, 62 . H I S T O I R E
massé plusieurs. En voici quelques uns depuis cette dat-te , qui ont été tirez des Registres du Parlement, &.qui n’ont été rapportez que dans deux Factums fort ra-res de i<í88. & 1697.
Par Arrest du 6 Mai 1585. » Simonne Renaud poursortilège sut pendue & brûlée.
Par autre Arrest du 7. Septembre 1585., AntoineCaron fut pendu & brûlé.
Par autre du 14. dudit mois, François Jesseaume futaussi pendu & brûlé pour même crime.
Par autre du 16. Février 1591. , Jeanne Darennepour sortilège fut pendue.
Par autre du 28. Novembre 1595., Marguerite leRoux pour sortilège fit amande honorable , & fut pen-due & brûlée.
Par autre du 7. Décembre de la même année , Jean-ne Roussard pour sortilège fut pendue & brûlée.
Par autre du 14. du même mois, Françoise Sufannepour sortilège & maléfice fut pendue & brûlée.
Par autre du 30. Décembre de la même année ,Jeanne Collier pour sortilège fur des bêtes fut pendue*& brûlée.
Par autre Arrest du 4. Áoust 1601. , Nicolas Guil-laume fut condamne à faire amande honorable * & êtrependu &• brûlé.
Par autre du 18. Aoust 1602., Jeanne Rolant futcondamnée au même fuplice pour semblables maléfices.
Par autre du 26. Novembre 1604. , Philibert leDoux pour crime de léze-Majesté divine, maléfice &sortilège, avoir renoncé à Dieu & adoré le Diable, futpendu & brûlé.
„ Outre ces Arrêts on fait qu’en 1^09. la Province„ de Labour , qui est dans le ressort du Parlement de,, Bordeaux, s’étant trouvée infectée de sorciers, dont„ les crimes & maléfices abominables demeuraient im-„ punis , parceque personne n’ofoit fe rendre leur par-„ tie , le Roi Henri IV. fit expédier une Commission„ au mois de Mai 1609., adressée aux Sieurs Despagnet„ Président à Mortier au Parlement de Bordeaux, de„ l’Ancre Conseiller en ladite Cour , ( qui fut ensuitey, Conseiller d’Etat ) & à un Procureur-Général , de,, la Commission par elle nommé pour se transporter sur,, les lieux, & faire le procès aux coupables, & cesju-„ ges firent brûler plus de six cens personnes, qui„ avoient fait des sortilèges horribles.
Ce fut vers ce même tems qu’on brûla tout vif àAix en Provence le 30. Avril 16n. Louis Gaufri-di, atteint , confez, & convaincu d’un grand nombre desortilèges , pour me servir des termes de l’Arrêt insé-ré au Mercure (aj François de la même année.
Quelque tems après le Parlement de Paris qui con-damna la Maréchale d’Ancre à avoir la tête tranchée,& à être réduite en cendres , ce qui fut exécuté le8. de Juillet 1617., mit au nombre des causes de lacondamnation le crime de sortilège. Mais plusieursdirent que ce dernier grief n’étoit pas assez prouvé ,& qu’il étoit surnuméraire.
Enfin pour venir aux Arrêts qui ont été donnezde nos jours , il faut dire quelques mots des procèscriminels qui ont été faits à plusieurs Bergers de laProvince de Brie, pour des sortilèges étonnans.
Depuis 1687. juíqu’en 169 r, de misérables Bergersavoient fait mourir par des sortilèges pour plus decent mille écus de bestiaux. Quelques uns de ces Ber-gers furent condamnez par la haute-justice de Pacy àBrie-Comte-Robert, qui est à six lieues de Paris, àêtre pendus & brûlez. II y eut appel de ces Sentences, &ïe Parlement de Paris les infirma, condamnant seulementles criminels aux galères, parceque quelques juges trouvantlieu de douter si la mort des bestiaux n’étoit point arrivéenaturellement par des poisons qu’on appelle des gogues,les voix surent partagées, & l’avis passa au plus doux.Mais enfin il n y eut plus lieu de douter que la mort desbestiaux ne fut arnvee par sortilège, & qu’il n’y eût
(a) Mercure François de 1611. p. ij,
CRITIQUE '
du surnaturel dans les faits de ces Bergers. Celá sotconnu en plusieurs manières, & parut fur tout évidem-ment par un fait étrange qui ne peut être révoqué endoute , rapporté dans les procès verbaux, & énoncédans trois factums qui furent imprimez, [e crois qu'Hest bon de raconter ce fait, car les pièces impriméesdans lesquelles plusieurs personnes ont vu le détail, sontdevenues si rares , & le seul exemplaire qui reste entreles mains de Mr. le Févre Sécrétasse du Roi, est déjàsi usé à force d’avoir été lu, qu’en peu de tems il nefera plus possible de le lire. Voici donc le fait que jepourrais raconter fur le récit de témoins oculaires , quijufqu’alors n’avoient point cru aux sortilèges , & quidepuis ce tems ont bien changé de sentiment & dé lan-gage. Cependant de peur ssaltérer quelques circonstan-ces , jè ne ferai que transcrire ce qui fut imprimé dánS 'les Factums, qui produisirent l’esset pour lequel ilsétoient composez.
,, Un Berger nommé Hocque convaincu d’avoir fiait,, mourir beaucoup de, bestiaux par des secrets peu con-,, nus, fut condamné aux galères par Sentence de la,, Haute Justice de Pacy du 2. de Septembre 1687.
„ confirmée par Arrest de la Cour du 4. Octobre fui-,, vant. On avoir cru d’abord que ledit Hocque ne s’é-toit servi que de gogues & d’autres voyes naturelles
3,
,, pour faire mourir les bestiaux , & c’est pour cela,, qu’il fut seulement condamné aux galères. Mais ct„ qui s’est passé dans la fuite a bien fait connoitre le„ contraire, parceque l’on a vu que depuis fa condanv-,, nation la mortalité ne cessoit point fur les bestiaux,„ dont la cause s’est découverte par des voyés fôrpre-,, n antes , & comme par un esset de la Justice de,, Dieu.
„ Hocque étant à la chaîne' avoir pour camarade un„ autre forçat attaché près de lui nommé Béatrix, hom*„ me d’efprit avec lequel il buvoit ordinairement. Bea-„ trix le faisant raisonner sur les.moyens dònt il s’étoîj,, servi pour faire mourir un si grand nombre de bestiaux»„ tira de lui un aveú ingénu dans le vin de tout le mys-,, tére ; qui est qu’il fe fervoit d’une charge d’empoi-„ sonnement, appellée entre eux les neuf Conjuremens»,, laquelle subsistoit toujours ; lui dit que c’est unecho-„ se en usage parmi les Bergers de Brie, lui expliqu 3„ mêrtte de quelle manière cette charge étoit composée*„ Béatrix croyant que c’étoit tine occasion de faire uà„ service considérable au Seigneur de Pacy, & qusil en,, pourrait tirer quelque récompense, en avertit le Com-,, mandant de la Tournelle , & ayant encore sait boire„ ledit Hocque ', lui conseilla de faire lever cette char-,, ge , qui causoit un mal dont il ne po'uvoit tirer au-„ cun profit , ce qu’il lui dit ne pouvoir faire en l’état,, ou il étoit, mais qu’il avoit un ami nommé Brasdefd,, demeurant proche de Sens en Bourgogne , qui en st*„ voit les moyens, & auquél, à la persuasion du dit,, Béatrix, il écrivit.une lettre, qu’il adressa à Nicolas„ Hocque son fils , lui manda de fe transporter che^„ Brasdefer , & lui défendit de lui dire que ce fût h' 1„ qui avoit fait cette charge, ni l’état où il étoit. Cet',, te lettre étant partie , & Içs fumées du vin passées»„ Hocque fit réflexion fur ce qu’il avoit fait, & coss'„ mença à fe tourmenter, fit des hurlemens, & fe pst 1 '„ gnit d’une maniéré étrange, disant qué Béatrix l’avoij„ surpris , qu’il ferait cause de fa mort, & qu’il sali 0 * 1„ qu’il mourût à l’instant que Brasdefer léveroit„ charge de Pacy, se jetta sur Béatrix qu’il vouso„ étrangler , & excita même les autres forçats cons®lui , par la pitié au’ils avoient du désespoir de Fí°®que : en sorte qu’il salut que le Commandant d® /Tournelle vînt avec fes Gardes, les armes à lápour apaiser ce désordre , & qu’il .tirât ledit Beau 1 'de leurs mains.
,, En effet Brasdefer a son arrivée a Pacy , e Qentré dans les écuries , & par des figures Lc des &piétez exécrables , ayant trouvé effectivement ^charge d’empoifonnement qui étoit fur les chevaU^& fur les vaches, la jetta au feu éri préfets
,»
»>
I