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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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1,0 HISTOIRE

rurent avant ì'exécution de leur dessein.

On a dit aussi quon avoit suspendu en lair une sta-tue de Mercure, & une autre deCupidon (a). Ce sontdes contes , auili bien que la prétendue suspension dutombeau de Mahomet, rapportée par un grand nombredAuteurs Chrétiens, qui ont été aisément trompez surce sujet, parcequil nest pas permis a un Chrétien dap-procher de ce tombeau plus près que de dix lieues, &quils nont pu par conséquent reconnoitre par eux--mes ce qui en étoit. II est constant que le cercueil deMahomet nest pas de fer , ni soutenu en lair par lemoyen de laiman , mais quil est de bonnes pierres detaille, posé à platte terre, d il na jamais été remué.M. Tevenot en parle dans son voyage du Levant. De la Méque , dit-ìl , (b) on va à Médine, est le sépulchre de Mahomet , mais la grande dévotion est,, au Kiabbe f cest-à-dire, quon nomme le Temple de la Méque.) Cependant plusieurs croyent en chré-,, tienté quils nentreprennent ce voyage que pour voir le tombeau de Mahomet, en quoi ils se trom- peut; car même plusieurs ny vont pas. Je ne fais en- core d est venue cette fable qui sest si bien insi- nuée dans les esprits, que le tombeau de Mahomet est dans une chambre, dont les murailles font toutes,, couvertes daiman, que ce cercueil est de fer '& quil reste en lair par la vertu de laiman qui lattire de,, tous les cotez ; car non seulement cela nest pas, mais encore ne fut jamais, & lorsque jen ai parlé à des Turcs je les ai bien fait rire. Seulement ce cercueil,, est tout entouré de grilles de fer.

LAuteur dun Traité fur laiman imprimé à Amster-dam en 1687., croit que ce qui a donné lieu à la fa-ble, est que dans la même Mosquée de Médine estle tombeau de cet imposteur , il y a un gros aiman at-taché à lun des cotez de la muraille, duquel pend uncroissant dargent qui y tient par une petite chaîne da-cier. M. Bernier a démontré dans son abrégé de la Phi-losophie de Gassendi quon na jamais pu suspendre enlair aucune masse de fer. Cest une chose , dit-il, (c) qui surpasse toute l'industrie humaine, ou quon ait plusieurs aimans dune même force, ou quon les,, puisse appliquer de telle maniéré, que le fer qui feraj, au milieu nait pas plus de force dun côté que dau- tre , ou que le fer soit par tout de la même forme,,, de lépaisseur & de la température quil fàudroit pours, être également attiré par tout. Cependant il est con-,, ànt que la moindre petite différence , soit dans lai-,, man , soit dans le fer, soit à légard du lieu, feroit,, quune partie lemporteroit sur lautre.

En vain objectera-t-on que le P. Labeus Jésuite vintà bout de suspendre en lair une éguille. Il lui salut pourcela un peu de tems & beaucoup dadresse, Lc leffet du-ra peu. Quel tems & quelle industrie faudroit-il doncpour suspendre une statue, ou un tombeau ? Et quandon en viendroit à bout, comment prolonger un effetque la moindre agitation de lair, le moindre change-ment dans laiman ou dans la chose suspendue peut fairecesser ?

Cette prétendue suspension est donc chimérique. Ondoit penser de même sur ce quont avancé certains Au-teurs, que par le moyen de deux aimans, des personnesabsentes & fort éloignées les unes des autres pourraientíè communiquer leurs pensées. 11 suffirait, difent-ils,que ces personnes eussent chacune une boussole , fur la-quelle les vingt quatre lettres de lalphabet feraient écri-tes ; car en tournant laiguille dune de ces boussolesvers une des lettres écrites fur son bord , laiguille de1 autre boussole fe tournera vers la lettre semblable.

Comment a-t-on pu avancer de pareilles rêveries ?Nest il pas aisé de reconnoitre que la sphère dactivitédun aiman est sort petite, & quun aiman si gros quilsoit ne íàuroit agir fur un autre aiman éloigné de deux

M,Voyez Caífiodore varier. 1. I. Epist. 45. k Auson varierum de Tollius pag. 40;.

(b) Voyage du Levant, ch. 13.

(O Tome p. 3 * 3 *

CRITIQUE

toises, bien loin quune aiguille aimantée puisse agir furune autre aiguille semblable , qui feroit à la distance deplusieurs lieues.

Comme laiman étoit autrefois assez rare, on en ra-contait bien des choses qni nétoient pas véritables ;chacun ajoutait insensiblement quelque particularité à cequil entendoit raconter ; & cest ce qui a donné occa-sion à cent contes absurdes, inventez parles anciens Au-teurs & copiez par les modernes. 11s ont dit, par exem-ple, que laimant cesse dattirer le fer, lorsquil est toutauprès dun diamant ou dun morceau dail. Une feuleexpérience qui me convainquit, pourrait les détromper,comme elle a détrompé Porta, Aldrovand, Schot, &dautres, qui après avoir mis de lail & des diamans au-près dune pierre daiman, fe sont récriez fur la hardies-se de ceux qui avoient osé les premiers publier que lai-man perd fa force dans ces fortes de circonstances. ' Ba-con admire quon nait pas fait réflexion que les Pilotesde vaisseaux sont grands mangeurs dail, & que la bous-sole quils ne quittent point ne perd point pour celavertu. Mais la plupart des naturalistes ny regardentpas de si près , & lassurance avec laquelle ils racontentdes faits dune fausseté si notoire, fait voir ce quondoit croire de tant dautres faits qui ne peuvent être fa-cilement examinez par des expériences.

CHAPITRE VI.

Autres faits fabuleux. Tente des anciens& des modernes à débiter des fables.

L Ës prétendues merveilles quon débite comme véri-tables , ont donné lieu à tant de méprises & à tantde faux raifonnemens , quon ne saurait avoir devant lesyeux trop dexemples des fausserez répandues dans lemonde, afin de fe tenir toujours fur fes gardes, pour nepas confondre le vrai avec le faux.

Ce que nous avons dit dans les chapitres précédentpourrait suffire , pour nous convaincre que îes Histo-riens & les Philosophes nont pas cru que les fictions nesussent que du ressort des Poètes. En effet un Auteurne croirait pas pouvoir espérer lapprobation du Publicsil nassaisonnoit son ouvrage de plusieurs récits fabu-leux.

Par exemple, comme le remarque Lucien , ,, Cte- fias dans son Histoire des Indes dit des choses quil navoit jamais ni vues , ni ouies. Jambuîe composa une Histoire assez ingénieuse des merveilles de lO- céan, fans avoir plus dégard à la vérité, & plusieurs autres rapportèrent diverses avantures inouies àlexem-,, pie des Poètes. Lucien ne put sempêcher de suivreUne coutume si générale. II voulut à son tour fe don-ner la liberté de faire des contes. ,, Pour n'être pas le seul au monde, dit-il, qui nait pas la liberté de mentir, il m'a pris envie de composer quelque vo- yage romanesque à leur exemple; mais je veux me montrer plus juste queux , & cet aveu me servira de justification. Je vais donc dire des choses que je nai jamais ni vues, ni ouies, & qui plus est, qui ne font point, & ne peuvent être; cest pour- quoi quon se garde bien de les croire II feroità souhaiter que tous les menteurs eussent eu la mê-me franchise. On a souvent débité des Histoires q uInétoient pas plus véritables que celles de Lucien.

Aulu-Gelle venant de Gréce en Italie , aborda aBrindes en Calabre, il acheta un fort grand nom-bre de vieux Livres (d) pleins de miracles & de

r blé*

(d) Erant autem isti omnes libri Grasci miraculorum s.bularu 111 'quepleni: res inauditse, incredulse (incredendae): Scriptores vetÇ'

res non parvae autoritatis Aristaeas Sec.Sub ipsis Septentrion .

bus eíîè hommes unum oculum in frontis medio habentes,

appellantur Arimaípi.Gentem esse corporibus hirtis Sc avji«

plumantibus, nullo cibatu vescentem » sed spiritu florum narit> uhaucto victitantem, &c_. Net. Nt tic. /. §. c. 4.