6o SUPLEMENT AUX DISSERTATIONS
chard aílure que le grand éloignement de ce Peuple pour le Christianismevient de la ressemblance qu il trouve entre J. C. ôc Thevatat. Cette res-semblance leur fait craindre d aller en Enfer , s’ils embrassent le Christianis-me. Mr. de La Louhere , convaincu par sa propre expérience du scandaleque cause aux Orientaux Jesus-Christ crucifié , quoique malheureuxòc innocent , voudroit que l’on finit par où on commence : c est a direqu’on ne parlât des mystères du Christianisme, qu après avoir conduit in-sensiblement les Catechumenes des vérités les plus simples aux notions lesplus abstruses. Mais un Missionnaire zélé trouve cette méthode impratica-ble ; d’abord il s’arme des mystères pour attaquer l’infidelité de Tlndfen ,òc le conduit ensuite avec une rapidité incroiable jusqu a la porte des Cieux,sens vouloir lui donner le tems de se reconnoitre. Il paroit par ce quenous avons cité du P. Tachard , que cet habile Jeíuite doutoit que des Con-quêtes si rapides se pussent conserver long-tems. Mr. de La Louhere vou-droit encore qu’on parlât avec quelque forte de respect des Législateurs O-rientaux , òc des fondateurs de leurs Religions. Cela est judicieux, on neramène jamais les gens par des injures òc des outrages. Leur dire que lesInstituteurs de leur Religion étoient des fourbes ou des visionnaires , estles accuser indirectement eux-mêmes de fourberie òc de chimères. Or Testprit humain se révolté contre ces reproches, quelque distinction qu’on luifiasse entre l’erreur de malice òc Terreur de bonne roi. Mr. de La Louherevoudroit aussi que Ton parlât avec plus de ménagement des Talapoins Òc desautres Religieux de l’Orient ; Òc qu’en changeant les idées dans la Reli-gion pour Tes réduire aux Dogmes du Christianisme, on laissât les termesdu culte autant que cela seroit possible. C’est une de ces choses dont onreproche Tabus aux Jésuites Missionnaires : on veut même qu’ils aient eíseiéde rectifier les idées des Idolâtres dune façon peu honorable au Christianiseme. Il est à croire que Taccuíàtion a été poussée avec beaucoup de par-tialité par leurs ennemis : car si elle étoit absolument fondée , quelle apa-rence y auroit-il que plusieurs de ces Jésuites Missionnaires eussent soufertdes peines asieuses Òc la mort même pour le fantôme du Christianisme?Ne croions pas les Jésuites fur leur parole. Nous avons des Voiageurs, (a)sens même en excepter les Protestans , qui rendent justice â la vérité deleurs souffrances pour la Religion Chrétienne. Enfin la chose la plus es-sentielle pour la conversion des Infidelles de l’Orient seroit, selon Mr. deLa Louhere , de les imiter dans la simplicité de leurs mœurs, dans leur pa-tience , dans leur austérités &c. Il semble en effet que des gens qui veu-lent en convertir d’autres, doivent imiter autant qu’il se peut le caractèreòc les useges de ceux qu’ils veulent gagner z quand ce ne seroit que pours’attirer plus de respect de leur part, òc pour acquérir cette amitié que lesPeuples ont de la peine â refuser aux étrangers qui tachent de se natura-liser parmi eux , en se soumettant à leurs maniérés. Avec ce caractère decomplaisance , il faut prêcher aux Infidelles par des exemples, il n’estpoint de Religon â laquelle cette Réglé soit plus nécessaire qu’au Christia-nisme à cause de la dificulté de ses Dogmes, qui paroiísent aussi extraor-dinaires aux Orientaux, que les leurs le paroiffent aux Européens. Cepen-dant c’est par les exemples qu’on les rebute. La pratique des Chrétiens òc
(a) Les Ambassades des Hollandais au Japon, Divers Volages dans le Recueil de la Compagnie desHollandois , & plusieurs autres Auteurs. Kdmpfer dans son Histoire du Japon , donne de grans éloges àM. Louis Evêque Millionnaire à Siam , auparavant Jésuite.