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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i,r HISTOIRE

turcs : dans tout ce qui est lumineux ou ténébreux,dans tout ce qui nous fait plaisir ou qui nous incommo-de. Ainsi on trouve Dieu par tout (a).

II ny a que les choses qui procèdent du Démon,dans lesquelles il ne veut pas que nous le cherchions.Loin dapprouver les ouvrages aufquels le Démon a part,Jésus-Christ est venu pour les détruire ; & lorsque Dieudit à son peuple que cest lui seul qui fait tout, (b) illavertit en même tems quà Pégard de ceux qui Rap-pliquent aux curiosité? , dont le Démon est censé lemaître , il a mis le désordre, la fureur & la folie dansleurs sciences, aussi bien que dans leurs œuvres.

On ne peut donc avoit recours à rien de tout ce quivient du Démon, fans pécher contre le culte qui' està Dieu. Comme il est essentiellement lordre & la sa-gesse, il ne veut être honoré que dans ce qui est réglé,& lon ne peut recourir au pouvoir de celui quil a frap- dun éternel anathème, fans tomber dans la supersti-tion , qui consiste à rendre à quelquautre le culte quinest quà Dieu, ou à le lui rendre en une maniéréqui ne peut lui être agréable.

Quoique les Théologiens Scholastiques ne dévelopentpas ordinairement ces loix aufquelles nous avons cru de-voir remonter, on en voit néanmoins tous les fondemensdans ce que S. Thomas a tiré de S. Augustin fur laquestion de la Religion (c) . Et lon peut trouver tousìes éclaircissemens nécessaires dans le beau Commentaire,que Suarez a fait de cette partie de la somme de S. Tho-mas. Tout y conduit aux principes que nous avons éta-blis , & fur tout à la notion que nous avons donnée dela superstition.

Delà on pourra aisément déduire toutes les espèces desuperstitions. Dieu doit être honoré en toutes choses ;il veut que tout le culte se termine à lui, & que ce cul-te soit raisonnable, quil soit réglé. Donc faire quelquechose qui ne se rapporte point à Dieu, ou qui ne luiest rapporté, que dune maniéré déraisonnable , cest su-perstition. Recourir ì un effet qui ne peut être attribué,ni à Dieu immédiatement, ni aux communications desmouvemens quil a établies , ni aux esprits dont les vo-lonté? sont réglées , cest superstition. Attendre dunechose créée ce qui ne peut venir que de Dieu, parcequeDieu se lest réservé, comme laconnoissancedelavenir,cest une superstition. Attendre un effet dune cause,lorsque Dieu na mis, ni par les loix générales, ni parune loi particulière , aucune liaison entre cette cause &cet effet , cest une superstition qui sappelle maléficelor/quon veut nuire , & vaine observance lorsque lonne fait simplement quajouter soi à quelques remarques ri-dicules. Vouloir honorer Dieu par des cérémonies for-gées à plaisir, & attendre que Dieu produise certains ef-fets en vertu de ces pratiques ou de ces cérémonies, cestune superstition, & ainsi des autres choses.

Parmi les miracles, il yen a qui font ordinaires, cest-à-dire , qui sont de durée, & il y en a dextraordinai-res. Pour les premiers, tels quétoient autrefois ceux deseaux de jalousie , & à présent ceux des eaux du Baté-me, Dieu en a lui-même marqué le signe extérieur. Pourles extraordinaires, ils. sont assez rares, ils ne sont pro-duits que pour renouveller lattention des peuples , pouraffermir la Religion, pour en autoriser les pratiques, &la doctrine de ceux qui en font profession , pour attirerles hommes à Dieu , les mettre dans lordre, les déta-cher des créatures, de tout ce qui ne sert quà exciterla curiosité, irriter lavarice & flatter les sens.

Loin de trouver ces avantages dans la plupart des usa-ges qui donnent lieu de douter sils sont naturels ou su-perstitieux ,/ on ny trouve communément que des effets

M Ego Dominus 8c non est alter, formasts lucern 8c creans te-íiebras , raciens pacem , 8c creans m aluni. Ego Dominus faciensamma n*c. isaU Xlv. 6. & j,

(<>) Ego íum Dominus faciens omnia, stabiliens terram & nul-lus mecum. Irrita faciens ligna divinorum, 8c ariolos in furoremrertens : convertens lapientes retrorsuna ; tz. scienùam eorum stul-tam faciens. IJata XLIV, 24. ©» 2 j-. -

(c) u. q. pi. a. 1 .

CRITIQUE

qui ne peuvent guéres servir quà lavarice , I la Curio-sité, à la vanité, ou à faire découvrir des choses queTon peut découvrir suffisamment par les voyes ordinai-res. Et tout cela se fait par des personnes qui ne passentpas pour des faiseurs de miracles, pour ne rien dire desimpostures quon y a découvertes. II faut donc voirseulement si ce qui se fait par cet usage est naturel, silne Test pas , le voila parmi les pratiques superstitieu-ses.

CHAPITRE IX.

Qu*il n*est pas toujours pojstble de discernerles effets naturels d'avec les surnaturels .Un effet peut être naturel quoiqu'on rienpuiste pas donner une bonne raison phyfique 5il ne s'enfuit pas aujst qu'il soit naturel dece que desPhilosophes prétendent l'expli-quer physiquement. Régies principales pourfaire ce discernement.

Q Uelque notion claire quon puisse avoir de cequon appelle effet naturel, miracle, & supersti-tion , on ne laisse pas de trouver souvent de la diffi-culté à montrer quun tel effet particulier soit pure-ment naturel. En effet il nest pas toujours aisé dediscerner faction dune de ces intelligences créées quiont plus de pouvoir que Thomme.

On ne peut douter que les Chrétiens ne soient pro-tégez en mille rencontres par leur bon Ange. Eh quifait, par exemple, si ce nest pas à une pareille pro-tection quon doit attribuer la force que certaines per-sonnes ont eu de supporter les jeûnes extraordinairesdont on est étonné?

Pendant que S. Charles Borromée est en prière îun malheureux décharge fur lui un coup de mousquetdans le dessein de le tuer, la baie ou le carreau perceles habits du Saint & lui cause une grande douleur ,mais fans lui faire aucun mal qu une simple impressionrouge fur la peau. Un Officier darmée (d) qui li-soit avec piété le Nouveau Testament, & qui en por-toit toujours une partie dans une poche de fa veste ,est atteint pendant la bataille dune baie de mousquetqui perce la poche & les feuillets du S. Evangile jus-quà cet endroit : Elle toucha le bord de son vêtement ,CT en même tems le sang s'arrêta (e ).

On noferoit absolument décider si cela est naturel»ou Teffec dune protection particulière. Ce que je disde la protection du bon Ange , les Chrétiens lonttoujours reconnu. On voit que dès que S. Pierre(f ), délivré de la prison dHérode par un Ange quilui ouvrit la porte de fer , alla frapper à la porte dela maison de Marie, ceux qui étoient assemblez estprière, sécriérent dabord que ce devoit être son An-ge. Cette protection, que nous ne pouvons pas niesen certains cas, & que les bons Chrétiens ont souventéprouvée , quoiquinvisiblement , nous empêche quel-quefois de discerner , comme nous avons dit , si uneffet est purement naturel. Cest la première remar-que que nous devions faire.

Une seconde remarque est que pour regarder usteffet comme naturel, il nest pas nécessaire den pou-voir exactement montrer la raison physique. Dieusi grand dans tout ce quil a fait, & quil produittous les jours par les feules loix des communication*des mouvemens, quil nest pas possible de découyi' 11 "tous les ressorts de ce qui sexécute suivant ces loi*'

Lorsqu'on y fait une sérieuse attention, on en décou-vre

(d) M. le Marquis de S.sGenié. Jai vu, comme plusieurs ssjpersonnes, ce nouveau Testament, 8c le rochet que portoit S. Cles, loríqu'on lui tira le coup de mousquet.

(e) Luc. VIII. 44 .

(/) Act. XII. 10. &. ij.