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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE CRIÎ IQ.U Ë

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pêche d’házarder de frivoles explications fur ceux dontnous ne sommes pas assurez.

Rien n’est plus singulier que ce qu'on dit d’un petitpoisson nommé Remore, qu’il arrête tout court un vais-seau voguant à pleines voiles. Aristote , Pline, Plutar-que, Elien, & plusieurs autres en parlent un peu diver-sement & fur des oui-dire, mais fans révoquer en doutequ’il n’arrête tout court le vaisseau.

Toutes choses bien considérées, on peut assurer quecela n’est jamais arrivé , & il n’est pas difficile de voirl’impoffibilité de cette prétendue merveille. Le sens com-mun montre qúe de deux forces extrêmement inégales ,la plus forte doit l’emporter ; & il est clair que la forced’une galère qui vogue, ou d’un vaisseau poussé par ungrand vent, est incomparablement supérieure à celle d’unfort petit poisson. Cependant les Philosophes n’ont pasparu embarrassez de trouver la cause de ce prétendu fait.

Les Péripatéticiens (a) , tels que les Conimbres &les autres Physiologistes de l’école , recourent a leurméthode ordinaire , & fans faire de grandes recherches,jls nous apprennent que cela fe fait par une qualité oc-culte qui amortit l’activité du vaisseau. Aldrovand (b ),dans son Traité des poissons , Gaspard Schot dans faPhysique curieuse , & divers autres font assez contensde cette raison. Suarez admet cette qualité occulte, &pour la rendre plus efficace, il voudroit y joindre unpeu d’influence céleste (c).

Jules Scaliger en ses exercitations fur la subtilité con-tre Cardan , relève cette qualité occulte par les plusgrands principes II remarque qu’il y a des Corps (d) ,qui par devoir font toujours immobiles, comme les pô-les; qu’il y en a d’autres qui font immobiles à cause dulieu qu’ils occupent, comme cette partie de la terre quiest au centre , & qui ne remuera pas naturellement ;qu’il y a au contraire des corps qui par devoir font mo-biles, comme le ciel ; qu’il y en a d’autres qui font mo-biles à cause de leur situation, comme les fleuves; qu’ily en a de même qui en peuvent remuer d’autres, com-me fait l’aiman, & qu’il y en a qui ont une vertu tou-te opposée ; tels font tous ceux qui peuvent arrêter lemouvement des autres, & telle est la Remore. A quoiil ajoute que , comme on ne peut pas dire pourquoi lefroid & le chaud font contraires , de même on ne peutpas dire pourquoi la Remore a une vertu, contraire aumouvement du vaisseau.

D’autres Philosophes, que nulle difficulté ne peut ar-rêter , ont voulu faire toucher au doigt la cause physi-que d’un tel prodige. Comprenez bien, dit Zara, ceque peut le combat des premières qualitez, & vous ver-rez tout d’un coup la cause du mystère. Le vaisseau al’humidité en partage , le Poisson excelle en sécheresse.Le sec est plus actif que l’humide, n’est-t-il donc pasclair que la qualité du poisson doit vaincre la qualité duvaisseau, & par-conséquent l’arrêter ? De peur d’étretrop long , nous passons quelques autres systèmes quiont été faits pour expliquer cette merveille , ou plutôtcette fable.

Les Voyageurs moins subtils que tous ces Philoso-phes dont nous venons de parler, ont observé que laRemore est un petit poisson nommé à présent Succet,qui par la figure de íâ peau s’attache facilement au vais-seau , & que s’il s’en trouve une grande quantité, il

(a) L. 7. Physic. 1.

(b) L. 3. de Pise.

(c) Non dubium est quin ex virtute mirabili proveniat, adju-vante fortaíTe speciali aliquâ 8c connaturali influentiâ Cîeli. Suarez.dì sp- >8. Secl. 8.

(«) Neque verò sine subtilitate sunt h*c prœtereunda. Propterofficium sunt immobilia quaedam semper, ut poli. Qucedam ratio-ne loci, veluti terras pars, quae incentro est. Nunquamenimrno-vebitur naturaliter. Contra officio qucedam semper mobilia, utcœ-ium. Quœdam naturâloci, ut flumina. Ita quibuídam eílemoven-di potestatem, ut magneti. Aìiis contrariant facultatem. Videlicetejusmodt sent, qu* motu privant, ut Echeneis. Ratio autem inprincipiís- Quia iicuti quies 8c motus sent contraria, sic sent fo-rum efficientes qusedam causa: contraria;. Neque reddi potest ratiocur calori frigus adversetur. Sic ne in illís quidem. Jud. Scalig. deSubtil , /. if. exercìt. 218. ». 8.

l’empêche de couler légèrement fur les eaux (e).

Si ce qu’on a rapporté de la Remore n’est pas vrai,il a au moins quelque fondement. Il n’en est pas demême de plusieurs faits qu’on a débitez comme vrais,& qui font absolument faux. Solin a écrit qu’on nevoit presque jamais d’oifeaux en Irlande , qu’il n’y apoint d’abeilles , & que si l’on porte de ce Pays en unautre de la poudre ou de petites pierres, & qu’on lesrépande autour du lieu où les ruches font placées, lesessains abandonnent le lieu. On lit la même chose dansles Origines d’Isidore L 14. c. 6 . Voilà une terre bienpernicieuse à des animaux qui sont des ouvrages si beaux& si utiles. Faudroit-il examiner d’où vient cette mali-gnité de la terre d’írlande? Non, il n’y a qu’àdire quec’est une fable. On trouve en Irlande beaucoup d’oifeaux& beaucoup d’abeilles. Waraeus nous l’apprend (f) dansses Antiquitez, ou il réfute les erreurs & les fictionsde plusieurs anciens écrivains , & où il dit : Avibus &■apibus abimdat Hibernia, contre ce qu’a dit Solin copiépar Saint Isidore.

Eri parlant des oiseaux d’Irlande , nous ne devonspas oublier ce qu’on a dit de ces espèces d’oifons ou ca-nards qui font en si grand nombre en Irlande, en Ecos-se, & dans toute l’Angleterre. On les nommç du motgénérique, Anjeres ; on leur donne d’autres noms par-ticuliers, & nous les appelions Macreuses. Les nomsne font rien à notre dessein. Ce qui nous intéresse,c’est qu’un grand nombre d’Auteurs ont assuré que cesoiseaux sont produits fans œufs & fans accouplement.Quelques uns (g) les font venir des coquilles qui fetrouvent dans la mer. D’autres (h) n’ont pas rougi d’a-vancer qu’il y a des arbres semblables à des saules, dontle fruit fe change en Macreuses , & que les feuilles deces arbres qui tombent fur la terre produisent des oiseaux,pendant que celles qui tombent dans l’eau deviennentdes poissons.

Le sentiment le plus commun & qui a prévalu durantlongtems, est que ces oiseaux viennent de la pourrituredes vaisseaux, c’est-à-dire, que les bois pourris se chan-gent en vers & les vers en Macreuses. C’est ce qu’ontassuré ou rapporté, fans y contredire, Isidore dans Gef-ner, (Q Hector Boasthius , Vincent de Bauvais, Ja-ques d’Ancone , Maïolus, Olaus Magnus, Munster,Enée Sylvius, Ortelius, Turnerus, Odoric, Porta,Kircher , Delrio , Maïer (kj, Gesner, Aldrovand,Nieremberg, Jonston, &c. D’où Fulgosus & quelques

an-se) Le Succet que l'on Juge assez vraisemblablement être la Re-more , que ces bonnes gens du tems jadis (qu’on appelle vénéra-blement les anciens , 8c qui fort souvent ne savent pas trop cequ’ils disent) ont rendue ii fameuse 8c íì redoutable ; ce Succet,dis-je, a fur la tête, Sc même un peu avant fur le cou, une mem-brane cartilagineuse plate 8c ridée, par le moyen de laquelle il sup-plique 8c se colle étroitement au dos des Requins 8c des Chiens demer , 8c apparemment à des choses inanimées , puisqu’on le voits’attacher quelquefois au bois ser le pont du vaisseau , (en se tour-nant le ventre en haut, ) quand il est tout sortant de l’eau. II.y esla de deux eípéces pour le moins, qui différent en grandeur 8c cou-leur, mais qui ont à peu près la même forme. Us n’ont point d’e-cailles, 8c leur peau est gluante 8c viíqueuse comme celle des an-guilles. Ceux de la plus grande eípéce, sont communément longsde deux ou trois pieds, 8c le dos d’un brun verdâtre qui s’éclaircitun peu fur le ventre. La longueur des autres ne passe pas celle desharangs, 8c l’atteint rarement; ils ont le museau fort court, 8c bcouleur moins obscure., La chair des uns 8c des autres n’est pas fer-me, mais d’un goût qui ne déplaît pas. Comme ils font pourvusde beaucoup de nageoires , 8c qu’ils font d’une forme longue SCmenue, ils fendent aussi l’eau comme une flèche fend l’air. Leursdents sont petites, arrondies par le bout, 8c si courtes qu’à peío eles apperçoit on. II est très certain que ces poissons s’attachefltsouvent aux vaisseaux dans l’eau, 8c quand le nombre en est grand,il ne faut pas douter qu’ils ne soient un obstacle à la course de cesédifices flotans, puilqu’ils les empêchent dc couler légèrement s urles ondes. Voyage de F. Léguât aux IJles des Indes Orientales. dff>'flerdam 1708. T. i.pag, 122.

(/) War. Antiq, Hibernic*. c. 23.

(g) Worm: mus 1 3. c. 7. Graindorge. pag. ip.

(h) Voyez Maïer in Epigramm. 8c plusieurs autres Auteurs r 1 'tez par M. Hecquet dans le Traité dès dispenses du Carême. T- 1 ‘p. 283

(i) . L. 3. de animal.

(fe) Non ipsi parer est materve, nec editus ovo semine nec f ff 'tus, ova nec ulla seritj sed novaprogeniesnatura;proditur. MM er 'in Epigramm.