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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c.

'je quelques unes avec une joye sensible, mais on estbien plus souvent obligé de se contenter de dire : Fous( 4 ) esfi admirable , Seigneur , dans tontes vos œuvres.Pour s en convaincre , on na quà lire attentivementquelques uns des exeellens Traitez de l'existence de Dieuqm ont paru depuis quelque tems. Ces Traitez ont éténécessaires dans des pays l'on sest fait une Religiona , ía mode , & en se donnant la liberté de révoquer en

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cela quà considérer la disposition de la plupart des Phy-siciens. Comme ils tâchent de rendre raison de touteschoses, & que les matières de Physique font ordinaire-ment fort composées & fort obscures, ils saccoutumentà se contenter de quelques vraisemblances, & leurs pré-tendues découvertes satisfont plusieurs personnes quinespérent pas de trouver quelque chose de meilleur.

D'ailleurs si lésait quon propose est constant, & quil

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°ute les veritez que lEgliíê nous enseigne, on est par- ne soit question que den chercher la cause, on est bienVenu. a ne plus rien croire, & à nier même lexistence plus disposé à acquiescer à la vraisemblance, que si

question étoit purement spéculative. Cela va même sou-vent jusquà croire possible par une vertu physique , cequon soutiendrait être impossible , si le fait pouvoitêtre révoqué en doute.

Quand on proposoit à divers Physiciens qui ssiavoientjamais entendu parler de l'usage de la Baguette , silscroyoíent que ce qui sexhale dun louis dor dut faireremuer un bâton, ils en rioient ; mais les convainquoit-on que des baguettes le tordoient certainement entre lesmains de quelques personnes pour découvrir lor & Var-gent caché, les voilà sérieux, & pour peu quils y pen-sassent , quelques uns deux croyoient voir que cela de-voir être ainsi. Ce qui me surprit le plus, cest que M.Régis, entendant dire que Jacques Aimar, déja célébrépar les découvertes quil avoit faites, suivoit fur le Rhô-ne avec sa Baguette les traces quun meurtrier pouvoit yavoir laistées depuis plusieurs jours, ne craignit pas de

de Dieu.

, M. Boyle, dont VUnivers admire l'érudition 8c lesnbéralitez , touché de ces maux, fonda à Londres deslectures qui pussent convaincre les plus irréligieux delexistence & de la grandeur de Dieu. En lisant plu-sieurs Traitez composez depuis cette fondation, & quel-ques autres qui ont paru ailleurs, on voir que Dieu estplus grand dans tout ce quil opère journellement sui-vant lordre quil â établi en créant les corps, & selonlequel il les renouvelle régulièrement avec une variétéprodigieuse , quil ne le parait dans les miracles quila faits de tems en tems. En effet la conservation duSoleil, des autres Astres, & des Elémens, nest-ellepas quelque chose de plus grand que le retardementdu Soleil durant quelques heures fous (b) Josué , ousous (c) le Roi Lzechias ? Et tout Philosophe attentifà la génération des hommes & des autres animaux, ne

VLconnoit-il pas fans peine quelle est plus admirable que faire un système pour expliquer comment ce qui s étoit« résurrection dun mort ? exhalé du corps de ce meurtrier pouvoit se tenir suspendu

La considération dune infinité de choses qui se pas- en lair pour remuer la Baguette. Son écrit fut inféré danssent en nous, pousse à bout la science du Philosophe le les Journaux des Savans lorsqu'on imprimoit un petitplus subtil. Qui peut sassurer de bien expliquer com- Ouvrage intitulé : Illusion des Philosophes fur la Baguesment tant dobjets du Ciel & de la Terre, viennent se te, je marquois ce qui meparoissoit défectueux danspeindre en un instant dans le fond de lœil, pour nous les réflexions de M. Régis. Ce quil y a dassez remar-

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quable, & ce que je dois dire à ì'honneur de la modes-tie de ce sage Philosophe , cest que dès quil eut ludans son lit, il étoit détenu par la goûte, ce quejavois écrit fur son système, il me fit dire quil approu-voit de tout son cœur ce que javois écrit, & quil

faire voir en même tems, tant & de si dìfférens objets ;comment chacun voyant autant que lautre, les objetsne paraissent pas doubles : ou comment ils paraissentdroits, au lieu quils devraient paroitre renversez selon

les régies de loptique ? Voit-on aussi par des raisons . --- , , / n ost laissé imprimer ses réflexions,

claires & physiques, comment les petites traces que les etoit bien^ , ^ drs svstên

objets ont formées dans notre cerveau peuvent nous re-présenter intérieurement quand nous vouions un grandnombre de villes & de campagnes que nous avons vu,

8c des millions dobjets différeras quelles contiennent (d) ?

Expliqueroit-on bien du moins comment íè forment lesmoindres productions de la terre ? Òrr jette dans unchamp quelques graines & quelques noyaux comme ceuxde cerises ; cela suffit pour en voir sortir diverses plantes& des arbrisseaux. Les sucs dune même terre vont for-mer ici une tulipe, un œillet , diverses sortes de lé-gumes & des arbres. Ces mêmes sucs qui font paraîtreun cerisier , vont y former une fleur, puis une petiteamande qui contient le germe quils entourent dun no-yau assez dur & dune chair molle & presque liquide.

Lîous avons lieu dadmirer plutôt que dexpliquer cessortes de merveilles. Mais, pour être assurez que ce

sont- des effets naturels, il nous suffit de savoir quils . - A . . « T w a

sopérent régulièrement, fans quaucune autre action & beaucoup d autres revenes que les Juifs & les Arabque celle des còrps y contribuent. avoient répandues dans le monde.

Une troisième remarque ess que plusieurs Philofo- Ceci suffit pour se. persuader que les f hiloiop es ^phes , accoutumez a nsouer des cvnl,(Mfinm- dr.ni* île íe

Il est rare quon revienne si facilement des systèmesquon a hazardez j quelque peu fondez quils soient.Combien ne sen est-il pas fait autrefois pour montrercomment on pouvoit deviner par linspection des entrail-les des animaux ? Cicéron 8c quelques autres avoientbeau en rire, on y revenoit toujours. On vouloir mê-me quen fe rendant attentif au chant des oiseaux, onpût deviner lavenir ; & des Philosophes qui avoient dela réputation dans le monde, disoient-dessus tant depauvretez, quOrigene fe crut obligé de les réfuter fort

sérieusement.

Le mal est que la hardiesse avec laquelle on veut ren-dre raison de tout , fait souvent autoriser des pratiquessuperstitieuses dont le peuple abuíë. Combien en a-t-onfait passer pour des secrets de physique ? On a vu du-rant longtems des Professeurs Catholiques enseigner pu-bliquement lAstrologie judiciaire, la Cabale numéraire,

risquer dés explications dont ilscontentent trop facilement, ne craignent pas de rendreraison de ce qui nest pas & qui ne peut être physique-ment. On sexpoferoit donc à être souvent trompé , sil'on croyoìt quun esset extraordinaire est naturel, àcause que certains Physiciens prétendent lexpliquer. Ce, que nous avons dit dans les chapitres précédens peut suf-fisamment convaincre quil sest sait très souvent des sys-tèmes pour expliquer des phénomènes, ou constammentfìbuV "

font souvent laissé éblouir , & quun esset ne doit pasêtre censé possible, pareequils croyent pouvoir en don-ner des raisons naturelles.

Dans la difficulté qui fe trouve à faire un juste discer-nement entre les effets naturels & ceux qui ne le fontpas , rien ne me parait plus utile que de recourir, silfe peut, à des régies sondées fur les notions communes& reçues presque généralement par tons les Philosophes.

tabule,,v . Quelque raison quon apporte pour prouver quun esset

tendre à ,*,r,, possibles, & on doit sat- est ou nest pas naturel, si elle nest de ce caractère ellevoir souvent la meme illusion. II ny a pour servira de peu. Car qui choisira-t-on pour juger du poids( a ) Maen . .... de cette raison? Le Stoïcien admire ce que lEpicurien

Domini exq!a,:P°. m ' nus ^ riudabilis nimis. P f . 47. Magna opéra traite de folie. Ce qui semble fort raisonnable à un Péri-fl 4 Reg. xx! ? nes voluntates ejus - Pjs - 11 °* patéticien, parait extravagant à un Cartésien. Et quel-

\d) Voyez'] X 3 XIL ;i. quefois tous ces Philosophes fe censurent les uns les au-

es Traitez de M, Claike, traduits en François, tres avec sujet sur certains points. Mais il y a des veri-

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