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par tout des Intelligences. Selon eux les plus puissan-tes animoient les corps célestes, & c'et oient d'elles donttous les autres Génies dépendoient. De-là le culte desAstres. Delà cette persuasion que tout venoit de leursinfluences , & qu’il falloit leur demander la protectiondans les adversité?, & des moyens pour les prévenir.
Le savant Maimonides, qui avoit vu plusieurs an-ciens Livres des Sabéens , remarqua que toutes leursdévotions, & toutes leurs pratiques superstitieuses a-voient rapport aux influences des Astres. Et commeil l’a fort judicieusement observé , c’est ce qui fit déf-endre W si expressément au Peuple Juif d’adresser ja-mais des vœux à la milice céleste, ainsi que faisoientles Sabéens. Ceux-ci s’imaginoient (£) qu’il y avoitdes Etoiles qui prenoient un foin tout particulier desanimaux , des plantes & des métaux, & qu’il ne falloitqu’invoquer ces Astres, Sc leur rendre quelque hon-neur particulier , pour faire produire aux métaux &aux plantes des effets tout-à-fait surprenans. C’étoitdonc des Esprits, & non pas de la vertu naturelle desCorps, qu'ils attendoient ces effets.
Comme la créance des Esprits se répandit presqueparmi toutes les Nations, & principalement parmi lesGrecs & les Romains, ceux-ci, allant bien au de-làde tout ce que les anciens Patriarches avoient enseignétouchant les Anges Gardiens, multiplièrent si fort lenombre des Génies, qu'ils en placèrent indifféremmentpartout. L’air, l’eau, le feu, les forêts, les métaux,& les autres productions de la terre , tout étoit dirigépar des Génies. Et Prudence reproche fort agréable-ment aux Romains, qu’ils en mettoient dans chaquerecoin des maisons, & des Villes (c).
Dans la pensée que les Dieux , c’est-à-dire, les Gé-nies agissoient dans les métaux , consacrez en leur hon-neur , les Amulettes, les Talismans n’avoient plus riend’inconcevable. Car que ne peuvent pas faire des Es-prits , à qui Dieu a donné le pouvoir d’agir fur lesCorps ? On étoit si persuadé que c’étoit par eux queles Talismans étoient efficaces, qu’on apelloit souventces Plaques, ces statues T alémaniques, les Dieux Con-servateurs , les Dieux Tutelaires , DU uiverruncì, VUTpttelares. En effet les Dieux des Gentils , c’est-à-di-re , (d) les Démons, opéraient quelquefois des prodi-ges à l’occasion de ces Talismans , pour entretenir lasuperstition dans les esprits. Je dis la superstition ; carpouvoit-on nommer autrement de telles erreurs ?
Il est évident que tous ces Peuples se trompoient,qu'ils avoient outré la Théologie des anciens , & qu’ilslomboient dans des extravagances qui font honte augenre humain. Mais je ne crains pas de le dire ; lesPhysiciens, qui ont prétendu pouvoir expliquer les ef-
minibus quòd Agricultura quâ homines sublîstunt Sc conservan-tur ab ipíbmm voluntate dependeat , si nempe Solem , reliqua-que astra debito cultu venerentur , si verò peccatis fuis illa often-dant, urbes 8 c agros vastari. More Nevoc. pur. 3. c. 20.
(a) Deuter. IV. 19.
(£) Existimant enim quamvis plantain suam habere stellam,quemadmodum 8c omnibus animalibus 6c metallis certa sidéra ad-ícribunt. Arbitrantur etiam opéra illa esse peculiares stellarum cul-tus , illasque tali actione , sermone , vel fumo delectari, 8c ejusgratiâ , quidquid optant, sibi prsestarc c. 37. Porro secundùmíententias illas Zabionum erexerunt stellis imagines 8c Soli qui-dem imagines aureas > Emise verò argenteas , atque ita metalla 8cclymata terrse inter stellas partiti funt. Dixerunt enim clymatisN. Deum esse stellam N. Deinde facella scdificaverunt, imagi-nesque in illis collocarunt , arbitrantes vires stellarum influere inillas imagines , easque intelligendi virtutem habere , hominibusprophétisé donum largiri , ac denique qu» ipsis utilia ac falutariafunt, indicare. Ita dicunt de arboribus quae íunt ex portionestellarum illarum , cùm arbor quaedam stellae alicui dedicatur, no-«lini ejus plantatur , 8c hoc vel illo pacto colitur , quòd virtutesspirituales ftellse in arborent illam infundantur. Atque ex hacìmaginattonum ípecie ort* funt íèntenti» alise , e quibus fueruntPrsestigiatores , Augures, Astrologi, Incantatores, 8c c. Idem cap.-S-
(c) Cum partis, domibus, Thermis, stabulis íòleatisAdsignare suos Gemos, perque omnia membraUt bis, perque locos, Geniorum millia multaFingere, ne propriâ vacet angulus ullus ab umbrâ.
Contra, Symm , l\b, II, 44.y(d) Omnes Dii gentium Dxmonia. ?/. cxiv.
C R I T I Q_U E
sets des Talismans par la seule action des Corps ^ fontencore plus déraisonnables que ne l’étoient tous ces Peu-ples ; parcequ’il n’est pas impossible que des Intelli-gences puissent s'accommoder à nos désirs, & opérerdes prodiges, au lieu que 1a matière n’ayant ni comtois-fance ni liberté , elle doit agir toujours d’une manièreuniforme dans les mêmes circonstances physiques , 6ene peut absolument faire tout ce qu’on attribue aux Ta-lismans.
Mais les Philosophes ont voulu trouver dans la ma- jtiére tout ce que les anciens attribuoient aux Esprits, :
& c’est ce qui leur a fait dire tant de mauvaises rai-sons, & qui leur a fait retenir un langage qui dans leurbouche est tout à fait faux, & inintelligible.
Que la chute d’une maison ensevelissant trente per-sonnes fous ses ruines , une de ces personnes se trouve ,heureusement sauvée sous deux poutres , ou fous deux fgrandes pierres qui s’ajustent en forme de vout-e , & íqu’un Sabéen ou un Chaldéen me dise que c’est son I
Etoile qui l’a préservée du péril , je n’en serai pas plus f
surpris, que si un Juif ou un Chrétien me disoit, queson bon Ange a empêché qu’il ne sc blessât , parce- !
que le Sabéen met dans l’Etoile une Intelligence capa- i
ble de secourir les hommes dans le besoin. j
Mais qu’un Philosophe qui prend l'Etoile pour cS iqu’elle est , c’est-à-dire , pour un Corps inanimé» jveuille néanmoins retenir le langage du Sabéen , qu’ils’avise de dire que c’est son Etoile ; comme si l'Etoiledevoir envoyer de petits Corps qui ajustassent les pou-tres & les pierres de telle maniéré qu’elles ne pussentle blesser ; c’est assurément une prétention aussi dérai-sonnable , que d’attendre quelque secours particulierd’un morceau de métal, à cause de quelques cérémo-nies superstitieuses avec lesquelles on l’aura préparé.
Je fais qu’il y a des personnes qui bannissent de siconstruction des Talismans , tout ce qui sent trop sisuperstition. Mr. Gadrois les réduit à du métal fon-du dans un tems serain , fous une certaine constella'lion. ^
„ Premièrement, dit (e ) il, je ne crois pas que l'im-„ pression de la figure soit beaucoup nécessaire à l’usi-„ ge du Talisman. Elle ne nous sert seulement qU e„ pour nous apprendre , que le Talisman est fait sous„ une certaine constellation, & pour nous en faire con-„ noitre l’usage & les propriétés Je ne crois pas non„ plus que la grande attention que l’on demande à celu*
„ qui fait la figure , soit aussi sort nécessaire à Pestes,, du Talisman.
„ Ce qu’il faut ici considérer , est le foin que l'on„ doit avoir de fondre le métal pendant que l’Astre„ domine , & dans un tems serain. Car quoique l eS„ influences soient capables de pénétrer les Corps les pl uS,, épais, & de percer les lieux les plus profonds, eU eS„ pourraient être néanmoins affaiblies par la densité de§
„ nuages, & par les influences des autres Astres.
„ Cela supposé, on peut croire que la matière &
„ l’Astre qui domine descendant ici bas , pénétrera I e„ métal fondu , le percera d’une infinité de trous , f,, en remplira tous les pores; desorte que ce métal ap^ 5„ même s’être figé, conservant tous ses trous y con*
„ servera aussi la matière céleste qui y fera restée.
„ Ainsi je croirais que les Talismans font cornss*
,, des pierres d’aiman , &’ que comme la matière fl 13 '
„ gnétique circule à Pentour de l’aiman , de mess e„ l’influence céleste circule à l’entour du Talisman..*'*
„ La matière de P Astre , ajoute- t-il, qui est amasse„ autour du Talisman , ne peut elle pas être un pou 0 .?
„ aux bêtes vénéneuses , Sc ne peut-elle pas par ses e *
„ fusions préserver quelque lieu de toutes sortes d iíl„ sectes? ^ , j,
Mr. Gadrois explique si nettement fa pensée , fl uvolt bien qu’il n’a pas voulu sc sauver sous Pobseu"de quelques termes. On ne peut assurément rien dde moins mauvais fur cet article , ni éloigner avec p ^
(e) Des Influences des Astres, Ch, 7,