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VI E L O G E H I
siécle jusqu'à présent , in 12. 1694. chez Boudot &Guerin. Le succès de cet Ouvrage , quoiqu’imparfaitsurpassa les espérances de l’Auteur , & l'engagea à ra-masser dâns le cours de ses études plufieurs autres faits ;ce qui a produit le Traité intitulé , Discours fur la Co-médie , ou Traité historique st dogmatique des Jeux deThéâtre , A- des autres divertissement comiques , soufsertsou condamnez, depuis le premier fiécle de VEglise jusqu'kprésent , avec un Discours fur les Pièces de Théâtre tiréesde íEcriture Sainte , in 12. 1731. chez la veuve De-laulne. Dans cet Ouvrage , le Père le Brun s’est pro-posé dé parler des différens genres de spectacles u litezdepuis la naissance d u Christianisme , & d’exposer ladoctrine de l’Eglise sur ce sujet. Ce qu’on peut direde moins avantageux , c’est qu’il n’avoit point encoreparu ert notré langue aucun Traité, où l’on trouve tantde choses curieuses dans ce genre. 11 résulte évidem-ment des faits , & des autoritez des Pérès, dés Conci-les , &c. que jamais l’Eglise n’a été favorable aux Far-ceurs & aux Comédiens. Les personnes accoutuméesà respecter ses décisions , n’ont point trouvé à redireque le Père le Brun ait conclu que la Comédie étoitmauvaise , parcequ’elle étoit défendue ; persuadées quel’Egliíê ne î’auroit jamais condamnée , II elle l’avoit ju?gé innocente.
Cependant cette induction n’a point été goûtée parun homme d’esprit, dont j'estime les talens, & qui dansun extrait peu avantageux , a donné de cet Ouvrageune idée différente de ce qu’il est. Au lieu de considé-rer que le Père le Brun s’est proposé de décrire les dif-férens genres de spectacles usitez depuis Rétablissementde la Religion chrétienne, & de rapporter les senti mensdes Docteurs de l’Eglise , il a envisagé tous les faits,comme autant de preuves qu’on alléguois contre la Co-médie moderne. U me permettra encore de lui direqu’il n’a pas bien pris la pensée du Père le Brun danscet endroit, où il veut qu’on tolère ceux qui vont auxspeélacles ; cela signifie visiblement qu’il ne faut pas les/ envelopper dans l’Anathème lancé contre les Comé-diens ; car c’est de cette tolérance dont il s’agit dans laPréfacé ; & pour cela , l’Auteur cite un très beau pas-sage de Saint Augustin sur la tolérance en général. J’enprendrai seulement ce qu’a détaché le Journaliste , pourlui faire voir la justesse du raisonnement du Père leBrun. Si, selon Saint Augustin, Aaron a toléré lamultitude qui s'oublia jusqu’k demander une Idole , k lafabriqtíer st k l’adorer , fi j e s u s-C h r i s t a toléréJudas; à plus forte raison l’Eglife doit tolérer ceux quivont aux spectacles. C’fft la conséquence naturelle quirésulte de ce principe ; & toute autre interprétation estfausse. L’équité & la sincérité ne permettent donc pasde faire dire au Père le Brun , qu’il prétend que l’Eglisedoit tolérer ceux qui vont auxspeélacles , „ comme Aa-„ ron toléra la multitude qui s’oublia jusqu’à demander„ une Idole , à la fabriquer & à l’adorer , & comme,, J e s u s-C h r 1 s t a toléré Judas ”. Pourquoi af-fecter de ne pas dire que le Père le Brun justifie la pra-tique de l’Eglise , de ne point excommunier ceux quifréquentent les Théâtres, par un principe général de S.Augustin ? C’est de quoi il est question , & non d’unparalelle étranger, qu’on fait en prêtant au Père le Brunquelques paroles de Saint Augustin , qu’on affecte en-core de ne pas nommer. Mais ce n’est pas ici le lieude relever tout ce qu’il y a de repréhensible dans cetExtrait. Le Journaliste auroit dû s’attacher plutôt àdétailler les différens divertissemens comiques, & à mar-quer ceux qui avoient été foufferts ou condamnez parl’Eglife. Son Extrait eût été plus curieux , & plusconforme au but de l’Auteur ; & s’il avoit voulu exer-cer utilement fa Critique , il auroit pu remarquer deuxou ttois fautes , que des personnes habiles m’ont indi-quées. -
L’Ecrivain de la lettre imprimée dans le Mercured’Octobre T 7$ 1 , & dont j’ai déja parlé , s’est princi-palement élevé contre le Traité Historique & Dogma-tique des jeux de Théâtre. Il a pris bonnement tout
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ce qu’on y dit, comme autant d’argumens contre la Co-médie moderne ; & fans se donner la peine de lire cetOuvrage , il a répété tout ce qu’avoit déja dit le PèreCaffaro. C’est ce qu’il pouvoit faire de mieux ; car sicet anonyme est le même qu’on m’a nommé , il a saitun trait de prudence d’être le copiste de ce Religieux :car de lui-même , il eût raisonné encore plus pitoyable-ment. Il a été attaqué avec tant de force par le Con-seiller au Parlement de Grenoble , dont j’ai déja parlé,qu’il est inutile de mettre dans un nouveau jour les bé-vues de ce faux Critique.
L’étude deil’Histoire Ecclésiastique conduisit le P.le Brun à celle de la Chronologie. II publia en 1700.un Estai de la Concordance des tems , avec des Tablespour la Concordance des Eres & des Epoques , dans lequelon peut voir d’un coup d’œil , par le moyen des Colomnes ,l'accord ou la différence des Epoques , in 4. Ce t» o j etfut extrêmement applaudi. La foi blesse de fa vue nelui permit pas de porter cet Ouvrage à fa dernière per-fection ; les matériaux qu’il avoit rassemblez , il les aliguez par son testament à un Ecclésiastique qui avoitété autrefois son copiste. Ils sont passez ensuite en d’au-tres mains.
Au milieu de tant d’occupations, le P. le Brunn’ou-blia point qu’il avoit annoncé un (a) Traité du discer-nement des effets naturels d’avec ceux qui ne le fontpas. Il donna plus qu’il n’avoit promis, en publiantson Histoire Critique des Pratiques Superstitieuses , quiont séduit les Peuples st embarrajfé les Savans , avec laMéthode st les principes pour dijeerner les effets naturelsd'avec cèux qui ne le font pas , in 12. à Rouen chez laveuve Behourt 1702. Cet Ouvrage fut présenté à l’A-cadémie Royale des Sciences, qui chargea Messieurs deFontenelle , du Hamel, Gallois, Dodart, de la Hire,
6 le Père Mallebranche d’en rendre compte à la Com-pagnie. On voit à la tête du Livre le jugement favo-rable de ces Académiciens. 11 fut aussi approuvé parde célèbres Docteurs , d’une maniéré avantageuse àl’Auteur & à l'Ouvrage. Si , selon l'usage des Com-pilateurs , je voulois rapporter ici tous les éloges avan-tageux qu’on en a faits, j’aurois bien des choses à trans-crire ; mais ces sortes d’éloges seroient un peu dépla-cez.
Lè Père le Brun après avoir discuté en Philosophedans quelques lettres, les différens systèmes fur la Ba-guette , a donné dans ce dernier Ouvrage tout ce qu’ily a d’historique fur cette matière ; & pour remplir letitre de son Livre , il s’est étendu fur de célébrés su-perstitions qui ont embarrassé les Savans. Ainsi c’estune erreur de croire que cet Ouvrage est une secondeEdition des Lettres qui découvrent l'Iiluston des Philoso-phes fur la Baguette. Pour peu qu’on veuille les com-parer , on verra qu’ils font différens. D’ailleurs le P.le Brun renvoyé à ses Lettres, dans l’Hsstoire critiquedes Pratiques superstitieuses. On peut consulter là-des-sus (b) la lettre du Conseiller au Parlement de Greno-ble.
Je ne dis rien ici de la seconde édition de cet Ou-vrage , pareeque dans ma Préface j’ai donné un précisde ce qu’elle contient ; & c’est tout ce qu’il convientd’en dire.
Quelque tems après, M. l’Abbé Bignon, le père 8cle Protecteur des Savans, ayant excité le Père le Brunà écrire fur la Liturgie , ce Savant parcourut en 1714.les Archives de plusieurs Eglises de Flandre & d’Alle-magne , & en 1717. il visita une partie de celles de laFrance. Il faisoit copier avec soin différens morceauxdes Manuscrits qui convenoient à son dessein , 8c mar-quoit la datte & les titres des Manuscrits. Protégé parles Ministres des affaires étrangères, il sit venir de Ro-me , du Levant , & de divers autres Pays un grandnombre de Mémoires fur les Liturgies. II s’étoit pro-posé de 'publier dix Volumes in 8. fur cette matière ;
mais
(«) Lettres fur l’illusion des Philosophes,
(ò) Nouvelliste du Parnailc.
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