DISCOURS SUR LES SUPERSTITIONS.
être aucune pratique superstitieuse qu’on ait osé portersi loin- On a vu des Juges donner des commiffions enforme pour arrêter comme criminels, ceux que la Ba-guette indiqueroit. On a osé décider de l’honneur desfilles & des femmes ; & l’on n’a pas craint d’accuser pu-bliquement de divers crimes des hommes de réputation, & de mérite , fur les prétendus indices de la Baguette.
On y a eu recours pour découvrir les bornes cachées,pour terminer les différends que les séparations des fondsavoient fait naître , pour trouver les voleurs, les chosesperdues ou dérobées ; & ces usages étant plus communsen Dauphiné qu’ailleurs, Monseigneur (a) le Cardinalle Camus s’est cru obligé de les défendre dans son Dio-cèse , sous peine d’excommunication. En cent autresrencontres on a consulté des hommes à Baguette, com-me on auroit autrefois consulté les Devins ; & ce qu’oncroyoit étouffé , & qui m’avoit fait résoudre à ne paspublier cet Ouvrage, se renouvelle actuellement en plu-sieurs Provinces de France , suivant plusieurs Lettresqu’on a vues à Paris depuis quelques mois.
J’espére , MESSEIGNEURS, que vous nedesaprouverez pas la liberté que je prens de vous le re-présenter. ' Plusieurs Conciles de France ordonnent auxPrêtres , de dénoncer aux Evêques ou à leurs Offi-ciaux , les pratiques superstitieuses qu’ils auront remar-quées. L*Assemblée générale du Clergé, tenue à Me-lun en 1579, & divers Conciles plus récens ont repou-
(*) Ordonnance de 1690—Mandemení du 14. Février 1700.
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vellé les anciens Canons contre toutes les espèces de Di-vinations. En tout tems l’Eglise de France a sait pa~roitre beaucoup de zèle pour abolir ces pratiques ; &s’il faut apprendre les moyens nécessaires de faire cessercelles qui restent encore , à qui peut-on s’adresser qu’àtant de Prélats si attentifs & si sensibles à tout ce quipeut blesser la pureté de la Religion véritable ? JamaisEglise ne s’attira tant d’éloges depuis les premiers sié-cles que celle de France , & jamais peut-être elle ne lesmérita mieux qu’à présent. Que de discernement &de lumière dans les Décréts de la dernière Assemblée !Que de pénétration , de sagesse , & de force dans lesOrdonnances (b) fur la Grâce, fur l’Amour de Dieu Scfur divers autres sujets importans, qu’on lit avec admi-ration dans toute l’Europe ! Avec combien de prudence& de zélé voit-òn maintenir dans les Diocèses la puretéde la Foi & les régies de la Discipline Ecclésiastique ?
Quelle profondeur de doctrine dans ce célébré PrélatM. Bossuet , dont la savante plume toujours utile auxfidèles , & toujours fatale à Terreur , a enrichi TEgliíède ces excelleras Ouvrages, qui rendront son Nom im-mortel ! Fleurisse à jamais cet illustre Clergé, qui don-ne tant de marques de son zélé & de la science des Saintsdont il est rempli ; qu’il inspire à tous les Membres deT Etat les sentimens d’une piété sincère & solide ; &qu’il attire sur ce Royaume les grâces & les bénédictionsdu Ciel. Je fuis avec une vénération profonde,
“ {b) Ordonnances de Paris 8t de Reims.
MESSEIGNEURS,
Votre très humble, & trèsobéissant servi:eur, ***•
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