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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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T 4 o HISTOIRE

tez & des principes dont il faut quil s conviennenttous. Voyons^ si nous en pourrons trouver de cettenature.

Nous avons déja dit quon entend par un effet natu-rel , ce qui est produit par la communication des mou-vemens â loccasion de la rencontre & du estoc descorps. II nest donc question ici que de trouver unerégie qui puisse faire connoitre si un effet a été produitpar faction des corps, ou , ce qui est la même chose,si on peut lattribuer à une cause physique & maté-rielle qui agisse nécessairement. Sur quoi voici , ceme semble , la régie la plus simple , & en même temsla plus générale.

Une cause physique & matérielle agit toujours de lamême maniéré & dans les mêmes circonstances.

Cette régie est appuyée fur les notions les plus com-munes , & fur un axiome généralement reçu ; quunecause demeurant la même doit produire le même effetor elle est la même lorsquelle subsiste dans les mêmescirconstances.

On peut distinguer trois sottes de circonstances : lesphysiques, les morales, & celles qui font vaines. Jap-pelle circonstances physiques , tout ce qui a rapport àla disposition des parties dun corps. Ainsi un corpsqui subsiste dans le même arrangement de ses parties,est dans les mêmes circonstances physiques.

Si au contraire il se trouve exposé à faction de quel-que corps qui donne à ses parties une disposition diffé-rente , il nest plus Hans les mêmes circonstances phy-siques.

On fait, par exemple, rougir de f acier dans le feu,on le trempe dans leau. Les circonstances physiqueschangent, les pores se resserrent & cet acier acquiert laforce élastique quil navoit pas auparavant. Une ver-ge de fer exposée à faction de la matière magnétique,acquiert aussi une nouvelle vertu. Mais si on met cet-te verge de fer , ou une pierre daiman , dans le feu,les pores sy ouvriront si fort, que la matière magnéti-que passera au travers fans y faire aucune impression.Ainsi un nouvel arrangement dans les pores du fer luidonne ou lui ôte la vertu de se tourner vers le Nord.Et ce nouvel arrangement, est ce quon appelle de nou-velles circonstances physiques.

Les circonstances morales sont celles qui nont rap-port quà un ordre établi par les hommes, & celles-ne changent point les dispositions physiques dun corps.Quun brave dans une juste guerre porte un coup mor-tel à un soldat ennemi , ou que par ordre du Prince ilôte la vie à un scélérat, tout ce qui se passe en cetteoccasion est physiquement le même que sil avoit por- un pareil coup pour obéir à un traitre ou à un as-sassin. II se meut, il sagite , son épée est égalementmaniée & poussée dans Pun & dans f autre cas. Aussiperce-t-elle avec la même facilité lhomme du mondele plus innocent comme le plus coupable. Cependantces deux actions considérées dans f ordre moral sontbien différentes , mais physiquement tout y est de mê-me.

Supposons aussi quun voleur prenne un louis dor,une pierre daiman , & une montre. Ces corps volezne changent que moralement. Ils demeurent physique-ment les mêmes quauparavant. Le louis dor produiratoujours les mêmes effets dont il pouvoit être capable,laiman ne laissera pas dattirer le fer, & la montre demarquer les heures.

Enfin il y a des circonstances vaines ; cest-à-dire,qui nont nul rapport ni à f ordre physique, ni au mo-ral & généralement tout ce qui ne changeant rien aucorps , ne le rend pas capable daucun nouvel effet,peut etre appelle une circonstance vaine.

Or comme lès circonstances qui sont ou vaines oumorales , ne changent point la disposition du corps , ilny a que le changement des circonstances physiquesqui puifle fàifc pioduire à un corps ce quil ne produi-soit pas auparavant, ou qui sosse cesser celui quil pro-duisoit.

CRITIQUE

De il est évident, i. Quun corps doit produirele même effet dans les mêmes circonstances physiques ;& que si elles changent, f effet doit aussi changer.

2. Quun effet nest pas naturel , sil dépend desvues ou des intentions différentes des hommes, de quel-ques conventions , des signes destitution divine 011humaine ; en un mot , si des circonstances morales lefont varier. Car les causes matérielles ne peuvent êtredéterminées que par des circonstances matérielles. Cestpourquoi f effet doit varier si ces sortes de circonstan-ces varient, & il doit être uniforme si elles ne chan-gent point.

Rien nest ni plus assuré ni plus simple que cette ré-gie , & rien nest plus propre à faire voir que bien deschoses fur lesquelles on a disputé fort longtems , peu-vent être décidées en peu de mots.

Cicéron jugeoit fort bien par cette régie , que lesaugures quon tiroit des oiseaux & de plusieurs autreschoses , étoient de pures folies. II suffisoit en effetdobserver quil ny avoit rien dunisorme dans les re-marques que saisoient ceux qui se mêloient de deviner.Diversité dans ce qui servoit à la. divination : diversitédans les signes , dans les observations & dans les répon-ses des Devins. Ne faut-il pas avouer, diíoit Cicé-ron , (a) que toutes ces pratiques ne tirent leur origineque de f ignorance , de la superstition, & de la fourbe-rie des hommes ?

LAstrologie judiciaire est plus que suffisammentrenversée par ce défaut duniformité dans toutes les su-perstitions deS Astrologues. Cest aussi ce qui détrom-pa le célébré (b) Agrippa , qui en avoit été si fort en-têté.

Si cette feule régie peut faire voir que bien des cho-ses qui passent pour naturelles ne le sont pas, elle peutauífi faire connoitre que des secrets , dont quelques per-sonnes pourraient se défier, sont très naturels, &quorëdoit en user sans scrupule , quand même aucun Philo-sophe ne pourrait en découvrir la raison.

Saint Augustin (c) dit avec sujet que la chaux estun miracle de la nature. Nest-ce pas en effet quel-' que chose de bien surprenant quon f allume quand on veut f éteindre ? Car lorsquon lui veut ôter Is feu quelle cache , on verse de l'eau dessus, & alors elle séchausse par cela même qui refroidit tout cC qui est chaud. Ajoutons à cette merveille quelle,, ne sallume quavec de leau , & que f huile ne peut ni lallumer , ni f échauffer , quoique cette liqueus soit f aliment du feu.

Quelque admirable que cela soit ì quand on nen don-nerait pas des raisons aussi satisfaisantes que celles quonpeut voir dans plusieurs nouveaux Philosophes, quandmême on ne pourrait en donner aucune , on ne laisse'roit pas de voir clairement par la régie établie, que f ef-fet est naturel ; puisque dans les mêmes circonstancesphysiques il est toujours produit de la même maniéré.

Quelque personne qui jette de leau sur la chaux , el-le sallume également. Il ne faut pas chercher des gensnez fous le signe du Scorpion, ou du Verseau. U nestpas même nécessaire quune certaine personne verse cet-te eau , de quelque endroit que Peau vienne , elle pro-duit toujours le même effet. Si au lieu deau on substi-tue un autre corps tout différent, corfime les circon-stances physiques changent, leffet nest plus le même*En faut-il davantage pour sassurer que leffet est natu-rel ?

Disons en de même de laiman , autre merveille de

b

(<t) Externa enirn Auguria, qu» íùnt non tam artificioía quànríuperstitiosa , videamus. Omnibus ferè Avibus utuntur, nos a-modum paucis. Alla illis sinistra íùnt, alia nostris. Solebat eXme Dejotarus percontari nostri Augurii disciplinant , & ego

illo fui , Dii immortales quantum differebat !.Haec quanta

diffensio est ? Quid , quod aliis Avibus utuntur, aìiis signis?ter observant, aliter respondent ? Non neceílè est fateri,horum errore susceptum esse , partim superstítione, multa U* e£ldo. De DivinM. lib. 2. n. 2. n. 76 & bz,

(b) De vanit. scient, c. 30 & 31.

(c) De Civit. Dei, lib. 21. c. 4,