, 7 k histoire
chapelets dans un coffre, dont une d’entre elles con-„ serva la clef.
„ La bienheureuse Jeanne étant en oraison, un An-„ ge enleva ces chapelets, & les porta au Ciel : desorte„ que la Dépositaire de la clef ayant ouvert le coffre,„ on r?y trouva point de chapelets ; mais fur la fin de„ Toraison de la Supérieure , il se répandit une odeur,, très agréable dans toute la maison. On ouvrit le cof-D, fre , 8 c on trouva les chapelets que la Supérieure dit„ à ses Religieuses avoir été touchez & bénis de la main
même de Notre-Seigneur Jesds-Christ. On,, ajoutoit à la relation que la bienheureuse Jeanne avoit„ obtenu qu’il y eût des grâces particulières attachées„ non seulement à chacun de ces chapelets, mais enco-,, re à chacun des grains dont ces chapelets étoient com-„ posez , & que les mêmes grâces fussent attachées à„ tous les grains qui auroient touché quelques grains de„ ces chapelets bénis, même à ceux qui auroient tou-„ ché des grains bénis par l’attouchement des chapelets ;„ & ainsi à l’infini. Ces grâces étoient , selon l’Auteur„ de la relation, i. De délivrer les possédez 2. D’é-„ teindre les incendies & les embrasemens 3. De garan-,, tir du tonnére, d’apaifer les tempêtes, de guérir de„ la peste, de la fièvre, de la paralysie, de délivrer des,, scrupules , des inquiétudes d'esprit , des tentations„ contre la foi, du désespoir , des magiciens, & des„ sorciers.
„ L’Auteur ajoutoit que les faits qu’il rapportoit„ étoient avérez dans quatre vingts dix informations„ par plus de 1400. témoins, que ceux qui visitoient„ certains jours l’Eglise de sainte Croix obtenoient plus„ d’indulgence qu’il n’y avoit â deux milles aux envi-„ tons, de feuilles, de fleurs, de pailles & d’herbes ;„ que la bienheureuse Jeanne avoit sait la fonction de„ Docteur & de Prédicateur, & que les oiseaux venoient„ de tous còtez pour l’entendre prêcher ; que les âmes,, du Purgatoire accouraient à elle pour fe recommander„ à ses prières ; & que les âmes faiibient leur Purgatoire„ dans des vases de -fa celulle où elle mettoit des fleurs,„ & que les vases s’inclinoient toutes les fois qu’elle di-,, soit le Gloria Patri. Enfin que son Ange Gardien lui„ avoit révélé qu’un grand Prélat avoit .été changé en„ colombier pour faire son Purgatoire, parcequ’un Pré-„ lat doit servir de réfuge aux âmes foibles, comme le„ colombier sert de réfuge aux pigeons contre les mi-,, lans.
Si des Savans entreprennent la défense de ces folies,outre qu’ils manquent de respect à l’Eglise, ils méri-tent qu’on leur montre qu’ils font encore plus peuple,plus superstitieux & moins raisonnables que le peuplemême; parcequ’ils apuyent fur des raifonnemens ridicu-les , ce que le peuple ne fait que par ignorance, par in-advertance , & fur l’autorité de quelques personnes quipassent pour habiles.
II n’est pas étrange de voir des Peuples s’appliquer àfaire cesser les Eclypfes de la Lune, par un brait sem-blable à celui des charivaris, croire que les Eclypfes duSoleil prédisent la mort d’un Grand , & que le Signecéleste qu’on appelle la Canicule , cause les grandes cha-leurs , & produit des effets funestes. Mais il est honteuxpour le genre humain , que des Philosophes ayent pré-tendu trouver la raison de ces vaines imaginations ; & iln’est pas moins fâcheux que des personnes croyent voirque ce qu’un grain de chapelet, ou un petit anneau d’u-ne matière dure & compacte , peut exhaler, arrête l’é-pylepsie, remet les boyaux en leur état naturel, & épais-sit le sang jufqu’à l’empêcher de couler. On prouveraitbien plus facilement qu’il ne faudrait que porter fur foiun demi grain de rhubabe, pour être purgé quand onle voudrait, ou présenter aux malades désespérez un an-neau qui renfermerait tant soit peu d’antimoine, sansleur faire prendre l’émétique.
Mais nous ne devons pas entrer ici dans un détail,qui nous obligerait de montrer qu’on bouleverse toutesles notions de la Physique , pour autoriser des puérili-tez. La régle-que nous avons établie dans le premier
CRITIQUE
Livre, que les Corps n’ayant ni intelligence, ni liberté »doivent toujours; agir de la même manière dans les nft*mes circonstances physiques, est un moyen facile de ftdétromper de tous ces prétendus secrets. Car íx 1 £Sgrains > par exemple , qu’on apelle des Pater de Sang *arrêtent le sang parcequ’ils répaississent , ils le rendrontmoins fluide en tout tems ,. soit qu’on le veuille, 011qu’on ne le veuille point, & deviendraient par consé-quent beaucoup plus nuisibles qu’utiles,
Il ne faut pas beaucoup s’appliquer, pour voir com-bien il étoit ridicule d’approuver l’usage de certains an*neaux qu’on portoit autrefois, pour fe préserver deschutes & d’autres accidens. Car lorsqu’on étoit muni deces sortes d’anneaux, ou qu’on portoit au col me Bullem Amulette, les chemins devenoient-ils moins raboteux ■>certains pas moins glissans, les chevaux incapables debroncher? Si une pierre fe détachoit du toit, ou qu’el*le fût jettée imprudement par quelques personnes, nVvoit elle plus la force de casser la tête? Vouloit-on quela piejje fe détournât , ou qu’elle s’amolít, ou que latête devînt plus dure? Toutes folies qu’il est aisé d’a*percevoir , lorsqu’on veut examiner s’il n’y a rien demoral dans ces usages.
CHAPITRE IV.
*Des préservatifs superstitieux des Villes , ex-cuse z par de s Savans , & justement con-damnez par l'Eglise.
L Es Villes & les Provinces ont eu leurs préservatifs»aussi bien que les particuliers. L’antiquité Payennea fort vante les Palladium. C’étoient de petites Statuesqu’on gardoit avec respect, & qui dévoient préservesles Villes de l’incendie. Le Palladium de Troye étoittrès célébré ; mais les Chrétiens 11’ont pas été embaras-fez fur ! ce point. Ils voyoient le Paganisme trop ouver-tement dans ces figures, & d’ailleurs l’événement leSconvainquit qu’elles n’avoient pas préservé les Villes dsfeu , mais qu’elles avoient eu besoin elles-mêmes d'unSmain étrangère pour être préservées de l’embrasement»ainsi que le remarque (a) Firmicus Maternus.
On a été un peu plus en peine à l’égard des préserva'tifs d’Apollonius de Thyane. II en fit un grand nom-bre L Rome, à Thyane, à Bizance, à Antioche, Stdans plusieurs autres Villes, tantôt contre lesCygognes»contre les Scorpions, & les autres animaux incommodesou venimeux, tantôt contre le débordement des riviè-res , contre les vents fâcheux & les incendies. Des Sa-vans ont prétendu qu’il n’y avoit rien en cela que denaturel. Mais les réflexions que nous avons faites tou-chant les Talismans, dans les Chapitres préccdens deLivre, font assez voir qu’on ne peut autoriser toutes ce?pratiques, quand on y pense un peu sérieusement. N0U 5pouvons ajouter ici que ce qu’on observoit dans la com-position de ces Talismans, peut aisément persuader q u2ceux qui en étoient les Auteurs ne penfoient pas qu’^ 5produisissent leurs effets par une cause physique & na-turelle. Jean Malela, ancien Auteur d’Antioche , n o&apprend avec quelle cérémonie Apollonius dressa un Ta-lisman» pour préserver la Ville des moucherons; ildonna une procession à cheval avec des cérémonies toU £ "à-íait vaines , faisant crier continuellement par les CaV 3 'liers , (b) que la Fille soit exempte de moucherons. .j
M Ut Deus fieret, qui Urbes, & Régna servaret. Sed necvavit aliquando , nec profuit, & quid se maneat, ex Urbium >quibus fuit, casibus vidit. Inccnfa est Troia, à Grsecis, à GpRoma, & ex u traque incendio Palladium reservatum est. Sey _servatum non propriis virtutibus , sed humano pradìdio : ab u#que enim loco homines liberarunt, 8c tranílatum est ne huiu^ 1 *flagraret incendio. De errore Proph. Religionum. p
( 6 ) On ne íèra pas fâché de voir ici l’endroit tout entier deVersion latine de M. Hodius , qui a donné cet Auteur au p tt P JÍpour la première fois à Òxfort en 1691. Telesimta ibi P^ssjriconfeciti netnpe adversùs Ciconias 8c Lycum fluvium qui atil s