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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, c. 125

autres ont conclu quon pouvoit fans scrupule mangeren carême rie ces sortes doiseaux.

Des Auteurs plus raisonnables, comme Dcusingius,dans fa Dissertation De yhjeribus Scoticis , ont décou-vert que ces oileaux pondoient des œufs comme lesoyes.

Ce qui a trompé la plupart de ceux qui les ont fait en-gendrer de la pourriture, est quaprès en avoir vu paroi-tre des troupes nombreuses auprès des vaisseaux pourris ,ils savisérent de faire lanatomie de tout ce quils ren-contrèrent aux enviróns. Les uns crurent que la feulecorruption produifoit ces animaux. Dautres y décou-vrant des champignons pleins de vers, crurent legere-ment que ces infestes se changeoient en oiseaux, commeles vers éclos fur la viande se transforment en mouches.Dautres trouvant des coquilles tout auprès des endroitsou lon voit ces animaux, crurent que c etoit-la le corpsde ces oileaux , à qui il ne manquoit que des ailes,quils dévoient prendre bientôt après.

II est surprenant que toutes ces pauvretez ayent étésouvent répétées, quoique divers Auteurs ayent remar-qué Sc assuré que les Macreuses étoient engendrées de lamême maniéré que les autres oiseaux Albert le Grandlavoit déclaré en termes précis , après avoir rapporteces imaginations dans T Histoire des animaux. L. it,. (a)Enfin un Voyageur trouva au Nord dEcosse des es-seìns de Macreuses, & les œufs quelles dévoient cou-ver, & qui étoient de vrais œufs doyes, dont lui &son équipage mangèrent.

On nest pas fort surpris que les Physiciens & lesNaturalistes donnent aux arbres & à la pourriture lavertu dengendrer des oisons , quand on voit beau-coup dAuteurs graves avancer sérieusement que levent produit des poulains & des perdrix. Varron ditquen certaines (b) saisons le vent rend fécondes lesjumens & les poules de Lusitanie. On pardonne àVirgile davoir donné ce conte pour une vérité, maison ne peut excuser Columelle, Pline, Solin, & plu-sieurs autres Ecrivains fameux qui lont adopté , niSaint Augustin même qui avoir lu faus doute le faitdans Varron, & qui le met au nombre de ceux quifont constamment vrais, quoiquon nen puisse rendreraison.

Tous ces Auteurs âuroient bien du voir que cenétoit quune pure fiction , propre à exprimer dunemaniéré vive & spirituelle la légèreté des chevaux dePortugal. Comme on suppose que les ensans ressem-blent à leurs pères, on a dit que le vent est le pèrede ces animaux qui imitent fa vitesse. On pourroitpeut-être dire la même chose des perdrix, íì elles vo-ioient mieux que les autres oiseaux. Mais quoiquecela ne soit pas, Antigonus Carystius, dans son His-toire des Merveilles , dit nettement que les perdrixfemelles, quoiquéloignées des mâles , deviennent fé-condes, si le mâle est au dessus du vent.

On ne sen est pas tenu à ces rêveries , & commeles fables font souvent de merveilleux progrès , onsavifa de soutenir durant du tems en Dauphiné, quu-ne femme étoìt devenue grosse , non par le vent ,mais par la feule imagination. Comme cette imperti-nence pouvoit avoir des suites, fi elle étoìt reçue dansle monde, le Parlement de Grenoble donna un Arrêtpour empêcher de la débiter. Cest ce que nous ap-prenons de Thomas Bartholin, qui lavoit appris lui-même de M. Boiffier Maître des Comptes.

Pourroir-on se promettre des Compilateurs de pré-tendues merveilles de la nature, quils ne rapporterontplus dans leurs recueils, que du bois pourri, des co-quilles, des champignons, & des feuilles darbres pro-duisent des oiseaux ; que se vent engendre des per-

drix & des poulains , & que limagination peut ren-dre les femmes fécondes? On peut au moins , en re-levant certaines fausseté z insignes quils ont donnéescomme des faits incontestables , espérer de rendre leshommes plus circonspects au sujet des fables quils lisentdans une infinité de livres , & de celles quon pour-roit leur débiter dans la fuite.

Il nest pas inutile de remarquer ici que la plupartdes Auteurs de ces fables, qui ont passé pour des-ritez , ne les ont données' que pour des fables. La ma-nière dinstruire par des apologues, qui étoient forten usage parmi ses Phéniciens & ses Carthaginois , afait souvent prendre pour des faits réels ce qui navoitété dit que par allégorie , & lon a réalisé des jeuxd'imagination & des fictions poétiques. Peut-on allerplus loin que de croire le chant dun homme & leson dune lyre capables de changer le naturel des ani-maux , de donner du mouvement aux arbres, aux pier-res, & aux montagnes ? Cependant il sest trouvé des^gens qui ont pris Orphée & Amphion pour des mu-siciens dont les hymnes produifoient cet effet, à cau-se que des anciens Auteurs fembloient lassurer. LesPoètes a voient voulu dire que ces musiciens célébrésavoient su gagner & civiliser les peuples les plus fa-rouches (y), comme lexplique Horace.

Les Fables anciennes font pleines de semblables allégo-ries. Aussi Macrobe (d) , Palsephat (e ), Quintilieo (f) ,Solin (g) , & plusieurs autres, ne prennent cette fa-ble que dans un sens moral. Mais Fabius Pau sinus yquelque habile quil ait été, sest imaginé quon pour-roit bien la prendre à la lettre , & lexpliquer physi-quement par les principes des Platoniciens. Il en fitFessai & prouva son sentiment par sept raisons quilcroyois concluantes.

On a voulu faire de même une vérité de la fon-taine fabuleuse nommée Salmacis , dont les Naturalis-tes & les Poètes (h) ont dit quelle efféminoit leshommes. Tertulien (/) sy est trompé après dautresAuteurs. Ce prétendu changement consistoit , feloaF explication de Vitruve , en ce que les montagnardsvenant auprès de cette fontaine pour habiter avec lesGrecs , apprenoient par la conversation des personnescivilisées à changer leurs mœurs rustiques en des ma-nières plus douces & plus polies. Mais passons à uneautre fontaine fabuleuse qui mérite plus dattention.

CHAPITRE IV.

Terre brûlante auprès de Grenoble , quon anommée par erreur la fontaine qui brûle .T terre lumineuse & brûlante , venue desIndes , décrite par M. de 'Th ou dans for»Histoire , & qui a donné beaucoup à penseraux Savans. Réflexion fur la fausseté deslampes perpétuelles.

S Aint Augustin a dit quelque part que les mensongesdont on assaisonne le récit de certains faits, ont cou-tume de les changer en fables (k.)- Cest ce qui est ar-rivé à F égard dune merveille du Dauphiné , à laquelle

on

(c) Sylvestres hommes , sucer interprefijue Veoram,

Cstdibus ér viflu fmdo de terrait Orpheus,

Dictas ob id lenire Tygres , rabidofqae Leones.

Diffus £§> Amphion 7 hebanst conditor arcisSaxo, movere sono teflud'mis , & prece blnndâDucere quo vellet-

Art. Poet.

àeîl ho : omniu0 absurdum est: , quia ego & mufti mecum(b C R S Vìdimu * ea & colre & ovare pullos nutrire.sitamâa S mci ' e <hbilis est in Hispaniâ, led est vera , quod m Lu-monte T ° CCeanum ' m regione ubi est oppidum Ulyíìppo,ut hic p- t V œ daro equse concipiunt è vento certo tempore :

ex his e , si Uoc l ue soient, quarum ova bsrwpa appellanr. Sed7<e m tìstiii, ^ stitl suai, non plus triennium vivunt. Varro de

(d) In íòmmio Scip. Kb. cap. j.

( e ) De incredib.

(/) Institut. 1. j. c. io.

(g) Cap. i;. Hebdomad,

(h) Ovid. Metam. 1. i$\

(0 Salmacis. quse maículos molles (facit.) Tcrtull. adv. Valen.tin. pag. 296,

(f) Soient res gesse aíperfíone mendaciorum in fabulas verti. DgCtvit,

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