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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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izr. HISTOIRE

„ ci ce qu’il y a de plus surprenant, car , dis-je, elle„ voit auffi dans le corps humain. Il est vrai que ce„ n’est qu’en de certains tems, & selon que les pores„ font moins resserrez. Elle voit le sang circuler , la,, digestion se faire , le chyle se former , & enfin tou-„ tes les différentes parties qui composent & qui entre-„ tiennent la machine & leurs diverses opérations. Elle„ découvre bien des maladies qui échappent au savoir„ & à l’expérience des plus habiles Médecins, qu’à„ bon droir on petit nommer aveugles auprès d’elle ; on,, la consulte auffi plutôt qu’eux. Je le répété : c’est„ dommage qu’elle ne puisse guérir les maux qu’elle,, découvre. Bien des maris lui font visiter leurs fem-,, mes, & bien des femmes, qui craignent les effets,, funestes du libertinage de leurs époux , usent de la„ même précaution. Je suis persuadé que bien des„ personnes prendront ceci pour une fable , du moins„ je ne l’ai pas inventée. Tout ce que je puis dire là-,i, dessus, c’est que je tiens la chose d’un François ar-„ rivé nouvellement de Portugal ; il m’en a fait un ré-„ cit très circonstantié , que j’ai rapporté auffi fidelle-,, ment qu’il m’a été possible. Il m’a assuré qu’il avoit5 , vu cette miraculeuse femme , qu’il lui avoit parlé,, plusieurs fois, & que même il lui avoit vu faire quel-„ ques expériences, étant intime ami du mari. A beau„ mentir qui vient de loin , dit le proverbe , cela est„ vrai ; mais quel intérêt auroit eu cet homme d’en,, imposer fur une semblable matière ? Et puis com-„ ment fe seroit-il avisé d’inventer une pareille fable ?„ D’ailleurs il m’a montré des lettres qu’il a reçues de3, Lisbonne depuis son arrivée en cette ville , dans les-3, quelles on lui parle de cette femme. Quoi qu’il en,, soit, j’ai cru devoir instruire le public d’une chose,„ dont je ne crois pas qu’il y ait d’exemple dans l’an-„ tiquité. Fable ou non , je la donne comme je l’ai„ reçue. J'avoue ingénuement que j’ai cru mon Au-„ teur de bonne foi , j’ai pris ce qu’il m’en a dit au3, pied de la lettre. Ordinairement parmi les hommes,ce qu’il y a de plus prodigieux , n’est pas ce qu’ils3, croyent le moins ; il suffit qu’une chose mérite no-„ tre admiration , pour que nous la trouvions digne de3, notre croyance. J’espére qu’on me pardonnera ces,, réflexions, que je ne fais en passant que pour excu-s, fer peut-être triton trop de crédulité dans cette con-33 joncture. Jéffis'donc que l’esprit de l'homme, ami3, du beau, s’attàcheà ce qu’il y a de plus surprenant;

„ on diroit qu’il y va de son intérêt que le merveilleux„ soit véritable. J’ose même dire que c’est un effet„ de l’amour-propre , d’ajouter soi à tout ce dont on,, est frappé , Porgueil de l’homme ne sauroit souffrir„ que le faux lui eût causé de l’étonnement. Cepen-„ dant il est vrai que dans le cas présent, je n’ai pas„ laissé de douter un peu de la sincérité de mon nou-„ veau débarqué. Comme je ne fuis pas assez habile3'3 ' pour démêler le mensonge d’avec la vérité fur un pa-„ reil sujet, & que selon moi la chose peut être vraye,

„ comme il se peut auffi qu’elle soit fausse ; je m’en3, rapporte aux fa vans pour achever de me déterminer,

„ & je leur demande s’il est possible qu’il y ait une pa-,, reille femme dans le monde. S’ils conviennent que3, cela se peut, pourquoi cela ne seroit-il pas ? S’ils,, nient que cela se puisse, qu’ils prouvent par de bon-„ nés raisons que cela n’est pas possible. Au bout du„ compte il ne seroit' pas si mal-aifé de s’éclaircir du3, fait ; je puis protester du moins que je le tiens d’unhomme, qui a trop d’honneur & de probité pour„ être de mauvaise foi. Que ceux qui se picquent de33 connoitre la nature , nous rendent raison de ce nou-„ veau phénomène. En leur en faisant part, ils me„ permettront de leur dire qu’il est de leur devoir de3> le développer au public. Je suis, &c.

A Paris ce 27. Aout 172 J.

On n’a fait en cela que renouveler un prétendu faitqui exerça autrefois plusieurs Physiciens, toujours prêts

C R I T I Q^U E

à faire des sistêmes fur tout ce qu’on leur propose. Ily a environ cent cinquante ans qu’on parloit en Espa-gne de quelques hommes , qui voyoient, disoit-on, àtravers la terre à plus de vingt piques de profondeur,& qui appercevoient les sources, les métaux & les ca-davres , fans que des cercueils fort épais & fort enfon-cez pussent les en empêcher. On disputa longtemsfur la possibilité du fait, aussi-bien que fur la cause duphénomène ; & plusieurs Philosophes ne manquèrentpoint de trouver des raisons, pour fe persuader qu’iln’y avoit rien là qui ne fût croyable & possible natu-rellement. Heureusement il ne se présente pas aéìuelle-ment de semblables Philosophes, à qui il saille montrerle ridicule d’une telle prétention.

Deux mois après la relation de la vue prodigieuse dela Portugaise , on a seulement averti Messieurs les Au*>teurs du Mercure qu’on avoit trouvé un autre exem-ple d’une vue presque aussi perçante. Un RévérendPère Minime le leur marqua en ces termes. ,, Au res-„ te , Messieurs , supposant toujours le talent bien„ prouvé de notre Portugaise, je vous dirai que ce,, n’est pas Punique personne qui ait été pourvue du,, rare avantage d’une vue si pénétrante. On a vu à„ Anvers un prisonnier , dont la vue étoit si perçante„ & si vive , qu’il découvroit fans aucun secours d’in-„ strument, & avec facilité tout ce qui étoit caché &„ couvert , sous quelques sortes d’étoffes ou d’habits,, que ce fût, I l’exception seulement des étoffes tein-,, tes en rouge.

„ Mon garant fur un fait si singulier est M. Huy-,, gens , ce célébré Mathématicien si connu de tout le,, monde savant, qui Pa écrit au Révérend Père Mer-,, senne , Religieux de notre Ordre & son intime ami.„ Je n’ai pas besoin de vous dire qui étoit le Père Mer-„ senne. La lettre de M. Huygens est écrite de h„ Haye le 26. de Novembre 1646.

Le témoignage d’un Savant tel que M. Huygens se--roit bien fort, s’il avoit été lui-même témoin du fait »ou s’il en avoit été convaincu. Cela m’a engagé à con-sulter l’original de cette lettre chez les Révérends Pé*res Minimes de la Place Royale , ou toutes les lettresqui ont été écrites à ce savant Religieux si connu danstoute P Europe, sont conservées en quatre porte-feuilles»La lettre en question est la huitième du troisième pof-te-feuille page 19. qui commence ainsi. „ Monsieur.'„ Mon Ecolier se trouvant ici à l’arrivée de vos let-„ tres &c ”. Ce n’est qu’après la lettre écrite, queM. Huygens a mis dans la grande marge ce qui fuit.

„ P. S. En récompense du voyage du Paradis que vous,, me communiquez , vous saurez pour chose assez é-„ trange , quoique vieille, que des gens sérieux, d’â-„ ge & de condition , déclarent avoir vu prisonnier à„ Anvers, durant nos premières guerres, un homme„ qui avoit la faculté de voir au travers des habits,

„ pourvû qu’il n'y eût point de rouge , qu’enfuite K„ femme de son Geôlier Pétant venu voir avec d’au-„ tres femmes pour le consoler dans si calamité , elles„ furent bien étonnées de le voir rire , & le pressant,, de dire ce qui en etoit cause, il répondit froidement3,, parcequ’il y en a une d’entre vous qui n’a point de„ chemise, ce qui fut avoué. Raisonnez là-dessus,

„ & faites que Kircherus ne P oublie pas dans si secon-„ de édition , car cela fe peut bien appeller par excel-,, lence Ars magna.

N’est-il pas assez visible que >M. Huygens n’a rienvu de semblable, qu’il ne raconte que des ouis-dire despersonnes , dont le témoignage ne lui paroit pas fort-imposant, qui ne donne ce conte au P. Mersenne quepour lui rendre la pareille de quelqu’autre conte réjouis -sint , & qu’il auroit voulu seulement voir ce qu’enpourroit dire le P. Kirker dans lequel il trouvoít sou*vent bien des choses dont il ne pouvoit convenir ?

Traité du Père Kirker intitulé Ars magna , étoit toutrécemment imprimé ; & M. Huygens a bien raison dedire que ce seroit un grand art de pouvoir former unetelle vue. On ne fe flateroit pas apparemment de po«'