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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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,7-, HISTOIRE

par tout des Intelligences. Selon eux les plus puissan-tes animoient les corps célestes, & c'et oient d'elles donttous les autres Génies dépendoient. De- le culte desAstres. Delà cette persuasion que tout venoit de leursinfluences , & quil falloit leur demander la protectiondans les adversité?, & des moyens pour les prévenir.

Le savant Maimonides, qui avoit vu plusieurs an-ciens Livres des Sabéens , remarqua que toutes leursdévotions, & toutes leurs pratiques superstitieuses a-voient rapport aux influences des Astres. Et commeil la fort judicieusement observé , cest ce qui fit déf-endre W si expressément au Peuple Juif dadresser ja-mais des vœux à la milice céleste, ainsi que faisoientles Sabéens. Ceux-ci simaginoient (£) quil y avoitdes Etoiles qui prenoient un foin tout particulier desanimaux , des plantes & des métaux, & quil ne falloitquinvoquer ces Astres, Sc leur rendre quelque hon-neur particulier , pour faire produire aux métaux &aux plantes des effets tout-à-fait surprenans. Cétoitdonc des Esprits, & non pas de la vertu naturelle desCorps, qu'ils attendoient ces effets.

Comme la créance des Esprits se répandit presqueparmi toutes les Nations, & principalement parmi lesGrecs & les Romains, ceux-ci, allant bien au de-de tout ce que les anciens Patriarches avoient enseignétouchant les Anges Gardiens, multiplièrent si fort lenombre des Génies, qu'ils en placèrent indifféremmentpartout. Lair, leau, le feu, les forêts, les métaux,& les autres productions de la terre , tout étoit dirigépar des Génies. Et Prudence reproche fort agréable-ment aux Romains, quils en mettoient dans chaquerecoin des maisons, & des Villes (c).

Dans la pensée que les Dieux , cest-à-dire, les Gé-nies agissoient dans les métaux , consacrez en leur hon-neur , les Amulettes, les Talismans navoient plus riendinconcevable. Car que ne peuvent pas faire des Es-prits , à qui Dieu a donné le pouvoir dagir fur lesCorps ? On étoit si persuadé que cétoit par eux queles Talismans étoient efficaces, quon apelloit souventces Plaques, ces statues T alémaniques, les Dieux Con-servateurs , les Dieux Tutelaires , DU uiverruncì, VUTpttelares. En effet les Dieux des Gentils , cest-à-di-re , (d) les Démons, opéraient quelquefois des prodi-ges à loccasion de ces Talismans , pour entretenir lasuperstition dans les esprits. Je dis la superstition ; carpouvoit-on nommer autrement de telles erreurs ?

Il est évident que tous ces Peuples se trompoient,qu'ils avoient outré la Théologie des anciens , & quilslomboient dans des extravagances qui font honte augenre humain. Mais je ne crains pas de le dire ; lesPhysiciens, qui ont prétendu pouvoir expliquer les ef-

minibus quòd Agricultura quâ homines sublîstunt Sc conservan-tur ab ipíbmm voluntate dependeat , si nempe Solem , reliqua-que astra debito cultu venerentur , si verò peccatis fuis illa often-dant, urbes 8 c agros vastari. More Nevoc. pur. 3. c. 20.

(a) Deuter. IV. 19.

(£) Existimant enim quamvis plantain suam habere stellam,quemadmodum 8c omnibus animalibus 6c metallis certa sidéra ad-ícribunt. Arbitrantur etiam opéra illa esse peculiares stellarum cul-tus , illasque tali actione , sermone , vel fumo delectari, 8c ejusgratiâ , quidquid optant, sibi prsestarc c. 37. Porro secundùmíententias illas Zabionum erexerunt stellis imagines 8c Soli qui-dem imagines aureas > Emise verò argenteas , atque ita metalla 8cclymata terrse inter stellas partiti funt. Dixerunt enim clymatisN. Deum esse stellam N. Deinde facella scdificaverunt, imagi-nesque in illis collocarunt , arbitrantes vires stellarum influere inillas imagines , easque intelligendi virtutem habere , hominibusprophétisé donum largiri , ac denique qu» ipsis utilia ac falutariafunt, indicare. Ita dicunt de arboribus quae íunt ex portionestellarum illarum , cùm arbor quaedam stellae alicui dedicatur, no-«lini ejus plantatur , 8c hoc vel illo pacto colitur , quòd virtutesspirituales ftellse in arborent illam infundantur. Atque ex hacìmaginattonum ípecie ort* funt íèntenti» alise , e quibus fueruntPrsestigiatores , Augures, Astrologi, Incantatores, 8c c. Idem cap.-S-

(c) Cum partis, domibus, Thermis, stabulis íòleatisAdsignare suos Gemos, perque omnia membraUt bis, perque locos, Geniorum millia multaFingere, ne propriâ vacet angulus ullus ab umbrâ.

Contra, Symm , l\b, II, 44.y(d) Omnes Dii gentium Dxmonia. ?/. cxiv.

C R I T I Q_U E

sets des Talismans par la seule action des Corps ^ fontencore plus déraisonnables que ne létoient tous ces Peu-ples ; parcequil nest pas impossible que des Intelli-gences puissent s'accommoder à nos désirs, & opérerdes prodiges, au lieu que 1a matière nayant ni comtois-fance ni liberté , elle doit agir toujours dune manièreuniforme dans les mêmes circonstances physiques , 6ene peut absolument faire tout ce quon attribue aux Ta-lismans.

Mais les Philosophes ont voulu trouver dans la ma- jtiére tout ce que les anciens attribuoient aux Esprits, :

& cest ce qui leur a fait dire tant de mauvaises rai-sons, & qui leur a fait retenir un langage qui dans leurbouche est tout à fait faux, & inintelligible.

Que la chute dune maison ensevelissant trente per-sonnes fous ses ruines , une de ces personnes se trouve ,heureusement sauvée sous deux poutres , ou fous deux fgrandes pierres qui sajustent en forme de vout-e , & íquun Sabéen ou un Chaldéen me dise que cest son I

Etoile qui la préservée du péril , je nen serai pas plus f

surpris, que si un Juif ou un Chrétien me disoit, queson bon Ange a empêché quil ne sc blessât , parce- !

que le Sabéen met dans lEtoile une Intelligence capa- i

ble de secourir les hommes dans le besoin. j

Mais quun Philosophe qui prend l'Etoile pour cS iquelle est , cest-à-dire , pour un Corps inanimé» jveuille néanmoins retenir le langage du Sabéen , quilsavise de dire que cest son Etoile ; comme si l'Etoiledevoir envoyer de petits Corps qui ajustassent les pou-tres & les pierres de telle maniéré quelles ne pussentle blesser ; cest assurément une prétention aussi dérai-sonnable , que dattendre quelque secours particulierdun morceau de métal, à cause de quelques cérémo-nies superstitieuses avec lesquelles on laura préparé.

Je fais quil y a des personnes qui bannissent de siconstruction des Talismans , tout ce qui sent trop sisuperstition. Mr. Gadrois les réduit à du métal fon-du dans un tems serain , fous une certaine constella'lion. ^

Premièrement, dit (e ) il, je ne crois pas que l'im- pression de la figure soit beaucoup nécessaire à lusi- ge du Talisman. Elle ne nous sert seulement qU e pour nous apprendre , que le Talisman est fait sous une certaine constellation, & pour nous en faire con- noitre lusage & les propriétés Je ne crois pas non plus que la grande attention que lon demande à celu*

qui fait la figure , soit aussi sort nécessaire à Pestes,, du Talisman.

Ce quil faut ici considérer , est le foin que l'on doit avoir de fondre le métal pendant que lAstre domine , & dans un tems serain. Car quoique l eS influences soient capables de pénétrer les Corps les pl uS,, épais, & de percer les lieux les plus profonds, eU eS pourraient être néanmoins affaiblies par la densité de§

nuages, & par les influences des autres Astres.

Cela supposé, on peut croire que la matière &

lAstre qui domine descendant ici bas , pénétrera I e métal fondu , le percera dune infinité de trous , f,, en remplira tous les pores; desorte que ce métal ap^ 5 même sêtre figé, conservant tous ses trous y con*

servera aussi la matière céleste qui y fera restée.

Ainsi je croirais que les Talismans font cornss*

,, des pierres daiman , & que comme la matière fl 13 '

gnétique circule à Pentour de laiman , de mess e linfluence céleste circule à lentour du Talisman..*'*

La matière de P Astre , ajoute- t-il, qui est amasse autour du Talisman , ne peut elle pas être un pou 0 .?

aux bêtes vénéneuses , Sc ne peut-elle pas par ses e *

fusions préserver quelque lieu de toutes sortes d iíl sectes? ^ , j,

Mr. Gadrois explique si nettement fa pensée , fl uvolt bien quil na pas voulu sc sauver sous Pobseu"de quelques termes. On ne peut assurément rien dde moins mauvais fur cet article , ni éloigner avec p ^

(e) Des Influences des Astres, Ch, 7,