DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c.
'je quelques unes avec une joye sensible, mais on estbien plus souvent obligé de se contenter de dire : Fous( 4 ) esfi admirable , Seigneur , dans tontes vos œuvres.Pour s en convaincre , on n’a qu’à lire attentivementquelques uns des exeellens Traitez de l'existence de Dieuqm ont paru depuis quelque tems. Ces Traitez ont éténécessaires dans des pays où l'on s’est fait une Religiona , ía mode , & en se donnant la liberté de révoquer en
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cela qu’à considérer la disposition de la plupart des Phy-siciens. Comme ils tâchent de rendre raison de touteschoses, & que les matières de Physique font ordinaire-ment fort composées & fort obscures, ils s’accoutumentà se contenter de quelques vraisemblances, & leurs pré-tendues découvertes satisfont plusieurs personnes quin’espérent pas de trouver quelque chose de meilleur.
D'ailleurs si lésait qu’on propose est constant, & qu’il
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°ute les veritez que l’Egliíê nous enseigne, on est par- ne soit question que d’en chercher la cause, on est bienVenu. a ne plus rien croire, & à nier même l’existence plus disposé à acquiescer à la vraisemblance, que si là
question étoit purement spéculative. Cela va même sou-vent jusqu’à croire possible par une vertu physique , cequ’on soutiendrait être impossible , si le fait pouvoitêtre révoqué en doute.
Quand on proposoit à divers Physiciens qui ssiavoientjamais entendu parler de l'usage de la Baguette , s’ilscroyoíent que ce qui s’exhale d’un louis d’or dut faireremuer un bâton, ils en rioient ; mais les convainquoit-on que des baguettes le tordoient certainement entre lesmains de quelques personnes pour découvrir l’or & Var-gent caché, les voilà sérieux, & pour peu qu’ils y pen-sassent , quelques uns d’eux croyoient voir que cela de-voir être ainsi. Ce qui me surprit le plus, c’est que M.Régis, entendant dire que Jacques Aimar, déja célébrépar les découvertes qu’il avoit faites, suivoit fur le Rhô-ne avec sa Baguette les traces qu’un meurtrier pouvoit yavoir laistées depuis plusieurs jours, ne craignit pas de
de Dieu.
, M. Boyle, dont VUnivers admire l'érudition 8c lesnbéralitez , touché de ces maux, fonda à Londres deslectures qui pussent convaincre les plus irréligieux del’existence & de la grandeur de Dieu. En lisant plu-sieurs Traitez composez depuis cette fondation, & quel-ques autres qui ont paru ailleurs, on voir que Dieu estplus grand dans tout ce qu’il opère journellement sui-vant l’ordre qu’il â établi en créant les corps, & selonlequel il les renouvelle régulièrement avec une variétéprodigieuse , qu’il ne le parait dans les miracles qu’ila faits de tems en tems. En effet la conservation duSoleil, des autres Astres, & des Elémens, n’est-ellepas quelque chose de plus grand que le retardementdu Soleil durant quelques heures fous (b) Josué , ousous (c) le Roi Lzechias ? Et tout Philosophe attentifà la génération des hommes & des autres animaux, ne
VLconnoit-il pas fans peine qu’elle est plus admirable que faire un système pour expliquer comment ce qui s étoit« résurrection d’un mort ? exhalé du corps de ce meurtrier pouvoit se tenir suspendu
La considération d’une infinité de choses qui se pas- en l’air pour remuer la Baguette. Son écrit fut inféré danssent en nous, pousse à bout la science du Philosophe le les Journaux des Savans lorsqu'on imprimoit un petitplus subtil. Qui peut s’assurer de bien expliquer com- Ouvrage intitulé : Illusion des Philosophes fur la Baguesment tant d’objets du Ciel & de la Terre, viennent se te, où je marquois ce qui meparoissoit défectueux danspeindre en un instant dans le fond de l’œil, pour nous les réflexions de M. Régis. Ce qu’il y a d’assez remar-
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quable, & ce que je dois dire à ì'honneur de la modes-tie de ce sage Philosophe , c’est que dès qu’il eut ludans son lit, où il étoit détenu par la goûte, ce quej’avois écrit fur son système, il me fit dire qu’il approu-voit de tout son cœur ce que j’avois écrit, & qu’il
faire voir en même tems, tant & de si dìfférens objets ;comment chacun voyant autant que l’autre, les objetsne paraissent pas doubles : ou comment ils paraissentdroits, au lieu qu’ils devraient paroitre renversez selon
les régies de l’optique ? Voit-on aussi par des raisons . --- , „ , / n ost laissé imprimer ses réflexions,
claires & physiques, comment les petites traces que les etoit bien^ , ^ drs svstên
objets ont formées dans notre cerveau peuvent nous re-présenter intérieurement quand nous vouions un grandnombre de villes & de campagnes que nous avons vu,
8c des millions d’objets différeras qu’elles contiennent (d) ?
Expliqueroit-on bien du moins comment íè forment lesmoindres productions de la terre ? Òrr jette dans unchamp quelques graines & quelques noyaux comme ceuxde cerises ; cela suffit pour en voir sortir diverses plantes& des arbrisseaux. Les sucs d’une même terre vont for-mer ici une tulipe, là un œillet , diverses sortes de lé-gumes & des arbres. Ces mêmes sucs qui font paraîtreun cerisier , vont y former une fleur, puis une petiteamande qui contient le germe qu’ils entourent d’un no-yau assez dur & d’une chair molle & presque liquide.
Lîous avons lieu d’admirer plutôt que d’expliquer cessortes de merveilles. Mais, pour être assurez que ce
sont-là des effets naturels, il nous suffit de savoir qu’ils . - A . . « T w a
s’opérent régulièrement, fans qu’aucune autre action & beaucoup d autres revenes que les Juifs & les Arabque celle des còrps y contribuent. avoient répandues dans le monde.
Une troisième remarque ess que plusieurs Philofo- Ceci suffit pour se. persuader que les f hiloiop es ^phes , accoutumez a nsouer des cvnl,(Mfinm- dr.ni* île íe
Il est rare qu’on revienne si facilement des systèmesqu’on a hazardez j quelque peu fondez qu’ils soient.Combien ne s’en est-il pas fait autrefois pour montrercomment on pouvoit deviner par l’inspection des entrail-les des animaux ? Cicéron 8c quelques autres avoientbeau en rire, on y revenoit toujours. On vouloir mê-me qu’en fe rendant attentif au chant des oiseaux, onpût deviner l’avenir ; & des Philosophes qui avoient dela réputation dans le monde, disoient là-dessus tant depauvretez, qu’Origene fe crut obligé de les réfuter fort
sérieusement.
Le mal est que la hardiesse avec laquelle on veut ren-dre raison de tout , fait souvent autoriser des pratiquessuperstitieuses dont le peuple abuíë. Combien en a-t-onfait passer pour des secrets de physique ? On a vu du-rant longtems des Professeurs Catholiques enseigner pu-bliquement l’Astrologie judiciaire, la Cabale numéraire,
risquer dés explications dont ils sêcontentent trop facilement, ne craignent pas de rendreraison de ce qui n’est pas & qui ne peut être physique-ment. On s’expoferoit donc à être souvent trompé , sil'on croyoìt qu’un esset extraordinaire est naturel, àcause que certains Physiciens prétendent l’expliquer. Ce, que nous avons dit dans les chapitres précédens peut suf-fisamment convaincre qu’il s’est sait très souvent des sys-tèmes pour expliquer des phénomènes, ou constammentfìbuV " •
font souvent laissé éblouir , & qu’un esset ne doit pasêtre censé possible, pareequ’ils croyent pouvoir en don-ner des raisons naturelles.
Dans la difficulté qui fe trouve à faire un juste discer-nement entre les effets naturels & ceux qui ne le fontpas , rien ne me parait plus utile que de recourir, s’ilfe peut, à des régies sondées fur les notions communes& reçues presque généralement par tons les Philosophes.
tabule,,v . Quelque raison qu’on apporte pour prouver qu’un esset
tendre à’ ,*,r,, possibles, & on doit s’at- est ou n’est pas naturel, si elle n’est de ce caractère ellevoir souvent la meme illusion. II n ’y a pour servira de peu. Car qui choisira-t-on pour juger du poids( a ) Maen . .... de cette raison? Le Stoïcien admire ce que l’Epicurien
Domini exq!a,:P°. m ' nus ^ riudabilis nimis. P f . 47. Magna opéra traite de folie. Ce qui semble fort raisonnable à un Péri-fl 4 ’ Reg. xx! ?“ nes voluntates ejus - Pjs - 11 °* patéticien, parait extravagant à un Cartésien. Et quel-
\d) Voyez'] X 3 XIL ;i. quefois tous ces Philosophes fe censurent les uns les au-
es Traitez de M, Claike, traduits en François, tres avec sujet sur certains points. Mais il y a des veri-
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