T 4 o HISTOIRE
tez & des principes dont il faut qu’il s conviennenttous. Voyons^ si nous en pourrons trouver de cettenature.
Nous avons déja dit qu’on entend par un effet natu-rel , ce qui est produit par la communication des mou-vemens â l’occasion de la rencontre & du estoc descorps. II n’est donc question ici que de trouver unerégie qui puisse faire connoitre si un effet a été produitpar faction des corps, ou , ce qui est la même chose,si on peut l’attribuer à une cause physique & maté-rielle qui agisse nécessairement. Sur quoi voici , ceme semble , la régie la plus simple , & en même temsla plus générale.
Une cause physique & matérielle agit toujours de lamême maniéré & dans les mêmes circonstances.
Cette régie est appuyée fur les notions les plus com-munes , & fur un axiome généralement reçu ; qu’unecause demeurant la même doit produire le même effetor elle est la même lorsqu’elle subsiste dans les mêmescirconstances.
On peut distinguer trois sottes de circonstances : lesphysiques, les morales, & celles qui font vaines. J’ap-pelle circonstances physiques , tout ce qui a rapport àla disposition des parties d’un corps. Ainsi un corpsqui subsiste dans le même arrangement de ses parties,est dans les mêmes circonstances physiques.
Si au contraire il se trouve exposé à faction de quel-que corps qui donne à ses parties une disposition diffé-rente , il n’est plus Hans les mêmes circonstances phy-siques.
On fait, par exemple, rougir de f acier dans le feu,on le trempe dans l’eau. Les circonstances physiqueschangent, les pores se resserrent & cet acier acquiert laforce élastique qu’il n’avoit pas auparavant. Une ver-ge de fer exposée à faction de la matière magnétique,acquiert aussi une nouvelle vertu. Mais si on met cet-te verge de fer , ou une pierre d’aiman , dans le feu,les pores s’y ouvriront si fort, que la matière magnéti-que passera au travers fans y faire aucune impression.Ainsi un nouvel arrangement dans les pores du fer luidonne ou lui ôte la vertu de se tourner vers le Nord.Et ce nouvel arrangement, est ce qu’on appelle de nou-velles circonstances physiques.
Les circonstances morales sont celles qui n’ont rap-port qu’à un ordre établi par les hommes, & celles-làne changent point les dispositions physiques d’un corps.Qu’un brave dans une juste guerre porte un coup mor-tel à un soldat ennemi , ou que par ordre du Prince ilôte la vie à un scélérat, tout ce qui se passe en cetteoccasion est physiquement le même que s’il avoit por-té un pareil coup pour obéir à un traitre ou à un as-sassin. II se meut, il s’agite , son épée est égalementmaniée & poussée dans Pun & dans f autre cas. Aussiperce-t-elle avec la même facilité l’homme du mondele plus innocent comme le plus coupable. Cependantces deux actions considérées dans f ordre moral sontbien différentes , mais physiquement tout y est de mê-me.
Supposons aussi qu’un voleur prenne un louis d’or,une pierre d’aiman , & une montre. Ces corps volezne changent que moralement. Ils demeurent physique-ment les mêmes qu’auparavant. Le louis d’or produiratoujours les mêmes effets dont il pouvoit être capable,l’aiman ne laissera pas d’attirer le fer, & la montre demarquer les heures.
Enfin il y a des circonstances vaines ; c’est-à-dire,qui n’ont nul rapport ni à f ordre physique, ni au mo-ral & généralement tout ce qui ne changeant rien aucorps , ne le rend pas capable d’aucun nouvel effet,peut etre appelle une circonstance vaine.
Or comme lès circonstances qui sont ou vaines oumorales , ne changent point la disposition du corps , iln’y a que le changement des circonstances physiquesqui puifle fàifc pioduire à un corps ce qu’il ne produi-soit pas auparavant, ou qui sosse cesser celui qu’il pro-duisoit.
CRITIQUE
De là il est évident, i. Qu’un corps doit produirele même effet dans les mêmes circonstances physiques ;& que si elles changent, f effet doit aussi changer.
2. Qu’un effet n’est pas naturel , s’il dépend desvues ou des intentions différentes des hommes, de quel-ques conventions , des signes destitution divine 011humaine ; en un mot , si des circonstances morales lefont varier. Car les causes matérielles ne peuvent êtredéterminées que par des circonstances matérielles. C’estpourquoi f effet doit varier si ces sortes de circonstan-ces varient, & il doit être uniforme si elles ne chan-gent point.
Rien n’est ni plus assuré ni plus simple que cette ré-gie , & rien n’est plus propre à faire voir que bien deschoses fur lesquelles on a disputé fort longtems , peu-vent être décidées en peu de mots.
Cicéron jugeoit fort bien par cette régie , que lesaugures qu’on tiroit des oiseaux & de plusieurs autreschoses , étoient de pures folies. II suffisoit en effetd’observer qu’il n’y avoit rien d’unisorme dans les re-marques que saisoient ceux qui se mêloient de deviner.Diversité dans ce qui servoit à la. divination : diversitédans les signes , dans les observations & dans les répon-ses des Devins. Ne faut-il pas avouer, diíoit Cicé-ron , (a) que toutes ces pratiques ne tirent leur origineque de f ignorance , de la superstition, & de la fourbe-rie des hommes ?
L’Astrologie judiciaire est plus que suffisammentrenversée par ce défaut d’uniformité dans toutes les su-perstitions deS Astrologues. C’est aussi ce qui détrom-pa le célébré (b) Agrippa , qui en avoit été si fort en-têté.
Si cette feule régie peut faire voir que bien des cho-ses qui passent pour naturelles ne le sont pas, elle peutauífi faire connoitre que des secrets , dont quelques per-sonnes pourraient se défier, sont très naturels, &qu’orëdoit en user sans scrupule , quand même aucun Philo-sophe ne pourrait en découvrir la raison.
Saint Augustin (c) dit avec sujet que la chaux estun miracle de la nature. „ N’est-ce pas en effet quel-'„ que chose de bien surprenant qu’on f allume quand„ on veut f éteindre ? Car lorsqu’on lui veut ôter Is„ feu qu’elle cache , on verse de l'eau dessus, & alors„ elle s’échausse par cela même qui refroidit tout cC„ qui est chaud. Ajoutons à cette merveille qu’elle,, ne s’allume qu’avec de l’eau , & que f huile ne peut„ ni l’allumer , ni f échauffer , quoique cette liqueus„ soit f aliment du feu.
Quelque admirable que cela soit ì quand on n’en don-nerait pas des raisons aussi satisfaisantes que celles qu’onpeut voir dans plusieurs nouveaux Philosophes, quandmême on ne pourrait en donner aucune , on ne laisse'roit pas de voir clairement par la régie établie, que f ef-fet est naturel ; puisque dans les mêmes circonstancesphysiques il est toujours produit de la même maniéré.
Quelque personne qui jette de l’eau sur la chaux , el-le s’allume également. Il ne faut pas chercher des gensnez fous le signe du Scorpion, ou du Verseau. U n’estpas même nécessaire qu’une certaine personne verse cet-te eau , de quelque endroit que Peau vienne , elle pro-duit toujours le même effet. Si au lieu d’eau on substi-tue un autre corps tout différent, corfime les circon-stances physiques changent, l’effet n’est plus le même*En faut-il davantage pour s’assurer que l’effet est natu-rel ?
Disons en de même de l’aiman , autre merveille de
b
(<t) Externa enirn Auguria, qu» íùnt non tam artificioía quànríuperstitiosa , videamus. Omnibus ferè Avibus utuntur, nos a“-modum paucis. Alla illis sinistra íùnt, alia nostris. Solebat eXme Dejotarus percontari nostri Augurii disciplinant , & ego
illo fui , Dii immortales quantum differebat !.Haec quanta
diffensio est ? Quid , quod aliis Avibus utuntur, aìiis signis?ter observant, aliter respondent ? Non neceílè est fateri,horum errore susceptum esse , partim superstítione, multa U* e£ldo. De DivinM. lib. 2. n. 2. n. 76 & bz,
(b) De vanit. scient, c. 30 & 31.
(c) De Civit. Dei, lib. 21. c. 4,