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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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ELOGE HISTORIQUE

Du P, LE BRUNî Prêtre de lOratoire.

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P I erré Brun naquit à Brignolle , Villedu Diocèse dAix en Provence , le 11. du moisde Juin 166U Il fut élevé d'une maniéré très chré-tienne : aussi se distingua-t-il pendant sa jeunesse , au-tant par linnocence de ses mœurs , que par son appli-cation à létude.

Ses Classes finies , il entra dans la Congrégation del'Oratoire le u. de Mars 1678. II étudia la Théo-logie à Marseille & à Toulouse, & de- il sut envoyéà Toulon pour enseigner la Philosophie , & ensuite laThéologie à Grenoble pendant les années 1687 8c 1688.dans le Séminaire de M. le Cardinal le Camus, quilhonora de son estime 8e de son amitié.

Deux ans après, cest-à-dire, au mois de Juin 1690.il fut apellé au Séminaire de Saint Magloire de Paris ,ou il a demeuré jusquà fa mort.

Quoiquil ne manquat point de talens pour la Chai-re , le goût quil avoit pris pour létude de lHistoireEcclésiastique, le détermina bientôt à la continuer. Cefut alors quil fut chargé de faire dans ce Séminaire lesConférences fur lHistoire Ecclésiastique , dont il sestacquitté avec succès pendant treize ans. Les liaisonsquil eut avec les PP. Thomaffin & Bordes , tousdeux versez dans lHistoire Ecclésiastique , ne contri-buèrent pas peu aux grands progrès quil fit dans sesétudes. Le P. le Brun les consultoit souvent , & il apassé pour un de leurs disciples. En parcourant quel-ques petits ouvrages manuscrits, il ma paru quil pen-íòit comme eux fur les matières de la Grâce , 8c furquelques autres points , qui partagent tes ThéologiensFrançois 8c les Ultramontains.

En 1689. M. le Cardinal le Camus , Evêque deGrenoble consulta le P. le Brun , qui étoit encore encette Ville , sur l'usage pratiqué en Dauphiné de trou-ver de leau , des métaux , des minéraux , les bornesdes champs, les larcins , les voleurs , 8cc. en tenantentre les mains une Baguette fourchue qui tournoit furtoutes ces choses.

Le Père le Brun après avoir examiné ces faits avecsoin , écrivit au Père Mallebranche , & le pria de luidire son sentiment. Celui-ci, en supposant la vérité desfaits , déclara que ces pratiques étoient , ou louvragede la fourberie des prétendus Devins , ou de la malicedu Démon.

Satisfait de la réponse du Père Mallebranche , il luiproposa de nouvelles dissicuirez fur cette matière , queee grand Philosophe éclaircit en suivant ses premièresvues. Les deux premières lettres , imprimées dans leMercure de Janvier 169) , furent critiquées par quel-ques personnes.

Lavanture de Jaques Aymar qui en 169:. décou-vrit par le tournoyement de fa Baguette des larrons 8cdes meurtriers , exerça la sagacité des Physiciens. Lesuns entreprirent dexpliquer physiquement la décou-verte de ce meurtre , les autres en la supposant vraye,soutinrent quelle ne pouvoir être naturelle , & quil yavoit de la diablerie. Le Père le Brun , dans ses Illu-sions des Philosophes far la Baguette , a attaqué les systè-mes de Messieurs Régis, Garnier, Chauvin, Panthot,Vallemont , qui à la saveur des Corpuscules , préten-daient quil ny avoit rien que de naturel en tout cela.Eu égard aux variations de la Baguette , il soutient quece tournoyement nest point produit par les loix de lacommunication du mouvement, & quil est leffet de lafourberie des hommes , ou de la malice du Démon.

Quoique le Père le Brun propose cette alternative , ilne me paroit pas éloigné de croire que le diable faittourner la Baguette. En effet, lorsquil étoit encoreà Grenoble , Mademoiselle Ollivet qui avoit le talentde faire tourner la Baguette , étant venue le consulter,il lui conseilla |de prier Dieu de ne pas permettre que laBaguette tournât entre ses mains , fi le Démon avoitpart à ce tournoyement. La Demoiselle goûta ce con-seil , elle passa deux jours en retraite, communia, 8c encommuniant fit fa prière. Le Père le Brun fit la sienneà lAutel.

Laprès-diné on mit plusieurs pièces de métal dansune allée de jardin ; Mademoiselle Ollivet y va, prendla Baguette , passe plusieurs fois fur tous les endroitsfans q'ue la Baguette se remue : les prières lui ont faitperdre son activité. Enfin on avance vers un puits» ®n avoit vu autrefois la Baguette tourner avec vio-lence entre les mains de la Demoiselle , mais la Baguettefut immobile. II en arriva autant à la fille d'un Mar-chand de Grenoble , connue par fa grande habileté à lafaire tourner. Je mimagine quun pareil phénomèneest une démonstration pour un Théologien , 8c qua-près cela il ne doute plus que le Diable ne soit fauteurdu tournoyement de la Baguette.

M. Corniers, surnommé lAveugle dAmbrun, donton avoit imprimé dans le Mercure de Mars 169$. unelettre pour justifier luíâge,de la Baguette , se crut atta-qué dans les Lettres far les Illusions des Philosophes quîparurent peu de tems après. II fit insérer dans le Mer-cure de Mai de la même année, une lettre très vivecontre le Père le Brun , qui publia dans le Mercuresuivant une réponse également solide 8c polie. On latrouvera à la suite des lettres qui découvrent lIllusiondes Philosophes, Tome III. pag. 403. Pour calmerla colère de M. Corniers, il fit ajouter à la fin du mê-me Mercure une espèce de désaveu de quelques termes,dont ce Critique & M. lAbbé de Vallemont avoientpu être blessez. Mais cet excès de politesse nappailâpoint M. Corniers ; 8c lon :At paroitre dans le Mer-cure du mois dAout 169;. une réplique, les inju-res tiennent lieu de raisonnement. Comme ces deuxécrits sont très méprisables , je nai pas cru devoir leurdonner place dans ce troisième volume , 8c je leur aipréféré des pièces dun meilleur goût.

Un Auteur anonime , capable comme Quinault deprendre les cataractes du Nil pour les embouchures dece fleuve , sest avisé de faire imprimer une lettre con-tre les Ouvrages du Père le Brun , dans le MercuredOctobre 1731 , 8c de le décrier comme un pitoya-ble Physicien. Cet écrit a révolté un ami du Père leBrun , qui sous le nom dun Conseiller au Parlementde Grenoble a poussé vivement ce pauvre Critique , &la convaincu de navoir jamais lu les livres dont il par-le. On peut voir cette réponse dans le Tome III. duNouvelliste du Parnasse, pag. xli.

En 169q. le Père Caffaro Théatin ayant permisquon imprimât à la tête du Théâtre de M» Boursaulsun écrit en faveur de la Comédie, M. de Harlay, Ar-chevêque de Paris engagea le Père le Brun à le réfuter.Ce quil fit dans deux discours prononcez au Séminairede S. Magloire le z6. dAvril, le 3. & le 7. de Maide la même année , 8c qui furent imprimez sous ce ti-tre : Discours far la Comédie , l'on soit la réponse attThéologien qui la défend , avec lHiftoire du Théâtre , &les sentiment des Dochurs de l'Eglise , depuis le premier* * siécle