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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, & c.

blés avec des noms d’Auteurs considérables, tels qu’A**ristée le Proconnesien , Iílgone de Nicée, Ctesias,Onesicrìte , Polysthephane , 8 c Hegisias. II les par-courut avidemment & il y lut entre autres choses, quedans les Pays du Nord on trouvoit des hommes quin’avoient qu’un œil au milieu du front, qu’en Alba-nie on voycit des hommes dont les cheveux clevenoientblancs dès Peníánce & qui voyoient mieux !a nuit quele jour , qu’il y avoir en Afrique des familles entièresdont la voix feule ensorcelait : ensorte que si ces hom-mes s’arrètoient à louer particulièrement de beaux ar-bres , d'abondantes moissons , des eissans agréables, debons chevaux Sc des troupeaux gras , iUn’en fahoit pasdavantage pour les faire tous mourir fans autre came*II y lut aussi qu’en Illyrie on voyoit des hommes &des femmes dont le regard seul étoit mortel , & queces personnes, dont les regards étoient si pernicieux,avoient à chaque œil deux prunelles ; que la tête d’unecertaine espèce d’Indiens ressembloit à celle des chiens,& qu’ils aboyoient ; que d’autres étoient fans cou &fans tête ayant les yeux aux épaules ; & ce qui surpassetoute admiration , on voyoit une nation dont le corpsétoit velu & couvert de plumes comme les oiseaux , &qui se ncurrissoient seulement de l’odeiir des fleurs.

Aulu-Gelle retrouva les mêmes merveilles dans leVil. livre de l’Histoire naturelle de Pline , qui écri-vbit soixante ou quatre vingts ans avant lui. Ce livreen effet est rempli de toutes ces râretez fabuleuses. Jene fais fl cet étranger qui répandit à Paris il y a envi-ron quarante ans la figure d’un homme qui avoit unetête de chien , avoit lu ces singularisez dans Pline oudons Aulu-Gelle , mais on fait bien que le peuple futassez simple pour lui faire gagner plus de deux millefrancs en achetant l’estampe qu’il débiíoit.

_ Combien de sables répandues touchant des vues pro-digieuses , ou touchant des secrets pour recouvrer lavue perdue ? Antigonus & quelques autres ont dit quela Cheìidoine rendoit la vue, & que ce beau secretVenoit des hirondelles qui s’en servoient pour guérirleurs petits, lorsqu’on leur avoit crevé les yeux. MaisÏCedi a observé que c’étoit une fable dont le fondementest, que l'humeur aqueuse épanchée par unepicqurefai-îe à la cornée, se répare sans remède spécifique.

II y a plusieurs années que des Médecins étrangersont dit qu on avoit un Elixir propre à faire revenir lavue aux aveugles. On apportoit en preuve la guérisonde l’Empereur Jean Paléologue, qui recouvra, dk-on,la vue lorsqu’il étoit à Ferrare pendant la tenue d uConcile. Alexis Piémontoìs a parlé de cet Elixir oude cette eau merveilleuse en ces termes. „ Elle fera,, retourner la vue claire Sc auffi pure qu’auparavant ;„ & fut ordonnée par une consultation Sc assemblée des„ plus fa vans Médecins d’Italie , pour faire retourner„ la vue de l’Empereur de Constantinople l’an 1438.,, lorsqu’il étoit au Concile à Ferrare avec le Pape Eu-„ gene IV. & la vue lui retourna auffi belle que ja-„ mais, par se moyen de cette eau.

Qjielques personnes de distinction m’engagérení à

examiner le fait. Je consultai avec soin les Auteurs

contemporains, qui ont parlé de l’Empereur Jean Pa-

leologue , & de ce qui se passa à Ferrare en 1438.

Nous ne manquons pas d’Ecrivains qui nous en ayent

laiíle l’Histoire. Blondus Ì’a fait jusqu’en 1440. Du-

cas jusqu’en 1455. Laonkus Chaícondyle jusqu’en

1460 ; mais on ne trouve ni dans ces Auteurs, ni dans

plusieurs autres, aucun vestige de ce qu’on a débité,

que Jean Paleolog r perdit & recouvra la vue à Ferrare

îstzb. Cet Empereur parois avoir toujours eu de

bons yeux. Ainsi le prétendu fait est une fable. On

E tres exactement informé de tout ce qui 1e concerne

Pédant se séjour qu’il sit à Ferrare. Sylvestre Scyro-

Pu e Auteur Grec , qui a fait l’Histoire du Concise demorencp 0- - ‘ > ' ' ' - -

> nce ô . * , y -- V.U1ÌLUG

& & qui a toujours ete à la fuite du Patr

Flore ., ^ oui . -r 1

cne & de V Empereur , a décrit presque jour par jotout ce qui se ^ssa demuis le départ de Paléologue jiqu’à son retour. Cet'Empereur partit de Constan

nopîe îe 24. de Novembre 1437. sur ses galères duPape , pour aller au Concile. II entra à Ferrare le 4.de Mars 1438 , & y demeura jusqu’à la fin de Février1439. De là il se rendit à Florence où il résida jus-qu’au 26. d’Aout , qu’il partit pour s’en retourner àConstantinople, où il mourut de îa goûte en 1448.Or, loin que Scyropule nous fasse entendre que l’Em-pereur pendant son séjour à Ferrare & à Florence aitété aveugle, ou même qu’il eût le moindre mal d’yeux ;il nous dit au contraire qu’il négligeait les affaires duConcise parcequ’il étoit continuellement à la chasse , céqui ne convient guéres ni à une vue perdue , ni mêmeà une vue affaiblie.

Ceux qui ont débité cette fable en France , ont pucroire qu’on ne seroit pas facilement informé de ce quis’est passé si loin de nous & depuis si longtems.

Mais que dirons-nous de ceux qui ont publié en1725. qu’iì y a actuellement à Lisbonne une femmedont les yeux font si perçans. 1. Ou'elle mit l'eau,dms la terre a quelque profondeur que ce soit. 2. Ors el-le apperçeit les différentes couleurs de la terre depuis lasurface. 3. Ott'elle mit auffi a travers les habits & làpeau les parties qui font dam le corps humain , le cœur %le foje , l'eflomac , la digestion se faire , le chyle se for-mer , & enfin toutes les différentes parties qui composent »qui entretiennent la machine ì Peut-être ne croiroit-onpas qu’une telle rareté si peu croyable eût trouvé placedans des Mémoires publics, si nous ne rapportions kLettre qui a été dans le Mercure de France au secondvolume de Septembre 1725. page 2120.

Lettre écrite aux Auteurs du Mercure fur la vueextraordinaire d'me femme Portugaise.

Voici, Meffieurs, de quoi régaler & de quoi occu-per Pesprit des Savans, je me fuis cru obligé de leurfaire part de ce que je viens d’apprendre. Comme jene fuis nullement Physicien, je vais vous rapportersim-pîement le fait , fans m’amuser à faire d’inutiìes ré*flexions.

Il y a une jeune femme à Lisbonne qui a de vrais„ yeux de Lynx. Ce n’est pas une exagération , e!le„ a la vue si perçante , qu’elle ciéeçuvre l’eau dans k„ terre à quelque profondeur que- ce soit ; elle en »„ fait & en fait encore tous les: jours des expériences„ utiles à ses amis, & à beaucoup d’autres particuliers.„ Cela lui attire une infinité de présens ; mais ce qui„ lui fait le plus d’honneur, & ce qui en même tems„ autorise le sait , c’est que le Roi de Portugal ayant„ besoin d’eau pour un nouvel édifice , & en ayant fait,, chercher inutilement , cette femme en a découvert„ plusieurs sources en fa présence , sans autre secours„ que celui de ses yeux. Sa Majesté Portugaise lui„ a donné une pension , & l’a honorée-de la Robe cC„ de la Croix de Christ pour celui qu’elle épousera,„ avec le titre cle Dona. L’eau est la seule chose eu’el-„ le peut voir à travers la terre ; mais auffi on ne sau-„ toit douter qu’eîle ne la voye en effet. En voici„ les preuves *. 1. Elle dit à peu près, & autant qu’on„ peut mesurer à l’œil , à quelle profondeur est l’eau,„ qu’elle découvre. 2. Elle dit les différentes couleurs„ de la terre , depuis fa surface jusqu’à l’eau qu’elle a„ trouvée. 3. En marquant fur la terre ses dissérens„ endroits où l’on doit creuser : ici, dit-el!e , vous„ trouverez une veine d’eau à telle profondeur, d’une.„ telîe grosseur ; là , vous en trouverez une autre plus„ petite : auprès de celle-là il y en a une plus grosse ;„ auprès de celle-ci, il y en a une plus grosse que ses„ autres : enfin tout ce qu’elle dit íe trouve vrai. El-„ le ne se sert point de baguette pour chercher Peau;„ encore une fois, c’est en la voyant qu’elle îa décou-„ vre, mais il faut qu elle soit à jeun pour cela. Cet-„ te propriété qui lui est particulière , & qui tient du„ prodige , lui est auffi naturelle ; ce n’est ni par k,, science , ni par l’étude qu’elle l’a acquise. C’est:» dommage qu’elle ne sache pas k Médecine ; car vo>

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