i,r HISTOIRE
turcs : dans tout ce qui est lumineux ou ténébreux,dans tout ce qui nous fait plaisir ou qui nous incommo-de. Ainsi on trouve Dieu par tout (a).
II n’y a que les choses qui procèdent du Démon,dans lesquelles il ne veut pas que nous le cherchions.Loin d’approuver les ouvrages aufquels le Démon a part,Jésus-Christ est venu pour les détruire ; & lorsque Dieudit à son peuple que c’est lui seul qui fait tout, (b) ill’avertit en même tems qu’à Pégard de ceux qui Rap-pliquent aux curiosité? , dont le Démon est censé lemaître , il a mis le désordre, la fureur & la folie dansleurs sciences, aussi bien que dans leurs œuvres.
On ne peut donc avoit recours à rien de tout ce quivient du Démon, fans pécher contre le culte qui' est dûà Dieu. Comme il est essentiellement l’ordre & la sa-gesse, il ne veut être honoré que dans ce qui est réglé,&■ l’on ne peut recourir au pouvoir de celui qu’il a frap-pé d’un éternel anathème, fans tomber dans la supersti-tion , qui consiste à rendre à quelqu’autre le culte quin’est dû qu’à Dieu, ou à le lui rendre en une maniéréqui ne peut lui être agréable.
Quoique les Théologiens Scholastiques ne dévelopentpas ordinairement ces loix aufquelles nous avons cru de-voir remonter, on en voit néanmoins tous les fondemensdans ce que S. Thomas a tiré de S. Augustin fur laquestion de la Religion (c) . Et l’on peut trouver tousìes éclaircissemens nécessaires dans le beau Commentaire,que Suarez a fait de cette partie de la somme de S. Tho-mas. Tout y conduit aux principes que nous avons éta-blis , & fur tout à la notion que nous avons donnée dela superstition.
Delà on pourra aisément déduire toutes les espèces desuperstitions. Dieu doit être honoré en toutes choses ;il veut que tout le culte se termine à lui, & que ce cul-te soit raisonnable, qu’il soit réglé. Donc faire quelquechose qui ne se rapporte point à Dieu, ou qui ne luiest rapporté, que d’une maniéré déraisonnable , c’est su-perstition. Recourir ì un effet qui ne peut être attribué,ni à Dieu immédiatement, ni aux communications desmouvemens qu’il a établies , ni aux esprits dont les vo-lonté? sont réglées , c’est superstition. Attendre d’unechose créée ce qui ne peut venir que de Dieu, parcequeDieu se l’est réservé, comme laconnoissancedel’avenir,c’est une superstition. Attendre un effet d’une cause,lorsque Dieu n’a mis, ni par les loix générales, ni parune loi particulière , aucune liaison entre cette cause &cet effet , c’est une superstition qui s’appelle maléficelor/qu’on veut nuire , & vaine observance lorsque l’onne fait simplement qu’ajouter soi à quelques remarques ri-dicules. Vouloir honorer Dieu par des cérémonies for-gées à plaisir, & attendre que Dieu produise certains ef-fets en vertu de ces pratiques ou de ces cérémonies, c’estune superstition, & ainsi des autres choses.
Parmi les miracles, il yen a qui font ordinaires, c’est-à-dire , qui sont de durée, & il y en a d’extraordinai-res. Pour les premiers, tels qu’étoient autrefois ceux deseaux de jalousie , & à présent ceux des eaux du Baté-me, Dieu en a lui-même marqué le signe extérieur. Pourles extraordinaires, ils. sont assez rares, ils ne sont pro-duits que pour renouveller l’attention des peuples , pouraffermir la Religion, pour en autoriser les pratiques, &la doctrine de ceux qui en font profession , pour attirerles hommes à Dieu , les mettre dans l’ordre, les déta-cher des créatures, de tout ce qui ne sert qu’à exciterla curiosité, irriter l’avarice & flatter les sens.
Loin de trouver ces avantages dans la plupart des usa-ges qui donnent lieu de douter s’ils sont naturels ou su-perstitieux ,/ on n’y trouve communément que des effets
M Ego Dominus 8c non est alter, formasts lucern 8c creans te-íiebras , raciens pacem , 8c creans m aluni. Ego Dominus faciensamma n*c. isaU Xlv. 6. & j,
(<>) Ego íum Dominus faciens omnia, stabiliens terram & nul-lus mecum. Irrita faciens ligna divinorum, 8c ariolos in furoremrertens : convertens lapientes retrorsuna ; tz. scienùam eorum stul-tam faciens. IJata XLIV, 24. ©» 2 j-. - • ■
(c) u. q. pi. a. 1 .
CRITIQUE
qui ne peuvent guéres servir qu’à l’avarice , I la Curio-sité, à la vanité, ou à faire découvrir des choses queTon peut découvrir suffisamment par les voyes ordinai-res. Et tout cela se fait par des personnes qui ne passentpas pour des faiseurs de miracles, pour ne rien dire desimpostures qu’on y a découvertes. II faut donc voirseulement si ce qui se fait par cet usage est naturel, s’ilne Test pas , le voila parmi les pratiques superstitieu-ses.
CHAPITRE IX.
Qu*il n*est pas toujours pojstble de discernerles effets naturels d'avec les surnaturels .Un effet peut être naturel quoiqu'on rienpuiste pas donner une bonne raison phyfique 5il ne s'enfuit pas aujst qu'il soit naturel dece que des ‘Philosophes prétendent l'expli-quer physiquement. Régies principales pourfaire ce discernement.
Q Uelque notion claire qu’on puisse avoir de cequ’on appelle effet naturel, miracle, & supersti-tion , on ne laisse pas de trouver souvent de la diffi-culté à montrer qu’un tel effet particulier soit pure-ment naturel. En effet il n’est pas toujours aisé dediscerner faction d’une de ces intelligences créées quiont plus de pouvoir que Thomme.
On ne peut douter que les Chrétiens ne soient pro-tégez en mille rencontres par leur bon Ange. Eh quifait, par exemple, si ce n’est pas à une pareille pro-tection qu’on doit attribuer la force que certaines per-sonnes ont eu de supporter les jeûnes extraordinairesdont on est étonné?
Pendant que S. Charles Borromée est en prière îun malheureux décharge fur lui un coup de mousquetdans le dessein de le tuer, la baie ou le carreau perceles habits du Saint & lui cause une grande douleur ,mais fans lui faire aucun mal qu une simple impressionrouge fur la peau. Un Officier d’armée (d) qui li-soit avec piété le Nouveau Testament, & qui en por-toit toujours une partie dans une poche de fa veste ,est atteint pendant la bataille d’une baie de mousquetqui perce la poche & les feuillets du S. Evangile jus-qu’à cet endroit : Elle toucha le bord de son vêtement ,CT en même tems le sang s'arrêta (e ).
On n’oferoit absolument décider si cela est naturel»ou Teffec d’une protection particulière. Ce que je disde la protection du bon Ange , les Chrétiens l’onttoujours reconnu. On voit que dès que S. Pierre(f ), délivré de la prison d’Hérode par un Ange quilui ouvrit la porte de fer , alla frapper à la porte dela maison de Marie, ceux qui étoient assemblez estprière, s’écriérent d’abord que ce devoit être son An-ge. Cette protection, que nous ne pouvons pas niesen certains cas, & que les bons Chrétiens ont souventéprouvée , quoiqu’invisiblement , nous empêche quel-quefois de discerner , comme nous avons dit , si uneffet est purement naturel. C’est la première remar-que que nous devions faire.
Une seconde remarque est que pour regarder usteffet comme naturel, il n’est pas nécessaire d’en pou-voir exactement montrer la raison physique. Dieu eísi grand dans tout ce qu’il a fait, & qu’il produittous les jours par les feules loix des communication*des mouvemens, qu’il n’est pas possible de découyi' 11 "tous les ressorts de ce qui s’exécute suivant ces loi*'
Lorsqu'on y fait une sérieuse attention, on en décou-vre
(d) M. le Marquis de S.sGenié. J’ai vu, comme plusieurs ssjpersonnes, ce nouveau Testament, 8c le rochet que portoit S. Cles, loríqu'on lui tira le coup de mousquet.
(e) Luc. VIII. 44 .
(/) Act. XII. 10. &. ij.