Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
109
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS. io 9

Ceux qui se dise ut de k race de S. Martin prétendentguérir du mal-caduc , en observant les cérémonies sui-vantes. Le Vendredi-Saint un de ces Médecins prendun malade , le mene à ladoration de la Croix , la baiseavant les Prêtres & les autres Ecclésiastiques, & jetteun fou au bassin ; le malade baise la Croix après lui,prend le fou quil a mis au bassin & en met deux à 1aplace , puis il sen retourne , il perce ce fou & le portependu ì son cou. Mais si ces observances ne font vai-nes , je nentens pas bien ce que cest que vaine obser-vance , quobservance des sa n te t, quobservancc des cho-ses sacrées , quobservance des jours & des terns. Pourpeu qu'on applique ce que nous avons dit ci dessus deces quatre observances, à cette méthode de guérir lemal-caduc , il fera facile de reconnoître quelle est su-perstitieuse pour plusieurs raisons.

Je nai jamais creu que ce que lon attribue à ceuxqui font de la Maison de Coutance dans le Vendômois,fût véritable , savoir quils guérissent les enfans ds 1amaladie appellée le Carreau , en les touchant, [ai tou-jours été persuadé au contraire que cette guérison étoitou imaginaire ou superstitieuse. Ainsi j'estime que cestavec justicç que Baronius (a) se mocque de la supersti-tion des femmes & des païsans d'Allemagne, qui, pourhonorer Waldemar , Roi de Dannemarck , lui presen-toient leurs enfans , dans lesperance que sil les tou-chent ils seroient heureux , & auroient une bonne édu-cation , & lui donnoient à jetter de k main droite desgrains quils dévoient semer , dans !a pensée quils vien-draient mieux.

Je sçai un Jardinier Provençal, qui se mêle de gué-rir les cors des pieds en les touchant & en disant quel-ques prières, & qui assure que tous ceux de fa famille,& quelques autres familles de Provence ont le mêmepouvoir. Mais comme ni lui, ni ce quil fait, ni cequil dit, nest point approuvé de lEglise , j'aimeraismieux porter toute ma vie des cors aux pieds, si jenavois, que de me les faire guérir par son ministère, queje croi absolument un ministère de superstition.

Il nen est pas de même du pouvoir quont les Roisde France de guérir les écrouelles par le seul attouche-ment , en disant à chaque malade, Le Roi te touche , &Dieu te guérit , & en faisant le signe de k Croix surlui. Car il est hors de doute , que ce pouvoir est unegrâce gratuitement donnée , quils reçoivent du saintEsprit, & qui est reconnue par le témoignage non-seu-lement des François , mais même des Etrangers , com-me de Léonard Vair (h) , de Valdesius (c) , du (d)P. Delrio dAnvers, qui avoit été Conseiller au Con-seil Royal de Brabant , Auditeur ou Juge général delArmée Catholique , 8c enfin Vicechancelier de Bra-bant avant que de se faire Jésuite , & de plusieurs au-tres. LAuteur (r) du Livre intitulé Mars Gallicus ,quoique très-injurieux à 1a France & à nos Rois Très-Chrétiens, nest pas disconvenu de cette vérité , toutFlamand quil étoit & sujet du Roi d'Espagne. Onpeut voir cette matière fort amplement traitée dans leLivre de du Laurent, De mirabili flrumas fttnandi vifolis Galliœ regibus Chriflianifsimis concejfa. Monsieur dePriezac Conseiller dEtat ordinaire , en a auffi parlédans le Traite qui a pour titre , Vmdic'uz Gallica adver-sus Alexandrum Patricium Armachmum Theologum , &dEspeisses , Président au Parlement de Paris, dans son(f) Energumcnicus .

(«) Tom. 12. Annal, ad an. 1162.

(L) L. 1. c. 11. & 1 . c. 6.

(c) L. de dignitate Regum. Scc. tîispanise.

(d) L. 1. Disq. Magic. c. q. 4.

(0 Patrìtim Armttchmus , qui est Jansenius. Au restegré ces autorités , st fera toujours permis de douter de lade la guérison.

(J) Pag. >54 Sc ïff. Ed. anm - 57 --

CHAPITRE V.

Réfutation des vaines excuses quapportentordinairement ceux qui consultent lesDe-vins , qui font venir les Sorciers ou lesCharmeurs chez eux pour ôter les rnalescesou les charmes , qui portent desPréserva-tif s , des Ligatures ou des Brevets , ère.qui disent ou qui font dire des Oraisonsfour guérir les autres ou pour fe guérir eux-mèmes de leurs maladies , & qui se ser-vent d'autres pratiques superstitieuses,Avec combien de foin les Ecclesastiquesdoivent veiller , afin de déraciner ces pra-tiques.

M A i s avant que de finir cet Ouvrage , il nefaut pas oublier à réfuter ici les impertinentesraisons & les vaines excuses qualleguent pour lordinai-re ceux qui consultent les Devins , qui font venir lesSorciers ou les Charmeurs dans leurs maisons , afin derompre les maléfices ou dóter les charmes quon peutleur avoir faits ; qui portent des Préservatifs , des Li-gatures , des brevets, des caractères, des ceintures, desanneaux, des Talismans ; qui cueillent des herbes àcertaines heures & à certains jours ; qui gardent des tsesons & des cendres en certains tems ; qui disent ou quisont dire des paroles ou des oraisons , pour guérir lesautres, ou pour fe guérir eux-mêmes, de leurs mala-dies ; enfin qui se fervent de quelquautre pratique su-perstitieuse.

I. Ils sexcusent sur ce que sils neussent consultéles Devins , sils neussent fait venir chez eux les Sor-ciers & les Charmeurs, &c. ils eussent été réduits à kmendicité, à k derniere misere.

Une objection si misérable & si indigne dun Chré-tien , ne mériterait pas de réponse (g). Néanmoins envoici deux quon peut faire. La premiere , que lors-que Dieu nous afflige de k pauvreté & de la perte desbiens de k terre , nous devons nous consoler par cesparoles de lApôtre saint Jaques , qui dit (h) : Dieun a-t-il sas choijï ceux qui étoient pauvres dans le mondepour être riches dam la foi & heritiers du Royaume quila promis a ceux qui /aiment ? La seconde , quil vautmieux être pauvres , & conserver k foi , que d'êtreriches en k perdant , parce quen k perdant, nous per-dons tous les biens de Pâme, & toute Pesperance de nô-tre salut ; au lieu quen la conservant nous conservonsle plus riche de tous les trésors, selon lexpreffion de S.Ambroise (i).

II. Ils disent que souvent les pratiques superstitieu-ses font accompagnées de quantité de choses saintes &honnêtes , comme sont les jeûnes, les veilles, les priè-res, les aumônes , les Confessions, les Communions ;les Messes , les mortifications , 8c les autres exercicesde pieté, & que cela les rend exemptes de péché, auísi-bien que ceux qui les observent.

Mais Gerfon (f) , leur fait faire cette réponse parun bon Catholique , Que plus 1a superstition est mêléede bonnes choses , & plus elle est criminelle, dautantquelle fait honorer le Diable par ce qui dévoie servir à.honorer Dieu.

II leur répond auffi lui-même, (l) que cest princi-

» pa-

(j) Suivant ces avis du Sage , Prov. 2 6. Ne relpondeas stultojuxta stultitiam íùam , ne efficiaris ei fìmstis,

(b) Ep. Cath. c. 2 .

(i) Lib. ;. de Virginib. O thesauris omnibus opulentior fi-des!

(k) In Trilogie Astrologie Theologizat* propos. 21 . Respon-debat unus vere & Catholicè, Superstitionem tanto pejorem esté,quanto plura miícentur bona , quoniam unde deberet honorariDeus, honoratur Diabolus.

(0 Tract, de errorib. circa artem magie. &c. dicta z.

Ee