DES SUPERSTITIONS. Cl
Martin de Arles Archidiacre de Pampelonne, O) qu’ilsont été appeliez Egyptiens , ou à cause que ç’ont été lesEgyptiens , peuples extrêmement superstitieux , qui lesont marquez les premiers , ou à cause des neuf playesque Dieu envoya fur l’Egypte, & de la défaite de Pha-raon Roi d'Egypte qui fut englouti dans la mer-rougeavec loute son armée. Car d’ordinaire on nommoit mal-heureux ou noirs, (b )les joursausquels on avoir souffertquelque perte considérable.
C’est donc un grand mal dans la pensée de S. Augus-tin j que d'observer les jours & les mois, les saisons &les années , & que de s’imaginer qu’il y a des tempsplus heureux de foi les uns que les autres.
Voilà pourquoi le 4. Concile de Carthage en 598.
5, (c) ordonne que l'on chasse de l'assemblée des Fide-„ les ceux qui observent les Superstitions & les Fériés„ Judaïques " , de la maniéré que les Juifs les obfer-voient, fans en considérer les raisons Sc les significa-tions.
L’Auteur du Sermon des Pagures, (d) que S. Boni-face Archevêque de Mayence croit être S.'Augustin (e) ,
„ ne veut pas que l’on ojpferve à quel jour on fort de„ la maison , ni à quel jour on y rentre, parce que,à, comme l’Ecriture le témoigne , Dieu a fait tous les,, jours.
Le Synode de Rouen que l’on croit avoir été tenudu temps du jeune Clovis , dit Anatheme à ceux quiobservent les jours, la Lune, les mois & les heures (f).
S. Eloi Evêque de Noyon parle de la même maniéréà fespeuples (g): „ Qu’aucunChrétien, dit-il , n’ob-í, serve à quel jour il sort de chez soi, ni à quel jour il„ y revient, pàrce que Dieu a fait tous les jours. Ne„ vous attachez ni au jour, ni à la Lune, lorsque vous,» vodlez commencer quelqu’ouvrage.
Le Pape Nicolas I. dit aux Bulgares (h ), „ Qu’ilsss ne doivent observer aucuns jours, soit pour commen-■» cer quelqu’entreprise, soit pour faire quelqu’autre,, chose , sinon les jours de Dimanches, & de Pestes;,, & qu’ils ne doivent point mettre leur espérance dans», les jours , mais seulement en Dieu. II leur dit aussi„ íf) , que l’observance des jours & des heures est une,, des pompes & uue des œuvres du Démon , aufquel-» les nous avons renoncé dans nôtre Baptême.
S. Thomas expliquant l’Epître aux Galates parle ain-si (k) ; „ Vous observez les jours heureux & les jours„ malheureux, les mois, les saisons & les années, c’est-,, à-dire les constellations & le cours des corps celestes,„ & il est constant que toutes ces observances viennent„ de l'Idolatrie , & par conséquent qu’elles font mau-,, valses & contraires au culte de la Religion Chrétien-„ ne, d autant que la difference des jours, des mois,„ des faisons & des années se prend du cours du Soleil,, & de celui de la Lune. Ainsi ceux qui observent„ cette difference honorent les corps celestes, & règlent,, leur conduite Sc leurs actions fur la disposition des,, Astres , qui ne peuvent faire aucune impression di-„ recte fur la volonté de Vhomme, ni fur cequidepend„ de fa liberté. D’ou il arrive qu’ils s’expoíent à un„ g^nd danger. C’est pourquoi 1 ‘Apôtre dit; J’ap-„ .préhende , &c. Ainsi il faut que les Fideles évitent„ toutes ces observances.
Le Synode d’Ausbourg en 1548. (/) „ veut que
k») Tract, de Superstitionîb.
(L) Ainsi qu’Ovide le dit des Romains;
Jll'u nam Roma âiebusDamna fui adverso trifiia Marie tulìt 1 .
(e) Can. 89.
{d) Serm. 141. de temp.
(r) Epist- ad Zachar. Ro. Pont. c. 6 .
(f) C. i; Si quis in Calendis Jenuariis aliquid fècerit quod àPaganis inventum est, £c dies observât & lunam 8c menses 8c ho-raram effeftivâ potentii aliquid sperat >n melius aut in deteriusverti, anathema sit.
(g ) L. 1 Vit. c. 15.
(h) Ad Consult. Bulgar. art. 34.
(i) Ibid. art. 3 j-,
(fc) in c. 4. Lect. 4.
(f) Stat. 19.
„ l’on refuse la Communion à tous ceux qui rejettent„ certains jours, & qui s’arrêtent à ces sortes de folies„ contraires à la foi des Chrétiens , aux Commande-„ mens & aux Canons de l’Eglìse.
Monliic Evêque de Valence & deDie (m), veut aussi„ que l’on en use de même à l'égard de ceux „ qui„ par une coutume superstitieuse & magique observent„ les jours, les nuits, & les heures, comme si un cer-„ tain jour , ou une certaine heure pouvoit changer la„ vertu des Plantes, ou leur donnerae nouvelles facul-„ tez & de nouvelles forces.
Le 1. Concile Provincial de Milan en en 1655. (n)
„ ordonne aux Evêques de punir tous ceux qui dans,, l’entreprise, dans le commencement, ou dans le pro-„ grés d’ún voyage ou de quelqu’autre affairé, obfer-„ vent les jours, les temps & les momens.
Jean François Bonhomme Visiteur Apostolique &Evêque de Verceil, défend (0) „ de cueillir de la fou-„ gere ou de la graine de fougere à certain jour ou à„ certaine nuit particulière , dans la pensée qu’il seroit,, inutile d’en cueillir en un autre temps; Et il ajoûte;
„ S’il fe trouve quelqu’un qui pratique cette Supersti-,, tion, qu’il soit feverément puni selon la grandeur de„ sort crime , & selon qu’il plaira à l’Ordinaire des„ lieux.
Le Concile Provincial de Bourdeaux en 1585. (p)recommande ,, aux Curez de reprendre ceux qui s’ima-„ ginant qu’il y a des jours heureux & des jours mal-„ heureux ,. observent les temps &• les momens, pour„ entreprendre, ou pour achever leurs affaires.
Les Statuts Synodaux de Sens en 1658. (§) & ceuxd’Evreux en 1664. (r) condamnent ,, les preferences„ ineptes de certains jours ou certains mois, soit pour, j les mariages, ou pour les autres affaires, comme si les,, uns étoient heureux & les autres malheureux.
Enfin les Statuts Synodaux d’Agen en 167;. (§)
déclarent que „ ce sont des restes du Paganisme & d®„ lTdolatrie & des inventions du Démon, que les dis-„ tinctions des mois & des jours heureux ou malheu-,, heureux pour le mariage, aussi bien que de cueillir„ ou de porter des herbes fur foi certains jours ou certai-„ nés heures.
Ainsi on ne peut, fans violer les Loix de l’Eglise, &sans tomber dans la Superstion,
Soutenir qu’il y a des jours heureux & des jours mal-heureux pour faire certaines choses , comme sont lesjours des Festes de S. Jean & de S. Paul, de S. Mar-tial, des Innocens, & de la Translation de S. Martin;comme, par exemple, qu’il ne faut pas se baigner pen-dant la canicule, le joUr de sainte Anne , le jour de S.
> Jacques le Majeur , ni le jour de la Magdelaine, parceque ces jours sont périlleux ; ou qu’il ne faut pas bastir ,ni envoyer les enfans à f Ecole à certains jours que l’oncroit malheureux.
Ne pas vouloir fe marier le Mercredy, ni dans le moisde Mai, ni dans celui d’Août, pour les ridicules rai-sons que l'on en allégué d’ordinaire.
Refuser de travailler, découdre, défiler, certainsjours de la Semainé, comme les Jeudis ou les Samedis,de peur , dit-on , de faire foufrir le Fils de Dieu, defaire pleurer la sainte Vierge, ou de s’attirer quelquemalheur, (t) S. Augustin donne le nom de Sacrilege àcette Superstition , & menace de la damnation eternelleles personnes qui la pratiquent. S. Eloi la condamne ences termes : (#) „ Ne passez point le Jeudi dans Foisi-„ veté ni pendant le mois de Mai, ni dans un autre„ temps , à moins qu’il n’arrive ce jour-là quelque„ feste.
Ne
(m) In Reformât. Cleri Valent. 8c Diens. c. 17.
(») Conflit, p. t. tit. 10.
(0) In Decret. Visitât, tit. de Superstition.
(p) Tit. 7.
(5) Tit. des coutumes abus. n. 6,
(r) Tit. 8c n. eod.
I') Tit. 39,
(t) Serm. ny. de temp.
(h) Lib, ». Vit. c. if
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