutes les caresses imaginables , ils le„ laissent avec une belle personne du sexe qu’il aime le mieux , pour lui faire„ passer la nuit avec plus de satisfaction. On dit que Sultan Morat sevorisoit,, fort cette opinion dans se Cour Sc dans son armée.
,, Les Cadizadelites imitent à peu près la maniéré de vivre mélancolique Sc„ austère des Stoïciens. Ils fuyent la bonne chère, la musique, Sc les entretiens„ divertissons , Le assectent par tout la gravité. Ils parlent inceísomment de„ Dieu en public Sc en particulier , Sc répetent éternellement ces paroles,„ La ìlah illa Allah , (il n’y a qu’un seul Dieu) sens se lasser. Il s’en trou-„ ve quelques-uns parmi eux qui passent les nuits entieres assis , Sc tiennent-, W corps panché vers la terre , sens faire autre chose que répeter d’un ton
triste ôt lamentable ces mots dont nous venons de parler. Ils sont extraor-33 dinairement exacts Sc ponctuels a observer les règles de leur Religion. IlsRattachent aussi à l’étude de leur loi civile , Sc s’exercent avec beaucoup desoin dans la dispute, tant pour opposer que pour répondre, afiri de ne laisser
(a) Maserritt) selon Bejfier , veut dir & çmx qt® gardent k faretl
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