DES
PRATIQUES SUPERSTITIEUSES,
&c.
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liens des âmes; & que tous ceux qui en porteront fur foi ,firent chcjfez de P Eglise.
Ce Cation défend aux Clercs, non seulement d’êtreEnchanteurs, mais encore d’être Astrologues ou Mathe-tnaciciens ; parceque plusieurs tâchoient de justifier despratiques superstitieuses, en les faisant passer pour dessecrets de Physique , ou d'Astrologie. On a toujoursen effet essayé de se mettre à couvert des défenses def Eglise, fous de semblables apparences. Le Concile pré-sent aussi l’excuse de ceux , qui représentent souventque par ces pratiques ils ne veulent nuire à personne ,& qui demandent en quoi il peut y avoir du mal. LeCanon les avertit que ces prétendus préservatifs sont desliens , par lesquels le Démon s’attache insensiblement àeux.
S- Basile sur le Pseaume 75. & S. Chrysostomedansses Homélies fur S. Matthieu & fur l’Epitre aux Col-lossiens, &au P^ple d: Antioche, ont parfaitement biendevelopé cette raison'du Canon. S. Chrysostome repre-fente souvent que si l'on espère des guérisons exjpordi-^sires , il faut les attendre de l’Eglise, & par la vertude la Croix. Dans l’Homélie trente sixième, qui est lahxìéme contre les Juifs, il fait remarquer que le Parali-sique de la Piscine n’avoit eu garde de recourir aux A-Piulettes & aux Enchanteurs, mais qu’il obtint la gue-rison de Dieu, après l’avoir attendue avec patience : Que!es justes, tels que le Lazare, ne chërchoiènt pas là gué-rison par ces voyes ; & que c’est avoir part à la gloirede martyr , que de souffrir les douleurs les plus vives,plutôt que de recourir à ces pratiques superstitieuses.
Les Pérès ne s’appliquoient pas toujours à prouver queces préservatifs n’avoient pas une vertu physique & na-turelle ; ils fupposoient que cela étoit facile à montrer,& que les habiles médecins ne manquoient pas de con-damner cet usage, ainsi que le dit S. Augustin (-r).
Ce saint Docteur & les autres Pères ne pouvoientpourtant pas ignorer qu’il y avoir des Physiciens quiapprouvoient tous ces usages , pareequ’ils n’y voyoientrien que de Physique. En effet quelquefois , selon Jo-seph , on présentoir simplement à un malade une racinedans un anneau, pour le guérir & chasser le Démon deion corps ; car les prières qu’on aj ou toit à cette prati-que, ne fe disoient, que pour défendre au Démon derevenu , selon le même Joseph. L’on voit dans PlineUne infinité de prétendus effets tout aussi furprenans,attribuez simplement au sang de Dragon, à une racine,ou à la vertu de quelque petite pierre. Mais ces saintsDocteurs favoient auffi que c’étoient-là désillusions,& de prétendus secrets qui manquoient très souvent.
(b) Pline même quoique très facile & de fort bon-n e composition à l’égard du merveilleux, avoue que cesont-là des pratiques vaines qui séduisent les hommes,pareequ’on fe laisse éblouir par l’espérance de la guérisondes maladies, & par une apparence de Religion fous la-qdelle on s’aveugle.
Un grand nombre de personnes penfoient fur ce pointaussi sagement q U e Pline. On étoit persuadé que ces ef-fets prodigieux qu’on attribuoit à de si petites choses,etoient ou des fables, ou des superstitions. Communé-naent c etoient des fables. Car on fait qu’au teins de Pli—ne (c) rien n etoit plus commun en Orient que les A-
(*) Ad koe genus pertinent Jomnes etiam ligatura: atqne ’re-aì-, 11 s’ ss u ® medicorum quoque disciplina condemnat , sive in’jpibusdam notis quas caractères vocant, lire in quibusdam rébus
^Ipendendis atque illigandis.fient sunt in aures in summo au-
>um smgularum am de struthionum offibus aníulx in digitis. L.
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Vl bicu Ma ^ Icas vanitates fepius quidem antecedente operis parte,et ; mt ì ue causce locusque poscebant, coarguimus, detegemusqueipso nU 'V c ' n Paucis digna res est, de qua plura dicaûtut, vel eoPbrìSvf fraudulcntiffima artium plurimùm m toto terrarnm orbeTnì re ? Ilc l Ue feculis valuit. Auctoritatem ei maximam fuisse nemoman* *’ st u? ' n doquidem sola artium tres alias imperiosissimas hu-dicinà ^ cnt ' s complexa in unam fe redegit. Natam primùmènie-tioreman" 10 ^ubitat, ac specie salutari irrepsisse velut altiorem fane-promiC e a& medicinam ; ita blandissimis defideratiffimisqueIìgat tuman ldlIse vireS religions, ad quas maxime etiamnum ca-se) -TVt,!. ^nus. Lib. 30. Cap. 1.
Vcr ° oriens pro Amuletis traditur gestare eam, quai
mulettes , qu’on faifoit avëc des petites pierres semblablesà une émeraude , marquées au milieu, ou par une feuleligne blanche , ce qui les faifoit appeller Grammatias ,ou de plusieurs lignes , ce qui les faifoit appeller Poly-grammos. Ces pierres dévoient préserver de tout mal,& servir beaucoup auX Orateurs. Cependant il y avoitassurément bien des maladies & de méchans Orateurs,à qui ces Amulettes né fervoient de rien. Auffi les per-sonnes intelligentes fe mocquoient de ces pratiques, &croyoient avec sujet qu’elles ne produisoient rien na-turellement. C’est pourquoi ceux qui dévoient feconserver fans reproche dans le Paganisme, commeles Prêrres, ne pouvoient pas fe servir d’anneaux , àmoins qu’ils ne fussent si simples, qu’on ne fût assuréqu’ils ne pouvoient point renfermer d'Amulettes ( d). Onpunissait de tems en tems ceux qui portoient des Amu-lettes au col, ( e) pour guérir les fièvres tierces ou quar-tes. Et l’on a vu que sous les Empereurs Chrétiens, Va-lens & Valentinien, plusieurs personnes furent condam-nées à la mort, pour s’être servies d'Amulettes.
E'Eglise ne demande pas ces sortes de punitions, maiselle a renouvellé souvent les anciennes peines ordonnéesdans le Canon de Laodicée, contre ceux qui ont recoursà de semblables pratiques. Le Concile de Rome fousGrégoire II. en 712. défendit les Phylactères ou pré-servatifs, sous peine d’excommunication. Le Concile déMilan en 15< 5 5. & le Concile de Tours en 158^. ontabsolument condamné l’usage des anneaux pour guérisles maladies.
Ainsi tous ces Amulettes , & ces anneaux, dont ottvante tant Fesser contre Fépylepsie , contre la coliquenéfrétique, & autres accidens fâcheux : le Pater desang ,c’est-à-dire, ces espèces de grains de Chapelet, qu’onporte fur soi pour arrêter les hémoragies ; ce font tousremèdes interdits aux Chrétiens, & les habiles médecins,tels que Fernel , ne révoquent pas en doute que ce nefoient-là des superstitions & des folies. C’est ainsi qu’ilen parle dans son savant Ouvrage De abditis rerum eau*fis (f).
„ Ce qui s’est passé dans une assemblée de îa Faculté„ de Théologie de Paris, àu sujet du Livre intitulé,
Vie admirable de Sainte Jeanne de la Croix Religieuse„ du hers-Ordre de pénitence du Séraphique S. François ,„ avec une relation touchant les grains bénis, vulgaire-„ ment apellez de Sainte Jeanne, appuyé ce sentiment,,, Le premier Octobre 1614. les (g) Docteurs Isam-„ bert, Besse , Vassgle, & Lambert, qui avoient été„ chargez de F examen de ce Livre, firent leur raport.„ Ensuite la Faculté déclara que le Livre‘méritoit une„ censure , parcequ’il contient plusieurs choses fausses,,, scandaleuses, superstitieuses, fabuleuses, qui ne con-„ viennent point à la doctrine Chrétienne, & qu on de-„ voit en dessendre la lecture. Cette censure contient„ un précis de ce qui avoit paru aux Docteurs de plus„ condamnable dans cet ouvrage.
„ Voici l’abrégé de la relation touchant les grains„ bénis. Les Religieuses du Monastère dont la bienheu-„ reuse Jeanne étoit supérieure , la prièrent un jour,„ suivant cette relation, dsobtenir que J. C. mémebe-„ nît leurs chapelets. La bienheureuse Jeanne ayant de-,, mandé cette grâce, toutes les Religieuses mirent leurs
„ cha-
ex iis smaragdo similis est , 8c per transversum lineâ albâ médiaprxcingitur, 8c grammatias vocatur : quaspluribus, polygrammos.Licèt obiter vanitatem magicam hîc quoque coarguêre, quoniarAhanc concionantibus utilem esté prodideruslt. Lié . 37. cap. 9,
(d) Flamini Diali, annulo uti nisi pervio caflòque tas non est.
Aul. Gel. lib. 10. cap. íf. p. 24a. .
(e) Damnati sunt & qui remédia quartais tertiamique colîo ati-tìexa gestarent. Spartien Hifl. Augufta Tom. t- pag. 716.
(/) Existuntautem < 5 c quaedam inania vereque anilia, qu* quo-niam hominum imbecillitatem nimiâ superstitione jatndiu occu-pant, superstitiosa dicimus. Ea sunt de quibus dicere nemo poíîitciír 8c unde créditas vires habent: rieque eriim à temperatnento,neque ab aliis manitestis qualitatibus : neque à totâ substantiâ, ne-que à divinâ, vel magica potestate. Ejusmodi íiint leripta, signa,caractères, annuli, qui nec Dei , nec Spirituurii opem implorant.Lib. 2, cap. 16. De morbis A» temediis trans naturarn. /
(g) Journal des Savans , Aoút 1728. pag. 1479. Extrait ddLivre intitulé s Gollectio judiciorum de novis erroribus. 8cc<
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