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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DISCOURS w

S U R C E T

OUVRAGE.

A MESSEIGNEURS les Cardinaux, Archevêques & Evêques

de l'Eglise de France.

MESSEIGNEURS,

L E discernement de ce quil faut permettre, ou inter-dire aux Peuples, appartient aux Pasteurs de lE-glife ; Sc par une fuite assez naturelle , tout ce qui peutcontribuer à ce discernement, doit auffi leur appartenir.Cest dans cette vue, MESSEIGNE U R S , queje prens la liberté de vous présenter cette Méthode pourdiscerner les effets naturels davec ceux qui ne le fontpas, Sc que j'expose avec un profond respect les motifsqui mont porté à travailler à cet Ouvrage. La pratiquequi devient tous les jours plus commune , de découvrirplusieurs choses cachées avec une Baguette , en a été lapremière occasion. Qiielque .lieu quon ait eu de se dé-tromper cet usagé , par les impostures quon y a puremarquer, des Savans ont été arrêtez par des expérien-ces, il ne paroit rien que de Physique.' La décou-verte de s eau & des métaux leur a paru un fait tropconstant pour le révoquer en doute, trop commun pourcraindre la fourberie , & trop simple pour le croire su-perstitieux. On a su quon sen sert communément enFlandres & en Allemagne pour découvrir les mines, &quert sept ou huit Provinces de France plusieurs person-nes sen fervent pour trouver de leau. On sest dailleurspersuadé que de tout tems le coudrier avoit servi à in-diquer les sources, fans que personne y eût trouvé à re-dire , & comme il est difficile de comprendre quuneBaguette qui demeure immobile entre les mains de biendes gens, íè torde cependant avec violence entre les mainsde quelques personnes, pour indiquer leau & les mé-taux , la plupart ont cru que cette difficulté étoit dunombre de celles dont on nosc espérer le dénoue-ment.

Sur cet embarras, MESSEIGNEURS, quel-ques personnes ont voulu que jécrivisse ce que j'enpensois, à cause que javois déja donné quelque cho-se sur cette matière , que la question nétoit pas en-tièrement éclaircie, Sc quil est important pour la Re-ligion de ne pas négliger des faits , lesquels sils sontcertains & naturellement impossibles , doivent servir àprouver lopération des Intelligences que de prétendusEsprits-forts osent nier. Jai donc examiné l'usage dela Baguette, jen ai cherché lorigine, & jai vu quela découverte de leau avec le Bâton de coudrier,quon croit être dun tems immémorial, nest en usa-ge que depuis soixante ans , & quau contraire on sesert de la Baguette depuis plus de deux mille ans ,pour deviner lavenir & les choses les plus cachées.Jai observé que la Baguette trompoit aussi souventque les autres divinations , dont lEcclésiastique parle(b). Plus jai vu de Traitez qui exposent les pratiquesde divers Pays , plus jai découvert de marques sen-sibles de superstition ; & jai observé que le secretréussissoit à diverses personnes suivant leurs désirs

(a) Ce Discours servoit dEpitre Dédicatoire dans la premièreEdition de cet Ouvrage.

(b) Vana spes ... a mendace quid verum dicetur ? Diyinatioerroris Sc Auguria mendacia. Ecel. 34.

& leurs intentions ; & quainsi ces prétendus ef-fets naturels dépendoient de causes libres. Jai remar-qué surtout des variations Sc des contradictions visi-bles, incompatibles assurément avec les Loix constan-tes de la Nature; & jai reconnu la vérité de ce quedit S. Augustin quil y a des causes intelligentes, quipour séduire les hommes & lier quelque commerce aveceux , saccommodent à leurs désirs, & font réussir di-versement certaines pratiques, qui delles-mêmes ne pro-duiraient aucun effet. Ce sont, MESSEIGNEURS ,les réflexions, qui développées , font une partie du Li-vre que pose vous présenter. Sil paroissoit soutenu devotre autorité , on pourroit espérer de voir cesser despratiques , qui fous des dehors spécieux mènent à plu-sieurs désordres. II nappartient quaux Successeurs desApôtres de sopposer avec succès, au progrès des supersti-tions. Les raisonnemens des Philosophes nen sauroientvenir à bout, parceque tout le monde nest pas Philoso-phe, & que plusieurs personnes accoutumées à disputerfur toutes choses, trouvent toujours le moyen déluderles meilleures raisons, Sc de faire durer les disputes. Com-me la plupart nont de la Physique que des idées fortconfuses, il y aura toujours des gens qui simaginantvoir ce quils ne vóyent pas, croiront pouvoir expliquerles choses les plus inexpliquables. Les Talismans, lesAnneaux constellez , lAstrologie Judiciaire, & tantdautres pratiques justement condamnées par lEglisc ,nont pas manqué de défenseurs ; & lorsque la Philoso-phie découvre le ridicule des usages superstitieux, il setrouve toujours des esprits qui les révèrent comme deseffets surnaturels, comme des grâces extraordinairesquèDieu fait à quelques personnes, ou à cause de leur pié- , ou pour lutilité publique. Au neuvième siécle,lorsquon recourait communément aux épreuves de leaufroide Sc de leau bouillante, pour discerner les innocensdavec les coupables, quoique quelques Auteurs distin-guez , tels quAgobard de Lyon, condamnassent cettepratique , le savant Hincmar de Reims entreprit de lasoutenir dans le Traité du Divorce de Lothaire & deThiethberge. Cette superstition sut encore sort commu-ne après Hincmar. Elle sest renouvellée depuis cent ansen beaucoup de Pays ; & les faits tout récens qui sontarrivez en divers endroits de Bourgogne, ne permettentden espérer labolition entière que par les soins deMesseigneurs |les Evêques. Ce nest que par leurvigilance Sc Sc par leur autorité quon a vu cesserune infinité d'usages superstitieux , que la Philoso-phie des Arabes avoit introduits en Occident au XII.& XIII. siécles. Guillaume de Paris, Guillaume dAu-xerre, & Etienne de Paris, sy appliquèrent avec beau-coup de zèle & de prudence. La Faculté de Théologiede Paris fit aussi plusieurs Dectets quon trouve dansGerson & dans du Boulay ; & il ne sest presque pointtenu de Concile particulier , qui nait proscrit quelquepratique superstitieuse. Mais il en reste encore qui se ca-chent, les unes fous un prétexte de Religion, & les au-tres sous une apparence de Secrets Physiques. Lusegede la Baguette a pris ces deux faces , & jl nest peut-

être