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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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chapelets dans un coffre, dont une dentre elles con- serva la clef.

La bienheureuse Jeanne étant en oraison, un An- ge enleva ces chapelets, & les porta au Ciel : desorte que la Dépositaire de la clef ayant ouvert le coffre, on r?y trouva point de chapelets ; mais fur la fin de Toraison de la Supérieure , il se répandit une odeur,, très agréable dans toute la maison. On ouvrit le cof-D, fre , 8 c on trouva les chapelets que la Supérieure dit à ses Religieuses avoir été touchez & bénis de la main

même de Notre-Seigneur Jesds-Christ. On,, ajoutoit à la relation que la bienheureuse Jeanne avoit obtenu quil y eût des grâces particulières attachées non seulement à chacun de ces chapelets, mais enco-,, re à chacun des grains dont ces chapelets étoient com- posez , & que les mêmes grâces fussent attachées à tous les grains qui auroient touché quelques grains de ces chapelets bénis, même à ceux qui auroient tou- ché des grains bénis par lattouchement des chapelets ; & ainsi à linfini. Ces grâces étoient , selon lAuteur de la relation, i. De délivrer les possédez 2. Dé- teindre les incendies & les embrasemens 3. De garan-,, tir du tonnére, dapaifer les tempêtes, de guérir de la peste, de la fièvre, de la paralysie, de délivrer des,, scrupules , des inquiétudes d'esprit , des tentations contre la foi, du désespoir , des magiciens, & des sorciers.

LAuteur ajoutoit que les faits quil rapportoit étoient avérez dans quatre vingts dix informations par plus de 1400. témoins, que ceux qui visitoient certains jours lEglise de sainte Croix obtenoient plus dindulgence quil ny avoit â deux milles aux envi- tons, de feuilles, de fleurs, de pailles & dherbes ; que la bienheureuse Jeanne avoit sait la fonction de Docteur & de Prédicateur, & que les oiseaux venoient de tous còtez pour lentendre prêcher ; que les âmes,, du Purgatoire accouraient à elle pour fe recommander à ses prières ; & que les âmes faiibient leur Purgatoire dans des vases de -fa celulle elle mettoit des fleurs, & que les vases sinclinoient toutes les fois quelle di-,, soit le Gloria Patri. Enfin que son Ange Gardien lui avoit révélé quun grand Prélat avoit .été changé en colombier pour faire son Purgatoire, parcequun Pré- lat doit servir de réfuge aux âmes foibles, comme le colombier sert de réfuge aux pigeons contre les mi-,, lans.

Si des Savans entreprennent la défense de ces folies,outre quils manquent de respect à lEglise, ils méri-tent quon leur montre quils font encore plus peuple,plus superstitieux & moins raisonnables que le peuplemême; parcequils apuyent fur des raifonnemens ridicu-les , ce que le peuple ne fait que par ignorance, par in-advertance , & fur lautorité de quelques personnes quipassent pour habiles.

II nest pas étrange de voir des Peuples sappliquer àfaire cesser les Eclypfes de la Lune, par un brait sem-blable à celui des charivaris, croire que les Eclypfes duSoleil prédisent la mort dun Grand , & que le Signecéleste quon appelle la Canicule , cause les grandes cha-leurs , & produit des effets funestes. Mais il est honteuxpour le genre humain , que des Philosophes ayent pré-tendu trouver la raison de ces vaines imaginations ; & ilnest pas moins fâcheux que des personnes croyent voirque ce quun grain de chapelet, ou un petit anneau du-ne matière dure & compacte , peut exhaler, arrête lé-pylepsie, remet les boyaux en leur état naturel, & épais-sit le sang jufquà lempêcher de couler. On prouveraitbien plus facilement quil ne faudrait que porter fur foiun demi grain de rhubabe, pour être purgé quand onle voudrait, ou présenter aux malades désespérez un an-neau qui renfermerait tant soit peu dantimoine, sansleur faire prendre lémétique.

Mais nous ne devons pas entrer ici dans un détail,qui nous obligerait de montrer quon bouleverse toutesles notions de la Physique , pour autoriser des puérili-tez. La régle-que nous avons établie dans le premier

CRITIQUE

Livre, que les Corps nayant ni intelligence, ni liberté »doivent toujours; agir de la même manière dans les nft*mes circonstances physiques, est un moyen facile de ftdétromper de tous ces prétendus secrets. Car íx 1 £Sgrains > par exemple , quon apelle des Pater de Sang *arrêtent le sang parcequils répaississent , ils le rendrontmoins fluide en tout tems ,. soit quon le veuille, 011quon ne le veuille point, & deviendraient par consé-quent beaucoup plus nuisibles quutiles,

Il ne faut pas beaucoup sappliquer, pour voir com-bien il étoit ridicule dapprouver lusage de certains an*neaux quon portoit autrefois, pour fe préserver deschutes & dautres accidens. Car lorsquon étoit muni deces sortes danneaux, ou quon portoit au col me Bullem Amulette, les chemins devenoient-ils moins raboteux>certains pas moins glissans, les chevaux incapables debroncher? Si une pierre fe détachoit du toit, ou quel*le fût jettée imprudement par quelques personnes, nVvoit elle plus la force de casser la tête? Vouloit-on quela piejje fe détournât , ou quelle samolít, ou que latête devînt plus dure? Toutes folies quil est aisé da*percevoir , lorsquon veut examiner sil ny a rien demoral dans ces usages.

CHAPITRE IV.

*Des préservatifs superstitieux des Villes , ex-cuse z par de s Savans , & justement con-damnez par l'Eglise.

L Es Villes & les Provinces ont eu leurs préservatifs»aussi bien que les particuliers. Lantiquité Payennea fort vante les Palladium. Cétoient de petites Statuesquon gardoit avec respect, & qui dévoient préservesles Villes de lincendie. Le Palladium de Troye étoittrès célébré ; mais les Chrétiens 11ont pas été embaras-fez fur ! ce point. Ils voyoient le Paganisme trop ouver-tement dans ces figures, & dailleurs lévénement leSconvainquit quelles navoient pas préservé les Villes dsfeu , mais quelles avoient eu besoin elles-mêmes d'unSmain étrangère pour être préservées de lembrasement»ainsi que le remarque (a) Firmicus Maternus.

On a été un peu plus en peine à légard des préserva'tifs dApollonius de Thyane. II en fit un grand nom-bre L Rome, à Thyane, à Bizance, à Antioche, Stdans plusieurs autres Villes, tantôt contre lesCygognes»contre les Scorpions, & les autres animaux incommodesou venimeux, tantôt contre le débordement des riviè-res , contre les vents fâcheux & les incendies. Des Sa-vans ont prétendu quil ny avoit rien en cela que denaturel. Mais les réflexions que nous avons faites tou-chant les Talismans, dans les Chapitres préccdens deLivre, font assez voir quon ne peut autoriser toutes ce?pratiques, quand on y pense un peu sérieusement. N0U 5pouvons ajouter ici que ce quon observoit dans la com-position de ces Talismans, peut aisément persuader q u2ceux qui en étoient les Auteurs ne penfoient pas qu^ 5produisissent leurs effets par une cause physique & na-turelle. Jean Malela, ancien Auteur dAntioche , n o&apprend avec quelle cérémonie Apollonius dressa un Ta-lisman» pour préserver la Ville des moucherons; ildonna une procession à cheval avec des cérémonies toU £ "à-íait vaines , faisant crier continuellement par les CaV 3 'liers , (b) que la Fille soit exempte de moucherons. .j

M Ut Deus fieret, qui Urbes, & Régna servaret. Sed necvavit aliquando , nec profuit, & quid se maneat, ex Urbium >quibus fuit, casibus vidit. Inccnfa est Troia, à Grsecis, à GpRoma, & ex u traque incendio Palladium reservatum est. Sey _servatum non propriis virtutibus , sed humano pradìdio : ab u#que enim loco homines liberarunt, 8c tranílatum est ne huiu^ 1 *flagraret incendio. De errore Proph. Religionum. p

( 6 ) On ne íèra pas fâché de voir ici lendroit tout entier deVersion latine de M. Hodius , qui a donné cet Auteur au p tt Ppour la première fois à Òxfort en 1691. Telesimta ibi P^ssjriconfeciti netnpe adversùs Ciconias 8c Lycum fluvium qui atil s