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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQJJES SU

de soin toutes circonstances vaines ou morales. Maisje dis encore que les Talismans ainsi réduits à ce quilsont de physique , ne peuvent produire les effets quonleur attribue , 8 í que ce quon en dit , tient de la su-perstition , ou de la fable ; en voici la peuve.

Un Talisman est une pièce de métal fondu fous unecertaine constellation t donc la il fe trouvera dumétal fondu fous la constellation requise , leffet atten-du doit être produit. Or on peut assurer quil y a de-puis longtems à Pans du métal fondu en tout tems, Sefous toutes les constellations, outre quon en fond tousles jours à la Monnoye , & en vingt autres endroitsde la Ville. Donc Paris doit être préservé de toutesfortes daccidens fâcheux. Car.rien ne manque a cemétal fondu q U e le dessein d'en faire un Talisman;g circonstance qui nétant pas physique , ne peut empe-fjwher la vertu quon prétend que la constellation luidonne. Et puisquil y a des Talismans pour chasser lesmouches , les rats , les serpens, préserver des maladiescontagieuses , du feu , & de plusieurs autres misères,khris doit être *exempt de tous ces maux. Or lexpé-rience montre le contraire : donc tout ce quon dit destalismans est, ou fable, ou superstition.

Seneque ne fe crut pas obligé "de réfuter sérieusementceux qui de son tems vouloient donner des raisonsjfoysiques dune pratique superstitieuse , & bizarre desnabitans de Ctéone. (a) Lorsque quelque nuée pâ-tisson dispolée à se résoudre en grêle , on immoloitdes agneaux , ou par quelque incision à un doigt , onct> saisoit sortir du sang , dont la vapeur montant jus-stuà 1a nuée , lécartoit , ou la diflìpoit entièrement.Cétoit du moins ce que disoient ceux qui vouloientexpliquer physiquement ce phénomène ; mais Senequese mocquant deux , ne vaudroit-il pas mieux , di- fiit-il, soutenir que cest une folie & une fable ?

Nen faudroit-il pas dire autant de ce que MarsileHein attribue au corail, après Metrodore & Zoroastre.Ces auteurs prétendent que le corail dissipe les terreurspaniques , 'écarte la foudre & la grêle. Et quelquepeu vraisemblable que cela soit, le Philosophe (b) For-tunio Liceti qui sest acquis beaucoup de réputation ence siécle , ose bien en donner la raison physique.

», Cest , dit-il , que le corail exhale une vapeur chau-,, de , qui sélevant en lair , dissipe tout ce qui peut causer 1e tonnerre ou la grêle.

On croyoit aussi autrefois que la peau dun veaumarin préíervoit de la foudre. Plusieurs Auteurs lontassuré , & je ne doute point que du tems dAuguste,d ny eût des Philosophes qui donnoient des raisonsPhysiques de ce prétendu phénomène. Cest aparem-ment (c) ce qui engagea ce grand Empereur a se tenirtoujours muni dune pareille peau comme dun bonpréservatif contre le tonnére & la foudre.

Quelques uns prétendoient encore que les figues de-v °ient avoir la même vertu. Tant il est vrai que lesPhilosophes découvrent dadmirables vertus en toutesfortes de choses.

(*) Aiteri suspicati ipsos aiunt , esse in ipso sanguine vimÇMamdju potentem avertendae nùbis ac repellendse. Sed quomo-"° m tam exiguo sanguine potest efíè vis tanta , ut in altum pe-

, A ean\ ientiaut nubes ? Quantd expedìtìus erat dìcere,^eadacium 6c fabula eft? Líò. IV. qu&st. nat. c . 7.

( 4 ) Si corallus .insanos terrores amovet , fi fulgura repellit 8cgandinem , id efficere per fe valet calore fui temperamenti, dis-ci VC ff S A Um va P ores tetros , terroris insani pueris 8c melancholi-Perisl-f ° reS ' tum fùgiditatem - M ambiente fulgura per Aiiti-® lim » à grandines per fe procreantem. Trait, de annullis,

per'L r ^??' tru î.& fulgura paulò infirmiùs expavescebat, ut sem-90 t>1< l ue ?àin vituli marini circumferret pro remedio. Sue-

PERST1TIEUSES, &c.

CHAPITRE II.

Ue la disposition de la plupart des hommesà ne pas condamner ce qui ne paroit pasnuire au prochain.

L E s hommes font tels à présent quils étoient au-trefois ; toujours portez à ne pas condamner deseffets quelque surprenans quils soient , pourvu quilsne paraissent pas nuisibles. On abhorre assez naturelle-ment les maléfices , ou lon ne les croît pas , ou lonvoudrait pouvoir les punir. Mais on ne voit ni lonne craint pas facilement le mal, lorsquon entend par-ler de certaines pratiques qui procurent quelque avan-tage temporel aux hommes fans nuire au prochain.Quelquefois on sen divertit , & lon fe contente de femoquer de ceux dont les secrets ne réussissent pas. Etvéritablement ils méritent bien quon fe moquedeux (d). Mais on ne fe persuade pas facilementquon doive faire cesser ces fortes de pratiques. LEm-pereur Constantin fe trouvoit dans cette disposition,lorsquen 321. étant déja Chrétien il fit une Loi , paflaquelle il condamnoit les superstitions qui nuisoient àla santé des hommes, ou qui les portoient à limpure-. Mais par cette Loi il exeufoit toutes les pratiquesquon employoit pour la santé , ou pour détourner lapluye ou la grêle qui auraient gâté les fruits de la ter-re , à cause que tout cela étoit avantageux , & ne nui-foiì à personne (e). Cétoit dans Constantin un restede Paganisme , qui semble être tiré dune Sentence (f)dApulée dans le même sens.

Cette Loi de Constantin a été inférée dans le CodeThéodosien, mais elle fut abrogée par lEmpereurLeondans la Novelle 6;. & il paroit que longtems aupara-vant les Chrétiens avoient desaprouvé cette Loi deConstantin. Eusebe au IIL Livre de la Démonstra-tion (e) Evangélique, Saint Basile dans 1 a lettre à Am-phylochius (h) , Saint Grégoire de Nysse dans la let-tre à Letoïas , Saint J érôme , Saint Chrysostome &Saint Augustin ont établi des principes bien opposez.Ils nous montrent combien on doit craindre les rusesdes Esprits malins, qui fous laparence de quelques se-crets qui ne paraissent pas mauvais , tâchent de séduireles hommes ,& dentrer en quelque commerce aveceux. Les Princes mêmes parurent si opposez à cettemaxime de Constantin , quils défendirent fous peinede mort de guérir des maladies par des enchantemensou par des amulettes. Constantius en fit une Loi rap-portée par Ammien Marceliin au Livre XVI & XIX,& cette Loi étoit exécutée si littéralement, que Va-lentinien punit de mort une vieille femme qui guéris-foit des fièvres intermittantes avec des paroles, & quilfit couper la tête à un jeune homme qui tonchoit unmarbre & prononçoit sept lettres de lalphabet pour gué-rir un mal destomach (i).

Ce-

(d) Quis miserebitur incantatori à serpente perçusse ? Ecclef.XII.

v. 13*

(e) Eoram est scientia punienda 8c severissimis meritò íegibusvindicanda , qui magicis adeincti artibus , aut contra homiriunimoliti íàlutem , aut pudicos ad libidinem defixiíiê animos de te-gentur. Nullis verò criminationibus implicanda sunt remédia hu-manis qusefíta corporibus , aut in agrestibus locis , ne maturisvindemiis metuerentur imbres , aut mentis graridinis lapidationequaterentur , innocenter adhibita suffragia , quibus non cujusquílàlus aut existimatio lœderetur , sed quorum proficerent actu S ,ne divina munera, 8c labores hominum sternerentur. Dat X, Cal,Jul. Aquileix. Crispo 8c Constantino Caéf. Coss.

(f) Veteres medici etiam carmina , remédia vulnerum noraritut omnis vetustatis certissimus author Homerus docet , qui faciÉÌJliffi de vulnere profluentem íànguinem sisti caiítamine. NihilE N I M CfU O,D FUEfiBIi SALUTIS GRATlA FIT, C R l M 13HOSDM EST.

(g) Pag. 117.

(fo N. 8;.

(i) Anum quaindam íiftiplicem intervallatis febribus naederi le-ni carmine consuetam occidit 8c noxiam. Et visus adolescerisinbalneis admovere marmori manûs utriusfiue digitos alternatimXx «